Illusions

Le 4 mai 2008

(...) Si une société est un ego collectif, elle a, tout comme l’individu, besoin de trois ingrédients pour exister comme telle : une mémoire qui atteste de sa permanence (livres d’histoire, fêtes et musées), une opposition aux autres identités pour poser la sienne (que sommes–nous sans nos chers ennemis héréditaires ?) et un système de croyances sous lequel s’abriter et par lequel se fédérer (re–ligio, idéologies, grands principes, tout est bon).

L’Actu dissout la première dans son immédiateté médiatique, la paix et le libre–échange transforment les adversaires en partenaires–compétiteurs (il faut alors s’inventer des Empires du Mal pour tenter de refaire bloc) et la consommation ruine le symbolique dans son sous–imaginaire d’objets. Reste à de micro–sociétés à reprendre le processus, communautés, sectes, ethnies, minorités diverses, chacune avec ses traditions et mots de passe, ses ennemis par définition oppresseurs, ses signes de reconnaissance et ses idoles. Tant il est vrai que renoncer à l’appartenance semble rimer avec dépersonnalisation et ruine de l’individu. La spiritualité n’échappe pas à la loi dès lors qu’elle se fait institution : il lui faut une ecclesia, une oumma, une sangha.

Et pourtant, sous l’individu activiste, autoproclamé depuis la Renaissance au temps où naquirent en Europe les nations et leurs rivalités, vit toujours la personne que fit naître le christianisme dans un Empire où il n’y avait plus à connaître de Juifs ou de Grecs mais une communion interpersonnelle, et sous la personne attend depuis vingt–six siècles au pied d’un figuier le transpersonnel qui ne dépersonnalise pas mais impersonnalise et qui, loin, bien loin, du fond de sa compassion, fondu et fondé dans la liberté d’un éternel présent, proche, si proche que ni l’individu ni les peuples, emportés par leur mouvement, ne le voient, considère les aléas dont souffre l’individu plongé dans une histoire qu’il active de toute l’illusion de son indépendance et contemple ces peuples qui, lorsqu’ils ne se tourmentent pas dans des guerres en perpétuelle quête d’eux–mêmes, se laissent prendre par les spectres que leur présente la reine Opinion pour qu’ils consentent à s’y reconnaître et croient à leur survie dans la parodie de présent que leur fournit à foison la déesse Actu. Soit les deux figures contemporaines de la Maya.

Pierre

 

Commentaires de l'article

 
berg
Le 21 mai 2008

si tu ne t’intéresses pas à l’actu , l’actu s’intéressera à toi !

...et comment éviter qu’une goutte d’eau ne s’assèche ? en la jetant à la mer...(voir le film "Samsara")

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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3 mai 2008
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