De la nonne Shonen-Ni, pendant son séjour de 3 mois à La Demeure, cet été : Manger dans le Zendo

Le 9 octobre 2004

"Manger avec les oryokis dans le Zendo est une "Zen Party" ! Généralement on pense qu’on a besoin de faire quelque chose de différent de l’ordinaire pour ressentir le côté excitant, fascinant de la Vie : boire, sortir, manger des trucs spéciaux ou être défoncé avec des drogues. On pense qu’on doit être ailleurs que chez soi : au cinéma, en vacances dans un pays exotique. On imagine un certain type d’activités, qui apporte stimulation et fun, comme le ski, un match sportif, un concert ou des jeux vidéo.

Mais dans le Zen, nous apprenons que prendre nos repas, tous les jours, cela c’est un événement, si nous y sommes présents. Voilà la clé de notre vie, être présent. Etre présent à tout ce qu’on fait, quoique ce soit, c’est cela qui est fascinant et merveilleux. Alors, dans le Zendo avec les autres, servir, recevoir et manger avec présence et conscience totales, voilà une activité qui devient passionnante.

La forme prescrite pour manger dans les oryokis, ou pour servir la nourriture dans le zendo, nous donne un centre qui permet cette présence. Présence à nous-mêmes, et à chaque personne dans le zendo, présence à nos bols, et ainsi naît l’esprit de gratitude et de générosité envers tout l’univers et tous les êtres reliés à nous à travers la nourriture reçue. C’est une "party" spéciale ! Ensemble, nous suivons un rythme harmonieux et grâce au don du repas, nous nous rappelons avec reconnaissance notre Maître, le Bouddha, et nous reconnaissons son enseignement : attention et conscience éveillée. Puis nous nous engageons à pratiquer cet enseignement pour le bien de tous les êtres.

Remplir les bols, les vider, les nettoyer et les ranger, tout cela devient une expérience de vie, qu’on pourrait dire sur le fil du rasoir, avec un soin et une attention complètement engagés. Dès que nous glissons hors de cette conscience éveillée, un grand bruit, la rencontre inopinée avec une autre personne ou un autre bol, le manque d’un objet ou une remarque de l’enseignant, nous rappellent au moment présent. Cette prise de conscience s’effectue à différents niveaux : vous vous apercevez de la douceur d’une carotte, ou de la texture croquante des graines de tournesol... Vos bols et votre cuillère deviennent des compagnons à respecter... Vous commencez à entendre le silence. Vous faites attention à la quantité de nourriture qui va être servie dans vos bols, et vous remarquez aussi la rapidité ou la lenteur à laquelle les autres mangent, afin de rester au même rythme que le groupe. Vous gardez un œil pour les signaux envoyés par la personne qui dirige le repas. Et pendant tout ce temps, vous êtes aussi conscient de la chance d’avoir reçu comme un cadeau précieux cette nourriture, dans un monde où tant de gens n’en ont pas.

Même assis en silence, c’est cette nourriture qui vous relie de façon vivante et profonde au reste du monde : toutes les forces de l’univers, le soleil, la pluie, la terre et tous les efforts de ceux qui ont moissonné, travaillé, empaqueté, apporté et préparé ce que vous êtes en train de manger.

La joie qu’apporte la reconnaissance de ce lien est un véritable bonheur et un sentiment d’intimité. Le cadeau que vous faites en retour est de faire l’expérience réelle du repas, y apportant votre attention totale et votre présence dans chaque mouvement, chaque bouchée, chaque gassho. C’est le même esprit que nous essayons d’avoir lorsque nous travaillons, et c’est cela qui rend chaque activité stimulante et intéressante, que ce soit laver ou essuyer la vaisselle, passer l’aspirateur ou jardiner. Ce qui rend une chose passionnante, ce n’est pas la chose elle-même mais la richesse d’y être présent.

C’est faire complètement, avec le cœur et avec l’esprit autant qu’avec le corps : je parle d’être exactement là où on est, et avec ce qu’on est en train de faire. Au lieu d’être perdu dans le brouillard du commentaire mental que nous baladons avec nous partout où nous allons, nous pouvons nous réjouir de la clarté et de la fraîcheur de la vie. Je n’ai pas besoin d’aller faire de la plongée, de l’escalade ni même de regarder la télé pour trouver de l’intérêt à ma vie : lorsque j’y suis complètement présente, même boire un verre d’eau est une "party"...

Shonen-Ni

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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Dernière mise à jour le :
9 octobre 2004
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