L’insatisfaction.

Le 1er septembre 2007

L’insatisfaction est à la source de toute action. Insatisfaction au sens le plus noble, non celle que nécessite l’assouvissement des besoins naturels, mais ce qui fait que l’être humain, imaginatif, curieux, s’interrogeant sans cesse, nourrissant ainsi le " désir ", se heurte constamment à l’impermanence.

Partout où il y a vie plutôt que rien, il y a lutte pour subsister. Ce que nous nommons " soif d’exister " est cette lutte : manger et être mangé. Tout, du minéral à la créature de chair de sang et d’esprit est soumis à ce principe. Tout ce qui vit recherche le plaisir et la complétion, veut fuir la souffrance et le manque. Ainsi, tout ce qui vit est confronté à un moment ou à un autre à l’insatisfaction qu’entraînent la dualité, la perte, la maladie, la vieillesse et la mort.

Qu’en est-il de l’altruisme, de la compassion, de la sagesse ? Ce sont des concepts humains, exclusivement humains pour désigner de nobles stratégies apaisant nos angoisses existentielles, pour classifier nos actes qui vont de l’égoïsme le plus stérile à celui plus sophistiqué de l’élargissement divers de l’ego jusqu’à l’univers entier. Toute action humaine, guidée par un cerveau complexifié, est une stratégie, une composition avec ce qui est ici et maintenant où s’imbriquent les facultés mémorisantes. Décider que ceci est bien, ceci est mal, n’est que considération moralisante, qui ne convient que dans la mesure où elle permet aux hommes de vivre en société tout en subissant les lois de l’évolution telles qu’elles sont inscrites dans tout ce qui vit, et que la plupart du temps nous ignorons.

Ce qui compose le manifesté, sous toutes ses formes, est le désir. D’où vient ce désir ? Retourner à l’originel, le non manifesté, est une formule aberrante puisque non manifesté est non existence. Qui retourne ? Tout homme peut pressentir, par son expérience et ses limites au sein de l’énigme du vivant, que la réponse est dans la cessation du questionnement, donc dans la cessation de l’action puisque celui-ci est la source de celle-là, donc dans l’annihilation du désir. Lui substituer Dieu, l’Absolu, le Mystère, le Grand Architecte, ou même une théorie de l’absurde, ne sont que des subterfuges plus ou moins astucieux qui nourrissent plus souvent l’ignorance qu’ils ne libèrent, renforçant la loi de l’action-réaction vers le chaos, de façon cyclique.

Posez la question essentielle pour un être humain : qu’est-ce que vous voulez profondément en votre vie ? Le trouble, le silence sont immédiats, et, pour finir, tout ramène aux désirs et à l’Insatisfaction. L’altruiste, à travers l’autre, soigne sa bonne conscience. Le compatissant croit souffrir " avec " et s’embourbe dans l’identification. Le sage ne l’est, le plus souvent, que dans l’oeil de ses disciples.

Si grande que soit la cause d’autrui,
On ne doit pas, pour elle, négliger son propre parti.
Que l’on commence par bien le discerner
Et qu’ensuite on s’y applique avec fermeté

Dhammapada – XXII - Le Soi

La sagesse ? Elle commence lorsqu’on cesse de se mentir à soi-même et s’accomplit quand on est stable en soi-même, libre des désirs satisfaits ou insatisfaits. Le sage agit parce qu’il fait partie du vivant, que tout est mouvement, mais il épouse ce qui est. La sagesse ne s’acquiert pas, ne se recherche pas, elle s’invite chez celui qui, par ses vertus d’imagination, de curiosité et d’interrogation a vaincu, à travers un long cheminement, la peur et l’avidité.

Le sage est celui
Qui a vaincu la soif ardente et rebelle
(et qui) Voit ses tourments se retirer de lui
Comme des gouttes d’eau d’une feuille de lotus

Dhammapada – XXIV - La Soif

Liliane

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