Etre sans préférences

Le 1er février 2007

« Lorsque le tenzo reçoit du kusu la nourriture, il ne doit jamais se plaindre de la quantité, ni de la qualité- mais toujours la traiter avec le plus grand respect. »

Cette phrase est extraite du "Tenzo kyokun" , un texte qui a été écrit par Maître Dogen en 1237 et traduit par Maître Uchiyama.

Il décrit le travail du tenzo dans la cuisine des temples. Le tenzo est le moine qui prépare la nourriture. Il est dit dès le début du texte qu’il s’agit d’une tâche importante, toujours confiée à des moines « avancés dans la voie ». En lisant ce texte, on comprend que préparer un repas dans un temple, ce n’est pas tout à fait préparer un repas comme on le fait dans la vie courante. Mais en quoi cette phrase peut-elle nous parler dans la vie de tous les jours ? ...

La nourriture est un domaine dans lequel reviennent les termes "aimer" ou "ne pas aimer". La nourriture est la satisfaction d’un besoin vital, en même temps qu’elle est une satisfaction des sens. On apprécie de manger un bon repas. On essaye aussi, en général, lorsque l’on cuisine, de servir un bon repas. On peut se dire qu’il en est de même dans un temple. Cependant, si l’on reprend la phrase étudiée on se rend compte que le tenzo d’une part ne choisit pas la nourriture qu’il va préparer, d’autre part qu’il ne doit pas se plaindre, ni de la qualité, ni de la quantité. Il doit faire « avec ce qu’il a », avec ce qu’on lui donne.

On choisit, quand on le peut, la nourriture que l’on va préparer pour soi ou pour d’autres personnes. On essaye de prendre de bons ingrédients, de suivre une recette,etc... On mange, quand on le peut des choses que l’on aime.

Dans les temples zen, une grande place est accordée à la pratique des activités quotidiennes, le travail d’entretien du temple, le ménage. Il s’agit du samu.

Lorsque l’on séjourne à La Demeure Sans Limites, on participe à ce samu. Il s’agit de nettoyer, jardiner, ranger, etc...dans un esprit d’attention et avec les autres personnes. On est amené également à travailler dans la cuisine et on se rend rapidement compte de l’importance de celle-ci. Le lieu, tout d’abord est "géographiquement " parlant, directement ouvert sur la salle de méditation. On y travaille toujours à plusieurs. Lorsqu’on y travaille, on reste en silence, dans un esprit d’attention et de respect. Les repas sont préparés pour toutes les personnes présentes à La Demeure sans Limites.

Il y a toujours une personne responsable de la préparation des repas. On ne choisit donc pas ce que l’on va préparer, ni la manière dont on va le préparer. On reçoit des instructions, sur la manière de couper, d’éplucher, de cuire... Comme il y a 700 ans.

On a parfois des réactions d’incompréhension, parce que l’on nous demande de faire d’une certaine manière, alors que l’on a l’habitude de faire autrement. On se rend vite compte également que les ingrédients utilisés sont simples. Or, lorsque l’on mange ces repas préparés dans la cuisine du temple, on a souvent l’impression d’une grande subtilité dans les saveurs, les goûts.

En quoi cela cela peut-il nous aider dans la vie courante ? Sensei nous dit souvent qu’à La Demeure Sans Limites, la méditation doit se poursuivre dans !a vie de tous les jours. Dennis Genpo Merzel, un enseignant zen américain a écrit un livre « Au coeur du Chan » dans lequel il commente ce très vieux texte, fondateur du bouddhisme chinois : un poème intitulé Hsin hsin ming (jap. : Shin jin mei). Le 1er chapitre s’intitule « Ne pas avoir de préférences ».

Les 2 premiers vers du poème sont traduits dans les termes suivants : " La Grande Voie n’est pas difficile, pour ceux qui sont sans préférences..."

Il est difficile d’être sans préférences face à la nourriture. C’est même peut-être l’un des domaines dans lequel on en exprime le plus. Etre sans préférences, c’est ne pas établir de distinction.... Devoir préparer ou manger de la nourriture que l’on n’a pas choisie, c’est peut-être une très bonne occasion de s’observer en train de dire j’aime je n’aime pas, et de voir ce qui se passe si on mange, quand même. Cela permet peut-être de s’observer ensuite dans d’autres situations, en train de dire j’aime je n’aime pas. Et de voir que tout cela ne tient pas forcément très longtemps, que cela peut évoluer, parfois sans qu’on s’en rende compte, et qu’il n’est donc pas trop nécessaire de s’y attacher plus que cela.

Ne pas se plaindre de ce que l’on reçoit, et toujours traiter ce qui nous est offert ou confié avec le plus grand respect. La nourriture comme ce qui surgit dans notre vie, plaisir ou déplaisir, joie ou souffrance...

Anne

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

N’hésitez pas à réagir ou répondre aux textes proposés en ajoutant vos commentaires.

Si vous souhaitez proposer un texte, merci de l’envoyer par email à La Demeure Sans Limites.

Dans la même rubrique

Zazen sans rien gagner (2)
Les démons - Le Nirvana
L’habit de la Voie
Etre sans préférences

À propos de cet article

Dernière mise à jour le :
1er février 2007
Statistiques de l'article :
1026 visiteurs cumulés

Votre recherche

SPIP 1.9.1 [7502] | BliP 2.3 | XHTML 1.0 | CSS 2.0 | RSS 2.0 | Espace privé
Visiteurs par jour (cumul) : 230 (518058)