Le moment présent, le moment urgent. (2ème partie).

Le 2 décembre 2006

1. Prenez une responsabilité morale et spirituelle dans la souffrance du monde comme faisant partie de votre engagement dans la pratique.

Le coeur de la pratique bouddhique est la transformation de dukkha, la souffrance, et de ses racines en sagesse et en compassion. Comme l’a expliqué le Bouddha nous faisons tous l’expérience de la souffrance physique et émotionnelle. Nous tombons tous malades, nous perdons des personnes que nous aimons, et nous mourrons. Notre pratique n’est pas d’essayer de nous débarrasser de cette souffrance, ce qui serait impossible, mais plutôt d’éviter de nous recroqueviller autour de cette douleur, de blâmer nous-même ou les autres pour elle, ou d’attaquer quand nous nous sentons attaqués, pensant que par l’une ou toutes de ces méthodes, nous pourrons résoudre la douleur.

Ce cycle de ré-action est appelé souffrance. Notre tâche, en reconnaissant notre ré-activité, notre avidité, notre colère et les illusions qui les nourrissent, est de comprendre qu’il peut y avoir douleur sans souffrance,sans projection sur ce et ceux qui nous entourent.

Les bouddhistes socialement engagés suggèrent que notre engagement dans la pratique comprend la responsabilité pour toutes les parties de notre vie. Essayer d’arrêter ces cycles de réactivité et de violence pas seulement en nous-mêmes, mais aussi dans nos relations interpersonnelles et dans notre rôle de citoyen d’une société démocratique. La non-violence absolue de Gandhi et de Martin Luther King était guidée par la même intention : ne pas transmettre la douleur de l’oppression et du racisme en continuant les cycles de violence et apporter la compassion à ceux qui souffrent. Ils faisaient écho aux paroles du Bouddha : « La violence ne cesse jamais par la haine. Elle ne cesse que par l’amour. Ceci est une loi ancienne. »

Notre engagement envers les préceptes éthiques peut aussi nous donner un sens clair de nos responsabilités sociales ainsi que des garde-fous dans notre participation sociale et politique. Selon TNH, les préceptes demandent que nous utilisions notre responsabilité morale de pratiquants bouddhistes dans les situations collectives aussi bien qu’individuelles. Dans Being Peace, il donne sa version des deux premiers préceptes : « Ne tuez pas. Ne laissez pas les autres tuer. Trouvez tous les moyens possibles pour protéger la vie et prévenir la guerre. .. Ne possédez rien qui devrait appartenir aux autres. Empêchez les autres de s’enrichir à travers la souffrance humaine ou la souffrance d’autres êtres. » Nous pouvons nous rappeler que dans le Sutta Nipatta le Bouddha formulait dès le départ la dimension sociale des préceptes en nous exhortant à « ne pas pousser les autres » à tuer, et « ne pas les approuver » s’ils le font.

2. Apprenez à voir les phénomènes sociaux et politiques à travers les yeux du Dharma.

Par la pratique de l’attention, nous étudions nos tendances à la réactivité. Nous étudions en profondeur, parfois plus que nous ne le voudrions, nos tendances à toujours porter des jugements, à essayer de tout diriger, à blâmer tantôt nous-même tantôt les autres, ou à s’engager sans fin dans un bavardage intérieur à propos de choses sans importance, ou à somatiser nos difficultés émotionnelles. A travers des séjours prolongés dans ce « laboratoire » nous pouvons voir facilement se manifester de telles tendances, bien que plus complexes, dans nos familles, groupe, et communautés, aussi bien que dans nos systèmes sociaux, économique et politique.

Nous pouvons voir ce qu’il y a de commun entre les évènements du monde et notre esprit, comme le suggère M.Mc Donald, enseignante Vipassana : « Aujourd’hui rapport de Bagdad et de mon esprit : un tas de tirs en cours et une explosion aux abords de la ville ».

Nous pouvons identifier plus clairement les Trois Poisons, haine, avidité et ignorance, autour de nous, et en nous. Nous pouvons discerner comment « la guerre au terrorisme », le jihad de Al Quaida, comme bien d’autres conflits, sont en partie l’expression d’un cercle vicieux, d’un « prêté pour un rendu », qui nous sont familiers à travers notre expérience personnelle. Englouti dans la haine collective et la fureur, chaque camp proclame à la fois les crimes de l’autre camp et son propre droit, incapable alors d’entendre la souffrance de l’autre, incapable de regarder les racines plus profondes du conflit et de voir comment nous avons besoin d’ennemis pour maintenir notre rigide sentiment d’identité.

Nous pouvons aussi comprendre comment nos institutions économiques prennent racine dans une avidité collective qui, comme nous le savons de notre propre pratique, naît d’être auto-centré, ce sentiment que mes désirs sont les plus importants, d’un manque du sens de la connection aux autres,et de l’inattention quant aux conséquences à long-terme de mes décisions.

De même, nous pouvons identifier et clarifier les structures de l’ illusion collective évidente, par ex, dans l’action des mass media, des institutions d’enseignement et de nos idéologies auto-triomphantes, enracinée dans notre propre illusion. Comme le suggère Shantideva dans A Guide to the Bodhisattva’s Way of Life : « le monde entier est plongé dans la folie/ A cause des exactions de ceux qui se trompent sur eux-mêmes. »

Encore plus profondément, nous pouvons voir notre « ombre collective » émergé de la souffrance collective non-résolue, comme le presque génocide des Indiens d’Amérique, notre histoire d’esclavage et de racisme,ou la violence connectée à la politique étrangère américaine (depuis 1945, selon le chercheur Johan Galtung 70 interventions et entre 12 à 16 millions de tués, directement ou indirectement).

Notre manque de conscience de ces faits se manifeste dans le déni collectif ( particulièrement de toute responsabilité) , la projection et une escalade de la violence.

Regarder à travers les yeux du Dharma nous aide aussi à localiser et prendre conscience de la richesse des ressources qui existent dans la tradition américaine, liberté d’information et d’expression, dons spirituels et créatifs de ceux que nous avons opprimés (...).

Donald Rothberg. Suite en Janvier

En janvier, suite également de « Zazen sans rien gagner »

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