Je respire ... Ajahn Tiradamo

Le 30 octobre 2004

Au cours des ans, j’ai vu beaucoup de phases différentes dans ma pratique, commencée en Thailande. Au début, j’avais une vue très simpliste. Venant de terminer l’université, ma première idée était de passer six mois dans une grotte en Thailande pour m’asseoir en silence, et c’est tout- c’est l’éveil. Donnez-moi seulement six mois, et voilà, tout est terminé et je peux rentrer à la maison. Cela se passait il y a trente ans, vous voyez quelle illusion c’était !

Pourtant je crois que la plupart des gens sont comme ça. La plupart d’entre nous commençons la pratique de la méditation avec des concepts, des idées, des attentes et autres fantaisies. Et dans l’expérience réelle de la méditation, nous testons ces idées et ces concepts. Nous découvrons par nous-mêmes. Quant à moi je peux dire que mes efforts des trente dernières années ont porté sur équilibrer, ou contourner cette pratique.

Je me souviens de mes premières années dans le nord de la Thailande, assis dans ma petite hutte, essayant de garder une pratique très simple. J’allais juste m’asseoir et regarder ma respiration. Je la regarderai des heures, des heures et des heures chaque jour. J’étais dans un monastère de méditation, il n’y avait pas beaucoup de distractions. Rien à faire que méditer, assis ou en marchant. Pas de routine, pas de méditation du soir ou du matin. Chacun était laissé à lui-même.

Je savais que j’avais là une grande occasion, car à ce moment-là, il n’y avait pas grand-chose en occident. J’étais en Thailande, un pays bouddhiste, et on m’avait généreusement offert un lieu pour pratiquer. Alors je pratiquai seize heures par jour, seulement m’asseoir et marcher, marcher et m’asseoir. Il n’y avait rien d’autre à faire.

Bien sûr, sans aucune distraction pendant des heures et des heures par jour, ceci pendant des mois, l’esprit devient raisonnablement paisible. Mais parce que le monastère était sur la carte touristique de Chiang Mai, un certain nombre d’occidentaux y passaient. Je me souviens avoir été assis, un jour, méditant, quand j’entendis quelqu’un monter les marches. La porte fut ouverte et un touriste entra. Il me vit assis là, alors il s’avança et dit " Hello, je suis Joe Smith." Je le regardai et dit : " Hello, je suis...euh, je suis..." Je ne pouvais pas me rappeler qui j’étais ! " Je respire" était tout ce à quoi je pouvais penser. Ce n’était pas précisément une expérience joyeuse, c’était même un peu effrayant, d’avoir à consulter mon passeport pour savoir qui j’étais.

Ces jours de tranquillité durent s’arrêter assez vite, car je pratiquai avec tant d’ardeur qu’en fait même manger devenait une distraction, un obstacle à la concentration. On ne peut pas vivre très longtemps sans manger aussi je tombais malade, et ce fut un choc car malade, je ne pouvais pas continuer mes exercices de médiation et toute ma confusion revint.

La concentration, ou le calme de l’esprit est un état conditionné ; on peut l’expérimenter grâce à des exercices menés assez longtemps, mais cette concentration est conditionnée par ces exercices. Du moment où je ne pus plus continuer les exercices, toute la confusion, toutes les inquiétudes, toutes les pensées revinrent -même pire qu’avant. Non seulement il y a avait ma propre confusion habituelle, mais elle était amplifiée après ce passage par la tranquillité. Ma première réaction fut : " Le bouddhisme ne marche pas. Ce ne peut pas être de ma faute. Ce doit être la faute du bouddhisme."

Heureusement, quelque part à l’intérieur de moi, une sorte d’intuition, ou de foi, m’amena à penser ensuite : " Peut-être que je passe à côté de quelque chose." Alors j’ouvris un livre sur le bouddhisme, et je vis sila (discipline), samadhi (concentration) et panna (sagesse). Qu’est-ce que c’est que ça panna, sagesse ? Alors je compris : " Je vais devoir revenir en arrière et tout reprendre depuis le début".

Ajahn Tiradamo, moine senior au monastère de Dhammapala à Berne

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