Questions de vocabulaire

Le 2 juillet 2006

Les idées cheminent lentement dans les cerveaux secondaires, comme font les semences dans le sol, ou par détours sinueux comme on dit en espagnol que Dieu écrit droit avec des lignes courbes. Toujours est–il qu’il m’a fallu bien du temps pour adapter à mon vocabulaire ce « take care », lancé par Sensei il y a quelques années, dont je voyais bien l’étendue et l’application mais que je ne savais traduire.

Déficit de mots auxquels se raccrocher, auxquels raccrocher une expérience. « Compassion » oscillait entre pitié condescendante, commisération chrétienne et une empathie pour la souffrance qui n’allait pas au-delà de la sentimentalité. « Protéger », plus actif certes, avait un air tout à la fois défensif et paternaliste. « L’attention » pouvait se confondre avec la concentration sur une tâche et supposait tension et attente. « Etre attentionné » conviendrait mais fait trop bonnes manières désuètes et implique un empressement suspect. «  Prendre soin des êtres et leur prêter attention » pouvait passer mais était bien lourd.

Me restait aussi en tête un propos de Jodorovski entendu il y a longtemps qui recommandait, une fois un citron pressé, plutôt que de le jeter négligemment, de le laisser partir à la poubelle avec délicatesse en sachant lui dire au revoir. Comment dire cet accompagnement ? Par le terme de sollicitude ? Sans doute, mais à condition de lui soustraire ses connotations, voix sirupeuse d’hôtesses de l’air et ton patelin des médias se penchant sur le sort de tant de victimes.

Et puis, m’attardant sur l’œuvre d’un peintre local, me penchant sur sa facture, ses sujets, le regard qu’il portait sur eux, rentrant progressivement dans son œuvre et son être, il ne me vint qu’un mot, «  bienveillance », pour qualifier la bonté avec laquelle il prenait en charge et restituait le monde ou, si le mot n’apparaît pas trop mièvre, une forme de tendresse qui le faisait participer aux plus simples spectacles, aux plus humbles motifs, et qu’il continue de nous faire silencieusement partager.

Fallait–il passer par des œuvres d’art pour sentir la portée d’un mot qui cumule la vigilance et la bonté, le « veiller bien » de la méditation et le « veiller au bien » de l’action, et qui suppose qu’on considère les êtres comme sauvés avant même de poser sur eux le regard, comme par un a priori d’absolution ? Chacun chemine selon sa pente et ici, Occident oblige, c’est celle du regard. Mais quel besoin d’équivalents ? Et surtout de mots. L’essentiel est de faire et pour cela, « take care » n’est pas mal du tout.

Pierre

Daishin

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Dernière mise à jour le :
2 juillet 2006
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