Et ça marche. Serge

Le 2 septembre 2006

(…) J’ai profité des discussions qui ont accompagné ce travail pour débroussailler le terrain de ronces qui entourait quelques idées qui restaient incomprises chez certains. Quand la classe reprend à 13 heures, après le repas de midi, je me lave les dents au lavabo dans l’atelier. En allant vers le lavabo, tenant ostensiblement ma brosse à dents je dis aux élèves “après le repas, on doit se laver les dents”. Je ne les surveille pas à ce sujet, mais petit à petit certains se sont mis à le faire aussi. Il y en a un qui un jour m’a demandé si je pouvais lui prêter du dentifrice.


Ceci fait, je l’ai suivi vers le lavabo en bavardant un peu, puis j’ai vu qu’il se lavait les dents en laissant couler l’eau en continu. Je lui ai dit que c’était mieux de mettre de l’eau dans un gobelet. Je lui ai parlé de l’eau qui est rare, des personnes qui font des kilomètres pour en chercher. Il s’est un peu révolté, et m’a dit “mais de toute façon ce n’est pas parce que j’utiliserai moins d’eau que ça changera quelque chose pour cette femme qui fait de kilomètres chaque jour pour chercher de l’eau”. Il m’a dit encore “ma mère me répète depuis toujours de finir mon assiette car des enfants dans le monde n’ont rien à manger”, “cette culpabilisation me bousille la vie”.


Je lui ai dit que j’étais tout à fait d’accord, que d’utiliser un gobelet ne soulagerait en rien les femmes africaines dans leur corvée d’eau, pas plus que de finir son assiette ne donnerait à manger aux enfants mal nourris. Je lui ai dit ensuite que de laisser couler le robinet et gaspiller de la nourriture nous éloignait de ces gens qui ont soif et faim, et que par voie de conséquences nous étions amené à vivre sur une planète que nous nous construisions, très loin de la planète réelle, et que ça ne pouvait pas marcher. Par contre économiser l’eau et finir son assiette nous rapproche de ces personnes. Sans soulager leur souffrance nous devenons ainsi attentif à ce qui les fait souffrir, nous sommes ainsi sur la même planète qu’eux, et ça marche.


Je n’ai pas voulu prononcer le mot compassion.


Serge

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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Dernière mise à jour le :
2 septembre 2006
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