« Comprendre qu’un seul légume peut devenir la pratique du Bouddha... » Pierre

Le 2 septembre 2006

«  Comprendre qu’un seul légume peut devenir la pratique du Bouddha, nourrit en nous de façon efficace le désir d’exprimer la Voie à travers notre vie. Ne détestez pas les choses simples ; en tant qu’enseignant des hommes et des êtres du ciel, faites le meilleur usage de ce que vous avez. » M°Dogen, La cuisine dans un Temple Zen.


« Un seul légume peut devenir la pratique du Bouddha » :l’attention portée à l’ « objet » de son acte met l’être dans le geste et le geste dans la chose, la pensée dans le faire ( loin de penser à faire, le faire est pensée vive) avec la chose, qu’il s’agisse du plus simple légume (ailleurs dans le même texte, M°Dogen parle d’une feuille de salade. R. Char dira, lui, l’aptitude à voir « l’éternité au sein d’une olive »…) mais aussi d’une cloche qu’on fait retentir, d’une pelle qu’on manie, d’une gorgée d’eau qu’on absorbe, d’un encens qu’on pose, etc. C’est la chose-acte, quelle qu’elle soit, qui est la vie, la forme pratique de l’éveil, qui permet d’être avec le monde, et dans le local et l’apparemment partiel, de résonner avec le global.


Le « comprendre », le ressentir est une première illumination fort simple où la Voie se traduit, s’exprime en nous, agit par nous et à travers la chose : elle s’exprime dans ce que nous faisons ; en termes chrétiens on dirait, dans le sens de l’incarnation, que le verbe se fait chair. Mais le comprendre entraîne que notre vie exprime la Voie, que la chair de nos actes et gestes devienne Verbe (assomption).Mais sans doute ce vocabulaire qui suppose d’un côté matérialisation, de l’autre spiritualisation est-il dualiste pour rendre compte de ce que signifie simplement M°Dogen : la pratique se réalise au plus quotidien et s’en aviser, le vivre nous amène à transformer tout notre quotidien en Voie.


Soit à réduire justement la dichotomie, voire la schizophrénie qui fait qu’on est -par exemple à la cuisine de La Demeure- dénudé jusqu’à sa vraie nature et épousant la justesse de l’instant, mais, rentré chez soi, dans le « civil », repris par son masque social et ses rôles ; tantôt, à l’inverse, ayant l’impression de jouer un rôle –celui de bon figurant bouddhiste- dans le temple et de n’avoir de vérité qu’en dehors. L’expérience faite dans le travail justement enclenche un cercle vertueux, nous la fait transférer peu ou prou à «l’extérieur »et suscite le désir d’unifier notre vie, de faire que les moments « autres » deviennent semblables à celui où le légume se fait couper par nous, où nous sommes joints à lui dans un geste juste. Godard disait «  Il y a juste des images, et il y a des images justes. » Il en va de même pour les instants. En vaoir vécu ne peut que susciter le désir de vivre ainsi.


« Ne détestez pas les choses simples…faites le meilleur usage de ce que vous avez. »

Ici aussi s’abolit la distinction qui nous est trop chère, la hiérarchie que nous instituons en fonction des critères culturels ou /et égotistes entre noble e t ignoble, sacré et profane, sérieux et futile. Ces »choses simples », ce sont bien sûr, les ingrédients pour la cuisine, entre lesquels il n’y a pas à choisir, c’est le donné à accepter et à utiliser. De tout bois on fait le feu et comme le rappelle M°Dogen par un proverbe cité auparavant «  La bouche du moine est un poêle » qui accepte tous les combustibles. Mais ces « choses simples », c’est aussi, ce que vous avez et ce que nous sommes.


Travailler à la cuisine, c’est travailler sur soi et nous sommes alors aussi notre propre matériau. Il importe alors de ne pas détester en soi telle ou telle portion du caractère, du karma, et de savoir y voir ce que cela comporte de Dharma possible. Nos « erreurs », nos médiocrités sont des enseignements utilisables à chaque instant.


La pratique est faite pour s’en apercevoir.

« En tant qu’enseignant.. » Mon métier d’enseignant laïc et laïque me fait assez voir combien il importe de « faire avec » les élèves tels qu’ils sont, sans préjugés, sans mépris a priori pour leur niveau ou leurs capacités. .L’estime et le respect, la confiance même sont indispensables pour que fructifie l’enseignement que la distance, le dédain stérilisent. La classe est une cuisine.


Mais il s’agit ici d’ « enseignant des hommes et des êtres du ciel… » et M°Dogen nous signale que nous sommes à chaque instant tuteurs, plus largement, du monde , co-responsables de tout ce qui est par le moindre de nos actes, qu’il s’agisse d’action, d’exemple ou d’influence exercée, voire simplement d’amorce de pensée.


Accepter ses ingrédients et en faire le meilleur usage pour la collectivité, ce n’est pas une image ou une métaphore de notre participation au tout, mais sa réalité vécue ; la réalité, vécue dans une cuisine, de ce que nous pouvons faire en tout temps et en tout lieu. Car là encore pas de séparation entre ici et là-bas : le moindre geste modifie la gravitation terrestre, trouble la Voie Lactée et émeut les étoiles. Infimement, certes, mais réellement. Ou encore « Une goutte de lait dans l’océan le blanchit ». Infinitésimalement peut-être, mais en entier. D’où la nécessité de faire le meilleur usage de ce qu’on est, de contrôler actions, paroles et pensées. Sans rien dénigrer car le mépris et la condamnation aggravent les situations et rendent impossible la transformation de soi et des autres.


Car il s’agit d’enseigner, et donc de transformer autrui ; non pas la volonté de pouvoir, sans s’être transformé soi-même (on ne voit que trop les catastrophes totalitaires suscitées par les utopies du changement) mais en sachant qu’on ne mûrit pas seul et que «  les hommes et les êtres du ciel » sont aussi nos enseignants.

Ainsi le monde, la Voie nous fait agir pour que nous agissions sur le monde et y exprimions la Voie

Transformer quoi ? Juste faire bouger ce qui obstrue la Voie, ce qui empêche la…… de passer. Comment ? Un seul légume peut suffire.



Pierre Shinki

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