Vivre vraiment : pratiquer l’identification avec tous les êtres des millions de fois.

Le 23 juin 2007

Quand le soleil se couche, qu’il fait sombre, est-ce que vous ne vous sentez pas parfois seul ?

Un auteur japonais bien connu, Eiji Yoshikawa, disait, qu’après cinquante ans, quand il se sentait seul, il avait l’habitude de prendre son poignet et de toucher son pouls. Est-ce que vous avez un pouls ? Est-ce qu’il existe qqn qui n’en ait pas ? Quand vous trouvez votre pouls, vous sentez ce son, et alors :« Il y a trente ans ce son était déjà là ; et il y a quarante ans. Il y a quarante ans, j’avais auprès de moi mes parents, mes frères et soeurs, mes amis... ». Yoshikawa se rappelait ce genre de choses, les plats que sa mère lui préparait, les balades avec ses frères. De cette façon, il comprenait qu’il n’était pas seul. A travers le battement de son pouls, il se rappelait à nouveau qu’il était relié à de nombreuses personnes. « En remontant dans le temps, il y eut un moment où ma mère me tenait dans ses bras et changeait mes couches. Un temps où elle me donnait son lait. » Allant encore plus loin, il y avait un temps où il était dans le ventre de sa mère, et encore plus loin, où sa mère était dans le ventre de sa propre mère, et la mère de sa mère, etc...Il y eut tant de personnes, d’allaitement, de couches, nous sommes tous dans cette continuité.

Cela nous apprend que nous sommes connectés à la vie de si nombreuses personnes, et de si nombreuses choses, dans cette vie même. Je pense que c’est important que nous choisissions de reconnaître toutes ses vies auxquelles nous sommes reliés avec affection, familiarité et reconnaissance. « Causalité » est l’enseignement du Bouddha qui dit que tout est relié et existe en tant que support pour autre chose. Et en même temps, tout change sans cesse ; c’est impermanence.

Un ami à moi, en vérifiant son pouls, disait « Le son de ce pouls est comme le son d’un avion emportant ma propre vie. » Combien d’années pensez-vous que vous avez encore à vivre ? Est-ce que l’avez prévu ? Ma vie peut se terminer demain, ou bien je peux vivre encore trente ans. Mais dans tous les cas, sa durée en est limitée, et dons le nombre de battements de mon pouls est aussi limité. Ce pouls limité bat en ce moment pour moi. A chaque pulsation, il me rappelle que le nombre de pulsations décroît. Ainsi chaque pulsation est comme le son d’un avion emportant la vie. Dogen Zenji nous rappelle fréquemment que nos vies sont éphémères...

« Dharma » est le mot qui représente « causalité » et « impermanence ». Le Bouddha n’a pas réalisé cela facilement : d’abord il a pris plaisir à tous les privilèges de la jeunesse et de la richesse qui l’entouraient. Il le raconta plus tard à ses disciples. Mais confronté à la souffrance de la vieillesse, de la maladie et de la mort- choses auxquelles on ne peut échapper- il s’est senti honteux de voir qu’il essayait toujours d’y échapper. Et c’est à l’intérieur de la souffrance et des difficultés que Shakyamuni Bouddha a découvert, à travers de nombreuses années de pratique , la signification de la vie.

(...) Omichi Zenji,dans ses voeux de Nouvel An pour l’école Soto a écrit : « (...) Essayons d’aller au-delà des barrières de l’égocentrisme et de l’attachement à l’ego, et marchons ensemble dans la Voie du Bouddha, cette Voie dans laquelle nous nous aidons les uns les autres. Ceci est l’enseignement de M°Dogen dans le Shushogi : l’identification avec les autres. »

M°Dogen parle toujours de notre « pratique » : notre activité, les choses que nous pensons sont importantes, mais le Zenji insiste sur l’importance de changer nos actions. Et pourtant il est difficile de pratiquer l’identification avec les autres. Pourquoi cela ? Dans nos coeurs, nous voulons avoir plus que les autres. Nous voulons faire peu, et recevoir beaucoup de compliments. Nous voulons être reconnu. C’est à cause de cet esprit qu’il est difficile de pratiquer l’identification avec les autres, n’est-ce pas ? Cela ne s’applique pas aux autres, mais à vous. La pratique de l’identification avec les autres ne peut se faire que lorsque nous nous débarrassons de cet esprit qui veut tout pour lui.

Et la façon d’y réussir est zazen. Quand nous nous asseyons en zazen, notre esprit est envahi par de nombreuses pensées, généralement pas très intéressantes. Gardant une distance avec ces pensées, nous les laissons silencieusement disparaître. En répétant indéfiniment cette pratique, nous réalisons kakusoku enseigné par Keizan Zenji : « Ceci est le moi qui est libre de tout attachement. »( suite en juillet)

Rev. Yuko Masuda, Enseignant de l’Ecole Soto. Extrait du magazine de l’Ecole Soto « Dharma Eye », trad. Joshin Sensei

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