Comme la fleur de Lotus...

Le 4 janvier 2006

« Comme la fleur de Lotus les racines dans la boue se tourne vers le soleil ainsi puissions-nous au-delà des passions nous tourner vers la Voie du Bouddha »

« Comme la fleur de Lotus les racines dans la boue se tourne vers le soleil ainsi puissions-nous au-delà des passions nous tourner vers la Voie du Bouddha »

(écrit cet été pendant mon séjour au Village des Pruniers)

Quelle n’a pas été ma surprise quand en passant devant l’étang aux lotus, situé derrière les habitations, j’y ai vu trois nonnes, l’une trempée jusqu’aux épaules, les deux autres plus près du bord immergées jusqu’aux genoux.

Mais qu’est-ce qu’elles pouvaient bien faire,les jambes dans la boue, dans cet étang aux lotus ? Une force quasi viscérale m’a envahie à cet instant - « Je veux y aller, non plus seulement le chanter comme je l’ai fait des dizaines et des dizaines de fois mais me retrouver les jambes dans la boue comme la fleur de lotus, le vivre à travers mon corps », aussitôt je calmais cet élan et continuais avec les autres la marche méditative.

Quand nous sommes revenus, environ 1h plus tard, les 3 nonnes n’étaient plus dans l’étang, mais le meneur de la marche méditative décida que nous nous arrêterions là..

Après quelques minutes, une nonne vietnamienne qui ne parle pratiquement pas l’anglais vient s’asseoir à mes côtés et commence à me parler en me montrant l’étang du doigt ; malgré mes efforts il m’est bien difficile de la comprendre, mais voici que Soeur Jina, l’abbesse, nous vient en aide. Elle m’explique : « Il faut retirer les feuilles qui restent à la surface de l’eau, autrement elles absorbent tout l’oxygène et les fleurs n’ont plus assez d’eau pour se développer. Aujourd’hui, trois nonnes ont commencé à nettoyer l’étang, mais il reste encore la moitié à faire. »

Je n’ai pas le temps de réfléchir que je m’entends dire : « Si vous le voulez bien, j’aimerais aider à nettoyer l’étang aux lotus ». Sourire de Soeur Jina qui traduit à l’autre soeur. Elle est ravie, il est difficile de trouver des volontaires pour ce travail. Dans mon coeur, « Comme la fleur de Lotus, les racines dans la boue... » chante.

Le lendemain nous voici au bord de l’étang, habillées de tenues de pêcheur (bottes et tenue en un seul bloc lacée sous les épaules), je vais vite en comprendre l’utilité.

Une nonne me donne un grand sac poubelle et nous voici dans l’eau boueuse. Je les regarde un peu puis à mon tour je commence à arracher les feuilles à la surface de l’eau que je mets bien consciencieusement dans le sac. Mais lorsqu’on en tire une tout un paquet de racines vient avec.

Comment faire ? Comment retirer seulement les feuilles et non pas les racines ? Quand je tire une feuille, c’est tellement lourd que je dois faire un grand effort pour ne pas basculer dans l’eau. Tiens donc, voilà que l’expérience directe s’avère bien plus difficile que ce que j’aurais pu imaginer... J’apprendrai que l’on peut aussi cuisiner les racines de lotus. Après avoir retiré les feuilles les plus proches, je décide d’aller un peu plus loin, mais voilà, je suis embouée - coincée dans la boue !- et m’en extraire n’est pas aussi facile que de le dire, je dois tirer sur la botte au risque de perdre l’équilibre. Et une fois que j’ai pu soulever une jambe où reposer le pied, sans m’affaler de tout mon long, sans marcher sur une bouture, sans me retrouver en grand écart ? Je tomberai deux ou trois fois, trempée. Une chance il fait très chaud ! Nous rions toutes les trois.

Oui, les racines dans la boue je me tourne vers le soleil et je remercie encore et encore de cette vie magnifique qui m’est offerte. Il nous faudra à peu près 3h pour mener à bien ce travail. Quand nous sortons enfin de l’eau, nous prenons le temps de nous asseoir au bord de l’étang et de l’admirer, heureuses. Tout est calme, la journée s’achève.

Nous avons travaillé tranquillement, présentes dans nos gestes, attentives aux feuilles, aux racines, à la boue, à l’eau, aux serpents, aux grenouilles, au rythme de notre propre respiration et cela a certainement permis que le lendemain, nous n’ayons pas une seule courbature alors que la veille, j’aurai bien affirmé le contraire.

Durant ce samou, nous n’échangerons pas dix mots, mais nos corps, nos sourires, nos rires ou nos petits cris en tombant dans l’eau ou à la vue d’un serpent d’eau (inoffensif) parleront d’eux-mêmes.

Et mon coeur qui continue de chanter « ... se tourne vers le soleil,... », merci Sensei. Une façon d’exprimer ma gratitude envers mes maîtres, envers Sensei qui m’a offert de le chanter tant de fois, ce gatha imprégné dans mon coeur « Au-delà des passions, nous tourner vers la Voie du Bouddha », oui c’est ce qui me nourrit, la Voie du Bouddha, avec des instants où je peux la vivre avec encore plus d’intensité.

Merci.

Jôkei Ni

 

Commentaires de l'article

 
Betty
Le 4 janvier 2006
Tout simplement : merci Jokeï.

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Dernière mise à jour le :
4 janvier 2006
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