Notre état naturel, c’est le bonheur.

Le 30 juin 2007, par Joshin Sensei,

Cadeau pour les vacances : « notre état originel, c’est le bonheur... » Alors soyez heureux, étudiez, méditez, et pratiquez tous les enseignements donnés ci-dessous !

Par Chokyi Nyima Rimpoche, extrait de la revue Buddhadharma, trad. Joshin Sensei.

Introduction de Joshin Sensei :

Ne lisez pas seulement la moitié de ce texte ! Il ne vise pas à faire de nous de « bonnes personnes », de petits saints. S’il prône le « bonheur » - un mot qu’en occident, on ne peut qu’utiliser avec quelque réticence, compte tenu de l’usage immodéré qui en est fait par toute la publicité ! - il insiste bien sur le fait que ce bonheur ne peut qu’être :1) un bonheur qui naît du bonheur d’autrui, jamais un bonheur égoïste et 2) que ce bonheur s’appuie sur prajna, la compréhension de la vacuité ; ainsi peut-on lire dans ce texte : « La source du bonheur et du bien-être n’est pas seulement l’attention aimante et la compassion mais aussi une compréhension et une vision juste de la réalité, car celui qui reconnaît pleinement la réalité est un Tathagata, un être pleinement éveillé. » C’est là tout le Mahayana, prajna et compassion comme les deux ailes de l’oiseau...

Bon été, plein de bonheur !

Nous savons tous, intellectuellement du moins, que le dharma du Bouddha n’est pas seulement un objet d’étude, ou quelque chose à pratiquer sur notre coussin de méditation.

Mais, occupé à courir dans notre vie quotidienne, nous oublions que la qualité de notre pratique formelle est intimement liée à la qualité de notre esprit, instant après instant.

C’est pourquoi nous pouvons tous enrichir notre vie et la vie des autres en pratiquant les cinq nobles qualités qui sont à la portée de tous : la satisfaction, la réjouissance ( au sens de : se réjouir de quelque chose), le pardon, le bon coeur et l’attention ( ou la présence).

La nature originelle de notre esprit est essentiellement bonne. Le Bouddha a enseigné que tous les êtres sont des bouddhas, recouverts d’ une obscurité momentanée. La véritable identité de tous les êtres vivants, pas seulement des êtres humains, est un état d’ainseité (suchness) inconditionnée. C’est la nature originelle telle qu’elle est, pure et parfaite. Nous avons cette capacité inhérente de prendre soin des autres, et de comprendre : cela ne vient pas de notre éducation ni de notre milieu. Pratiquer le dharma signifie simplement développer et nourrir ces qualités intrinsèques. Ceci est notre tâche, notre responsabilité.

Selon nous, cette possibilité de prendre soin inclut à la fois la gentillesse aimante ( loving kindness, karuna) et la compassion. Nous travaillons à ces deux qualités jusqu’à ce qu’elles soient sans limites, complètement libres de partialité. La capacité de comprendre, lorsqu’elle est complètement déployée, s’appelle « la sagesse qui réalise le non-moi », une compréhension qui voit le fait que le soi, ou l’identité personnelle, n’a pas d’existence réelle.

Il y a beaucoup de méthodes pour déployer à l’infini notre gentillesse et notre compassion et réaliser la vue juste.

La satisfaction en est une. Ce n’est pas vrai seulement pour les gens qui suivent un chemin spirituel, mais pour tous. Le mécontentement ruine toutes les possibilités de bonheur et de bien-être, mais le vrai bonheur est immédiatement présent au moment ou l’on se sent content et satisfait.

A partir d’aujourd’hui, et quoi qu’il arrive, appréciez donc ce que vous avez – quoi que ce soit : le confort d’une maison, le plaisir de ce que vous possédez, la bonté des personnes qui vous entourent. Le bonheur est déjà présent et accessible pour chacun de nous.

Souvent quand on imagine ce qui nous rendrait heureux, nous pensons à quelque chose que nous n’avons pas encore réussi à posséder : « C’est presque ça...j’y suis presque, mais...Je vais réussir, c’est juste qu’il me manque encore... » Aussi longtemps que la réalisation de nos désirs est à distance, nous allons rester insatisfaits. Quand nous n’avons pas ce que nous voulons, nous ne sommes pas heureux.

Ironiquement, quand nous avons ce que nous cherchions, ce n’est pas satisfaisant, et nous ne sommes toujours pas heureux... L’herbe est toujours plus verte de l’autre côté !

(..) Quand nous y regardons de près, nous voyons que la base du bonheur est toujours seulement un état d’esprit. C’est pour cela que ceux qui sont vraiment heureux sont ceux qui apprécient ce qu’ils ont. Dès que nous sommes satisfait, plus rien ne manque. C’est le bon sens des enseignements du Bouddha !

C’est très simple : pas besoin de grands efforts pour être heureux, juste apprécier ce que nous avons ; même si notre vie est très simple, nous pouvons penser : « Cette fleur est vraiment belle... » ou « cette eau est délicieuse... ». Si nous sommes trop difficiles, toujours en train de penser que ceci ou cela ne va pas, rien ne sera jamais parfait. Nous devons apprendre à être satisfait afin que ce que nous avons soit précieux, réel et beau. Sinon, nous allons toujours courir après des mirages.

La seconde noble qualité est la réjouissance. Nos émotions négatives obscurcissent notre bonté naturelle ; le Bouddha a dit qu’il y a 84.000 sortes d’émotions négatives, et parmi celles-là, deux en particulier posent problème, car il est difficile d’en prendre conscience : la fierté et l’envie. L’envie est une de nos plus grandes souffrances morales, et des plus inutiles ! Se réjouir pour les autres, pour ce qu’ils vivent ou ce qu’ils possèdent,est le remède à cette torture auto-imposée. Nous pouvons mentalement partager le bonheur d’autrui : y a-t- il un moyen plus facile d’atteindre le bonheur ?

La troisième noble qualité est le pardon : la fierté peut être très forte, même quand on aime quelqu’un, parfois notre coeur nous dit « Le mieux est juste de pardonner », mais derrière cette voix, il y en a une autre qui dit : « Non, ne fais pas ça. Tu es dans ton bon droit. Tu n’as rien fait de mal. » C’est la fierté qui nous empêche de pardonner aux autres, pourtant le pardon est un acte très sain et très beau.

Pardonner et s’excuser ont le pouvoir de complètement guérir les blessures, mais nous devons comprendre quand et comment les utiliser : le moment juste, la façon juste, les mots justes, et même l’attitude du corps juste. Mais lorsque nous le faisons avec tout notre coeur,nous serons toujours capable d’obtenir la paix, le respect et la compréhension mutuelle.

Et le bon coeur, la quatrième noble qualité, est la plus importante. Là aussi, nous devons rechercher ce qu’est le vrai bien-être, en fait, à la fois dans le présent et le long terme. La source du bonheur et du bien-être n’est pas seulement l’attention aimante et la compassion mais aussi une compréhension et une vision juste de la réalité, car celui qui reconnaît pleinement la réalité est un Tathagata, un être pleinement éveillé. Et inversement, la source de la souffrance est la haine, l’avidité et l’esprit étroit. Ce sont les racines d’où grandissent tous nos problèmes.

Par « vision juste », j’entends connaître la nature des choses, juste comme elle est : la nature basique, fondamentale de ce qui est. Cette compréhension va de pair avec la façon dont nous expérimentons les choses. Tout ce qui nous apparaît semble réel et solide, mais n’est en fait qu’une simple impression de qqc qui se produit comme résultat de causes et de conditions. En elles-mêmes, et par elles-mêmes, les choses ne possèdent pas même une ombre d’existence solide. C’est pourquoi le Bouddha enseigna que tous les phénomènes sont la vacuité, et qu’ils se produisent par la connection interdépendante. Il est donc important d’étudier les douze liens de la production co- dépendante, à la fois externes et internes. Ceci nous permettra de voir que l’esprit est de toute première importance : tout dépend de lui. Tout ce qui expérimenté, ressenti ou perçu est dépendant de l’esprit – d’un expérimentateur expérimentant, observant, connaissant.

Par exemple, le Bouddha dit que toutes les choses composées sont impermanentes et non-réelles. Nous avons toutefois le sentiment instinctif que les choses sont bien réelles et permanentes. Le Bouddha nous pose là un défi : il nous dit que nous n’avons pas pris la peine de regarder de près, ni de questionner nos propres croyances. [1] Lorsque nous le faisons, nous voyons que les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent. Elles sont re-formées, encore et encore, à travers les causes et les circonstances, à chaque moment. Quand nous poussons cette recherche, nous voyons que les choses sont composées de parties de plus en plus petites, les molécules, les atomes, et encore de plus petites particules. A la fin, on pourrait trouver que même les atomes n’existent pas vraiment. Dans les vers du Chemin du Milieu, Nagarjuna écrit que puisqu’on ne peut pas trouver du formé qui existe, l’in-formé ne peut donc pas non plus exister. Il dit que le samsara est dans notre pensée. Quand nous sommes libres de la pensée, c’est la véritable liberté.

La découverte d’un état naturel non-conditionné implique un processus d’apprentissage, de réflexion, et de méditation. Le plus important est la médiation. C’est ce qui permet à notre bonté basique de se manifester.

Pour réussir cela, il nous faut appliquer les enseignements dans notre vie quotidienne. La première étape vers le développement de la gentillesse est l’attention, la présence : rendre notre esprit aussi tranquille et clair que possible, ce qui est la cinquième qualité. C’est une chose que nous pouvons pratiquer chaque jour, partout, en toutes circonstances. Nous pouvons être conscient de chaque moment. Que sommes-nous en train de dire, de penser ? Comment sommes-nous en train de bouger ? Soyez attentif à chaque moment, avant de bouger, avant de parler, et en bougeant, en parlant. Ceci est l’attention, que vous pouvez développer dès aujourd’hui.

Chokyi Nyima Rimpoche

Le bonheur dépend de nous : tout est déjà là ! Sensei

Notes :

[1] C’est le « grand doute » dont on parle dans le Zen : non pas douter des enseignements – encore que le Bouddha nous conseille de les mettre en question et de les vérifier par nous-même, mais d’abord douter de nos propres formations mentales et de ce que nous appelons « je sais ! ».Sensei

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

N’hésitez pas à réagir ou répondre aux textes proposés en ajoutant vos commentaires.

Si vous souhaitez proposer un texte, merci de l’envoyer par email à La Demeure Sans Limites.

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