Zazen sans rien gagner (2)

Le 1er février 2007, par Joshin Sensei,

On discute souvent aujourd’hui, aux États-Unis, du « Bouddhisme engagé », et cela m’a fait réfléchir.

S’asseoir en zazen est, en lui-même, déjà un mouvement social et c’est l’expression d’un mode de relation à la société. C’est pourquoi on peut penser que la pratique de zazen est suffisante, et qu’autre chose en plus serait sortir de la sphère religieuse. Pourtant, parmi ces pratiquants de zazen, combien y en a-t-il qui voient leur pratique de zazen dans le contexte d’une critique sociale, ou d’une critique de notre civilisation ? Ne voient-ils pas plutôt zazen comme un outil psychologique pour bien s’adapter au système social actuel ?

Il est vrai que la pratique de zazen « sans rien gagner » n’est pas le type de mouvement social qui essaie d’apporter des solutions directes aux problèmes sociaux. Si quelqu’un pensait cela, ce serait de la sorcellerie ! Zazen est seulement zazen, rien de moins, rien de plus. Toutefois, si on perd le sens de cette tension entre la pratique de zazen et les réalités de la société, et toutes leurs contradictions, alors il est grandement à craindre que zazen ne devienne une activité conservatrice, comme s’enfermer soi-même dans un cocon en soie. Nous devons bien reconnaître que c’est déjà arrivé dans le passé, et on peut en voir quelques résurgences ici et là.

Nous ne devons pas comprendre « nature parfaite du présent » de façon simpliste, apaisante et en conclure rapidement que tout va bien, qu’on peut accepter la façon dont vont les choses et la continuation du statu quo sous le prétexte que tout est bien juste comme c’est. Ne pas introduire vos propres goûts et désirs et accepter ce qui est sans préférence diffère complètement d’accepter et de maintenir le présent avec l’intention secrète de l’utiliser pour son propre intérêt. « La perfection du moment présent » ne signifie pas l’indulgence, ne signifie pas qu’il n’y a aucun problème, ni dans la société, ni en nous !

Quels que soient vos espoirs, vos attentes et vos discriminations, le présent ne peut être rien d’autre que ce qu’il est, incluant toutes les contradictions de la société ainsi que vos propres souffrances et questions. Tout cela est en rapport avec la nature solennelle du présent.

En général, lorsque nous pensons au sens du mot « pratique », cela apparaît comme un moyen de changer notre moi présent imparfait. Toutefois comme le dit M°Dogen au début du Fukanzazengi : « La Voie emplit tout, et elle est parfaite dès l’origine. Comment pourrait-elle dépendre de la pratique ou de la réalisation ? »

Dès l’origine, la Voie du Bouddha est telle qu’il n’y a rien à ajouter. Dit de façon moderne par Kodo Sawaki Roshi, il n’y a absolument pas besoin de faire quoi que ce soit. Cela signifie que notre zazen n’est pas construit sur un modèle allant de l’imperfection à la perfection. C’est plutôt un modèle basé sur l’approfondissement : de la perfection à la perfection, dans lequel vous vérifiez de plus en plus profondément dans le présent ici et maintenant le présent parfait à l’origine. Ce qu’on appelle ici « la perfection absolue du présent » est généralement appelé dans le bouddhisme « la forme réelle de toutes choses ».

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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