L’homme marchait

Le 2 décembre 2006

Un jour, sa route rencontra une jungle, véritable mur végétal. Aucune ouverture en vue. Il essaya de la contourner par la gauche, par la droite, mais le mur s’étendait, imperturbable, aussi loin que portait le regard. Tellement uniforme que l’homme ne savait plus qui de lui ou de la jungle avançait.

Il arriva près d’une pierre, sur laquelle était posée une machette. « Enfin », se dit-il avec soulagement, « quelqu’un connaît cette jungle et va pouvoir m’y tracer un chemin. » Apaisé, il s’assit sur la pierre et attendit.

Attendit.

Et attendit.

L’impatience et la colère le gagnait peu à peu. « Mais que fait-il », rageait-il, « je n’ai pas que ça à faire, je dois avancer et cet imbécile n’arrive toujours pas ! »

Il grommelait tout seul, tapant du pied. Puis il lui vint à l’esprit que peut-être personne ne viendrait, qu’il devrait lui-même se frayer un chemin dans cette jungle. Il eut peur, se disant que c’était impossible, qu’il ne savait pas manier une machette.

Mais il ne pouvait pas reculer et la rage le prit. « Ce n’est pas une jungle qui va m’arrêter », s’écria-t-il et il s’élança, machette brandie.

Le premier coup rebondit et lui claqua sur le nez. La jungle semblait se moquer de lui. Alors, la rage au ventre, il frappa et frappa, se blessant le corps aux feuilles coupantes comme des rasoirs, les pieds pleins d’échardes et les mains en sang.

La fatigue eut raison de sa colère mais il continuait à avancer. Lentement. Très lentement.

Il finit par s’écrouler au sol, le corps rompu. En se retournant, il s’aperçut qu’il avait à peine avancé. Mais il persévéra et se releva. Et retomba. Mais continua.

Une pensée se fit jour dans son esprit : peut-être n’utilisait-il pas la bonne méthode. Alors il s’arrêta et regarda.

Pour la première fois, il regarda la jungle. Et s’aperçut qu’elle n’était pas ce qu’il avait cru. Des espaces existaient, là où il n’avait vu qu’un bloc. Bien sûr, son chemin devenait sinueux, mais il allait plus vite. Et plus il regardait, plus il avançait.

Son pas devint souple et léger. Il se faufilait, utilisant de moins en moins la machette. Il se rendit compte qu’il n’en avait plus besoin et la posa sur une pierre qui se trouvait là.

Plus il marchait, plus il se fondait dans la jungle, comme un tigre dans la montagne. Puis la jungle disparut.

Et l’homme aussi.

Il n’y eut plus rien.

Ou bien quelque chose ?

Céline

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