Extrait du livre de Katagiri Roshi « You have to say something » traduit par Jokei ni

Le 30 avril 2006

Feuille d’érable

qui tombe,

envers puis endroit

Ryokan

Le poème de Maître Ryokan au sujet de la feuille d’érable qui tombe en montrant parfois l’endroit et parfois l’envers parle de deux états d’existence. L’une est « montrant l’endroit et l’envers » - autrement dit la forme matérielle. L’autre est « qui tombe ». Dès que nous percevons les formes à travers nos sens nous leur donnons une valeur : bonne, mauvaise, femme, homme, doute, arbres, rochers. Toutes les choses - mentales et physiques - apparaissent en tant que forme. Mais qu’est-ce qui rend cette apparence possible ? Derrière les formes que nous expérimentons, il y a une chose à laquelle nous prêtons peu d’attention. Ici le fait de tomber, c’est-à-dire l’activité. Sans activité il n’y a pas de forme créée. Il n’y a pas de « montrant l’endroit et l’envers ». Et sans forme, l’activité n’est pas définie ou compréhensible. Mais nous sommes toujours tournés seulement vers le monde phénoménal de la forme, de l’endroit et de l’envers. Nous ne faisons pas du tout attention à ce qui est derrière le phénoménal. C’est très difficile à saisir, c’est pourquoi nous nous occupons seulement de ce que nous pouvons attraper facilement. Nous sommes intéressés seulement par la peau. Mais derrière la surface, derrière les formes, il y a quelque chose d’actif et dynamique. C’ est ce dont Maître Ryokan parle. L’activité produit le monde phénoménal de la forme. Bien que le monde phénoménal nous montre à la fois l’endroit et l’envers, en général nous nous impliquons seulement sur l’endroit. Nous devons voir l’endroit quand l’endroit se montre mais nous devons aussi voir l’envers quand l’envers se montre. Et au-delà de ce qui nous est montré, nous devons voir l’activité et le dynamisme que personne ne peut saisir. Quand nous essayons de garder l’endroit, il se change en envers ; quand nous essayons de garder l’envers, il se change en endroit. Il n’y a rien que nous puissions agripper. Et pourtant, nous devons prendre soin du monde phénoménal.

C’est un peu difficile pour nous, adultes. La conscience d’un bébé, de l’autre côté, est comme un ballon flottant au milieu de la rivière. Pour un bébé, les choses apparaissent puis disparaissent et sont oubliées. Pour les adultes, les choses apparaissent mais nous les gardons et jouons avec. C’est ce qui nous donne l’impression qu’elles durent. Mais derrière tout objet il n’y a rien d’autre que l’activité. Nous appelons parfois cette activité la force de vie, ou bien la Vérité. C’est l’univers, le Tout. Ce n’est pas un concept. Vous ne pouvez pas le garder à l’esprit en tant qu’objet. Néanmoins, la flèche a déjà atteint son but.

Sans l’activité nous voyons « l’endroit » dans trois pas et « l’envers » dans cinq. Vie et mort. Mais trois pas est dans cinq pas. Autrement dit, exactement au centre de la vie, vous devez mourir. Exactement au centre de la mort, vous devez agir. Vous devez être vivant au moment même où la mort vous embrasse. Exactement au centre de la mort, vous êtes vivant. Maintenant vous êtes vivant. Mais simultanément à chaque instant vous mourrez parce qu’il n’y a rien à conserver. Faire vraiment quelque chose veut dire que vous mourrez. La vraie vie telle qu’elle est, mêlée a la mort est la liberté totale.

Si vous prenez soin de votre vie - en sachant que c’est à la fois vie et mort et que l’activité la sous-tend - vous verrez que votre vie est entourée et soutenue par beaucoup d’êtres. Vous verrez que votre propre vie, en tant que vie et mort, entraîne naturellement tous les êtres. Ainsi, une fois que votre vie inclut tous les êtres, vous pouvez vivre avec eux en paix et en harmonie.

Généralement, nous croyons que nos problèmes viennent « de l’extérieur » :de la société, de la nature, des autres. Mais notre problème est en nous. C’est l’ego. Consciemment ou inconsciemment, nous essayons de prendre soin de notre vie en donnant satisfaction a nos désirs égoïstes. Mais tôt ou tard nous devons nous demander pourquoi nous nous asseyons en zazen. Est-ce que c ’est vraiment pour sauver tous les êtres vivants ? C’est une belle idée, mais je ne pense pas que ce soit la raison pour laquelle la plupart des personnes pratiquent zazen. La plupart d’entre nous s’assoient pour se sauver soi-même. C’est pourquoi nous avons des difficultés à prendre soin de la Sangha. Nous sommes seulement concernes par nous-même. Pour la plupart, c’est soi-même qui vient en premier.

Derrière votre forme il y a quelque chose qui est toujours agissant. Qui se répand en tout et en tous. Si nous nous attachons seulement a ce qui apparaît a la surface des choses - si nous ne prêtons aucune attention à l’ activité qui sous-tend l’expose de l’endroit et l’envers - alors nous ne voyons pas que l’univers est entièrement en nous. Alors nous essayons de nous éloigner de l’ennemi que nous imaginons être « au dehors de nous ». La vraie pratique de zazen est de se permettre d’être libre de soi-même. Mais si vous vous ligotez avec l’idée de vous, vous-même vous asseyant en zazen, alors vous n’êtes pas vraiment en train de pratiquer. Vous êtes simplement une personne individuelle qui s’assoit là. Vous n’êtes pas en train d’exprimer l’universel. Le vrai zazen est quand vous êtes libre a la fois de vous-même et de votre objet. Tant que vous ne comprenez pas cela, vous êtes toujours concerné par votre propre sujet.

Si vous êtes libre de votre objet, alors, naturellement, vous êtes libre du sujet-de vous-même. Si vous faites zazen parfaitement, il n’y a plus personne qui pratique zazen. Vous devenez libre du pratiquant. Etre libre du pratiquant de zazen c’est être libre de zazen en tant qu’objet. C’est être vraiment là.

Katagiri Roshi

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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