Donner et recevoir

Le 30 novembre 2005

Donner et recevoir : être complètement ce que nous sommes. Un des Paramita est Dana : donner ou offrir.

Donner vraiment, sans rien attendre en retour, pour remercier ou simplement parce qu’une personne en a besoin. Dana est donner, simplement donner, sans attachement à la personne à qui l’on donne, ni à ce qui est donné.

Il y avait un enfant qui, n’ayant rien à donner au Bouddha, lui avait offert une poignée de sable. Sans attachement, sans se dire que ce sable n’avait aucune valeur. Simplement offrir.

Il a plusieurs manières de donner : un objet, un vrai sourire, son attention complète.

Dans le passé, je donnais rarement mon attention quand une personne me parlait. Tout de suite, je l’interrompais en disant : « Ah oui, je sais ! C’est comme moi, je... ». Et hop ! C’était parti, je n’écoutais plus et je racontais mon histoire.

La première fois que j’ai appris à manger dans les bols, au moment de les envelopper dans la serviette, le moine qui me montrait me dit : « D’abord, on donne » et d’un geste il replia la serviette sur les bols au loin de lui, puis d’un deuxième geste, vers lui en disant : « puis on reçoit ».

Jamais je ne m’étais rendu compte que donner et recevoir vont de pair. En fait, les deux ne font qu’un : l’action et ce qui en découle. Donner et recevoir : les deux mains pour faire gasshô. Servir les autres dans le zendo, se prosterner : donner et que recevons-nous ? Avant de rencontrer le Dharma, j’étais une personne très fermée. J’avais organisé ma vie avec toute une série de casiers.

Quand je rencontrais quelqu’un je la mettais mentalement dans un des casiers. Le casier des »gentils », des « bêtes », des « comme untel »... et vite je fermais la porte du casier. Avec ce système, je gardais tout le monde à distance. Je ne pouvais ni donner, ni recevoir.

Quand une personne offrait de m’aider, c’était automatiquement « Merci, ça va, je peux le faire seule ». Accepter l’aide des autres, c’est aussi recevoir et donner : donner aux autres l’opportunité de donner.

A la Demeure, dans la cuisine près de la porte du zendo, il y a tracé à la peinture la forme de deux chaussures. A côté, il est écrit « place de Shônen ». Shônen est une nonne américaine qui a passé l’été dernier à la Demeure. Elle est aveugle.

Je l’ai rencontrée dans un temple aux Etats-Unis, et un jour elle m’a demandé de la conduire à un centre commercial où elle voulait acheter des plateaux pour en faire don au temple. Je pensais l’accompagner dans les magasins pour l’aider, mais à l’entrée du centre commercial elle me dit : « Non, non, on se retrouve ici dans deux heures, ça va ? » Je l’ai regardée partir avec sa canne blanche, sa tête rasée et sa robe de moine usée jusqu’à la corde avec un peu d’inquiétude.

Deux heures plus tard, elle est arrivée souriante avec ses plateaux sous le bras. Admirative, je lui ai demandé comment elle faisait. Elle répondit : « Oh c’est facile, je me cogne dans une personne, je m’excuse et lui demande si elle peut m’aider ».

Pour moi, ça c’est être libre. Demander à une personne qu’on ne voit même pas, c’est donner sa confiance complètement et recevoir avec toute liberté.

Il y a aussi le dana que nous recevons continuellement, sans le savoir. Quand nous mangeons, nous recevons plus que la nourriture. Il y a nous, qui recevons cette nourriture et tout ce qui a contribué à ce qu’elle arrive dans notre bol : la terre, le soleil, les fermiers, les transporteurs, la caissière du magasin, le tenzo... Quel dana dans notre bol !

A la Demeure, il y a un rosier grimpant. En ce moment, début septembre, il est couvert de cynorhodons oranges ; au printemps, de fleurs et d’abeilles. De la rose et de l’abeille, qui reçoit et qui donne ? C’est un échange mutuel et gratuit.

Sans réfléchir, l’abeille fait son travail d’abeille. Elle butine et en même temps, donne et reçoit. De même la rose, l’abeille arrive et la fleur simplement parce qu’elle est fleur, donne et reçoit.

Le fruit, l’abeille, le miel, la fleur ne font qu’un.Sans fleur, pas de miel, sans abeille pas de fruit. Donner et recevoir sans attachements.

Pour nous humains, c’est la même chose. Simplement être. Et chacun de nous est aussi le corps et l’esprit que nous avons.

Uchiyama Roshi dit de ne pas chercher à être ce que nous ne sommes pas. Ne pas chercher à être une rose quand on est une violette. Etre complètement une rose, complètement une violette est dana. Pratiquer avec tout son corps et tout son esprit est donner et recevoir.

Ryoen Ni

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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Si vous souhaitez proposer un texte, merci de l’envoyer par email à La Demeure Sans Limites.

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Dernière mise à jour le :
30 novembre 2005
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