Prêt pour la mort ? ( 2) Le douloureux bardo de mourir

Le 1er avril 2008

Au moment de notre mort, nous pouvons être englouti par des sentiments de tristesse, de peur, de douleur. Quelle est la source de cette douleur et de cette souffrance ? Son origine est notre attachement – la façon dont nous nous attachons et nous nous agrippons aux apparences de cette vie. Nous ne voulons pas lâcher – que ce soit l’attachement à notre famille, notre maison, notre travail, ou à la richesse ou à notre réputation. Ceci est la cause première de la souffrance de ce bardo. [1]

Même à présent, si nous pensons à la mort, nous ressentons cette peur et cet attachement. Lorsque apparaissent ces sentiments, nous pouvons nous rappeler à nous-même, encore et encore, que de telles émotions ne sont d’aucune aide. Si ces sentiments persistent, nous pouvons nous rappeler que nous ne sommes pas les seuls à mourir. Tous ceux qui sont nés vont mourir. Tous ceux qui sont nés autrefois sont morts. Toutes les personnes en vie actuellement vont mourir. Tous ceux qui naîtront dans le futur aussi mourront. Personne ne reste toujours vivant. Personne n’a 2.500 ans. Nous vivrons peut-être longtemps, cent ans ou plus, puis nous partirons.

Au cas où il n’y aurait que vous à mourir, que vous qui seriez puni par la mort, il serait bien sûr raisonnable d’éprouver de la tristesse ou de la peur. Vous pourriez alors dire : « Pourquoi moi ? » et « Pourquoi maintenant ? ». Mais puisque personne ne peut nous dire quand cela arrivera, l’important est d’être prêt.

Lorsqu’on apprend le secourisme, on apprend des techniques d’urgence, comme le massage cardiaque, si bien que si un accident survient, on est prêt à sauver la vie de quelqu’un. De même, si nous apprenons que notre mort est proche, nous devons être déjà prêt ; c’est cela le but de travailler avec les instructions sur le bardo. Si nous pouvons laisser partir notre attachement, alors le bardo de mourir n’est plus un bardo douloureux. C’est seulement « le bardo de mourir », dont nous pouvons alors faire clairement l’expérience. Mais sinon, notre esprit est si encombré et dépassé parce que nous nous agrippons, et parce que nous nous cramponnons que nous en manquons toute l’expérience. Nous perdons l’occasion de remarquer ce qui se passe ; nous laissons échapper chaque circonstance qui manifeste la nature de l’esprit.

Dans ces conditions, nous ne pouvons pas accorder cette expérience du bardo à notre Voie.

Afin de contrebalancer cette tendance, et de créer une situation positive, nous pouvons pratiquer le lâcher-prise de nos attachements pendant cette vie.

Quand nous regardons l’ attachement de près, nous voyons que ce n’est rien d’autre qu’une habitude. Nous avons développé certaines structures, formes dans lesquelles nous persistons ; cette façon de nous accrocher et de nous cramponner est devenu si solide et si implantée en nous que nous ne la remarquons même plus. Ainsi nous devons réorienter notre regard ; nous devons nous habituer à une nouvelle façon de comprendre nos expériences qui nous aidera à briser ces structures et à nous extirper de notre attachement. Le moyen le plus efficace pour ce faire est la pratique de l’attention et de la concentration. Nous devons donc nous rappeler de nombreuses fois d’appliquer cette pratique dans chaque situation. N’attendons pas d’être assis sur notre coussin de méditation, sinon nous perdrons énormément de temps.

Si nous pouvons dé-faire dès maintenant notre façon de nous cramponner, dans cette vie même, alors nous pouvons transcender la souffrance de ce bardo.

Se préparer à la mort.

Quand nous voyons que le moment de notre mort se rapproche de plus en plus, nous pouvons nous préparer en faisant naître le souhait de rester calmes. Nous pouvons nous dire : « La mort approche ; c’est le moment pour moi de mourir, c’est un moment extrêmement important. » C’est là que nous devons concentrer toute notre attention, et pas sur les choses pas finies, ou les façons de prolonger notre vie.

Car, une fois le moment de la mort est arrivé pour nous, peu importent notre désespoir et notre désir de continuer à vivre, rien ne peut être fait. Personne ne peut changer notre karma ; nous n’avons pas d’autre choix que le suivre. Ce qui va nous aider est de nous préparer à ce moment en s’établissant dans la ferme intention de rencontrer notre mort avec calme et l’esprit attentif. Nous nous préparons mentalement en nous familiarisant avec les étapes de la mort, et puis en affirmant cette intention de rester calme et présent, alerte et attentif à travers ces étapes. C’est très important de s’établir dans cette intention maintenant et de s’y entraîner ; et, au moment de la mort, il est essentiel de réaffirmer cette intention, cette unique intention,de rester dans un état d’esprit paisible et attentif.

Mais nous devons aussi comprendre que cette intention sera parfois interrompue par la douleur et la peur, aussi est-il essentiel de se réinstaller dans cette intention encore et encore. Nous pensons quelquefois que faire une chose une fois, c’est suffisant. Par exemple, nous pouvons avoir pris les voeux de bodhisattva, fait naître « Bodaishin » (bodhicitta),- l’aspiration à libérer tous les êtres- à un moment. Nous pouvons penser que cela suffit, mais ce n’est pas le cas. Nous devons faire naître cette aspiration tous les jours, et pas seulement tous les jours, mais au moins trois fois par jour.

De même, au moment de notre mort, nous aurons besoin de répéter notre intention, si possible à voix haute, encore et encore jusqu’à ce que nous y soyons fermement enracinés.

Quand corps et esprit sont un avec cette intention, alors nous avons une bonne pratique, qui va nous apporter toute l’aide nécessaire.(..)

( suite)

Notes :

[1] Bardo dans son sens littéral signifie « intervalle », ou bien « intermédiaire, entre-deux »le passé est terminé, le futur n’a pas encore apparu : il y a un fossé, un sens du « maintenant », une pure ouverture, avant l’arrivée de la chose prochaine, que ce soit la pensée suivante, ou la vie suivante. Rinpoche Le Rinpoche poursuit en décrivant les six bardo qui « montrent la continuité de l’esprit à travers tous les états d’existence. De cette perspective, ce que nous appelons « vie » et « mort » ne sont que de simples concepts. »

 

Commentaires de l'article

 
michelle
Le 17 septembre 2008

Oui... oui.... et encore oui...

long et difficile cheminement...

Un tout petit mot suit par La Poste.

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