L’habit de la rizière bienheureuse

Le 2 juin 2008

J’ai fait la rentrée des classes, retrouvé des personnes perdues de vue depuis deux mois. Tout allait bien jusqu’au repas que nous avons coutume, ce jour-là, de prendre en commun dans un restaurant à proximité. À la fin du repas, au moment de prendre le café, une de ces personnes, celle-là même qui avait négocié le prix du repas et rentrée dans une colère monstre à cause du restaurateur. J’étais assis à côté de cette personne. Tout le repas, je voyais bien que ça n’allait pas, ce collègue de travail faisait de drôles de réflexion, un humour curieux, des calembours incompréhensibles. Tout le repas avec l’aide et la complicité des autres qui l’entouraient, j’ai cherché à proposer des sujets pour essayer de le remettre dans un état d’esprit apaisé. Au moment de commander les cafés il est rentré en crise. Il n’y avait plus rien à faire. Quelques secondes avant j’avais quitté sa compagnie, par instinct, un peu comme un soldat qui se rend compte qu’une grenade vient d’être dégoupillée à côté de lui. Tout a été très violent, déplacé, la terrasse du restaurant était pleine de monde, j’ai eu honte pour moi, pour toute notre profession.

Le litige portait sur 50 cents par personne.

L’après-midi, tout le monde parlait de cette histoire, condamnations, excuses, minimisation. Personne n’a vraiment travaillé.

En rentrant à la maison, dans ma maison silencieuse, en posant mon sac au coin de la porte, j’ai dit : “mais c’est quoi ça ! “ À l’école, tout paraît moins grave, on rigole de tout, on se donne des détails, des petites infos que l’autre n’a pas vus. En un mot : on se soutient.

“Mais c’est quoi ce truc !” J’ai pris pour mon compte l’expression après l’extase, la grande lessive.

Alors tout de suite j’ai mis l’habit que je mets pour faire le zazen, l’habit avec le rakusu. Tout d’un coup tout est parti, j’étais un autre, celui que j’étais la veille et l’avant veille, celui que je suis vraiment. C’est comme ça que j’ai arrosé les légumes, que j’ai bu le thé, que j’ai dit deux mots au voisin. Puis à 19 heures j’ai fait zazen.

Cet habit est plus qu’un habit. Ce jours-là il a été le moyen de me rappeler qui j’étais vraiment, il a évité que je me perde. Il m’a murmuré que la voie du Bouddha est sans fin. Il m’a dit que la voie, ça se mâche et ça se remâche sans cesse, et que c’est la seule façon de ne pas en perdre le goût. Je sais pourtant aussi que ce n’est qu’un habit, et que certains jours, je le porte sans que personne s’en aperçoive, que je le porte même quand je suis sans habit. Le lendemain, j’ai brodé l’aiguille de pin sur un de mes pulls.

Serge

 

Commentaires de l'article

 
FFA
Le 3 juin 2008

en nous, autour de nous ,"réaction" x niveau de réaction : immédiat,nécessaire !?, polémique !"relooké"...analysé pour devenir accepté(ouf), épidermique (tant pis ? tant mieux ??), attendu ou ???

réaction : quand l’action n’est pas issue d’aucune justesse,nous tous, à longueur de journée , nous Réagissons

Merci à zazen de faire tourner, vivre, agir !, autrement notre "machine mentale ", et merci à vos mots, Serge, de nous emmener ailleurs (et grâce à nos VÉCUS et non à nos principes ou à nos valeurs) que dans l’étroite voie privée, sans issue , de nos RÉACTIONS...aussi dignes soient elles

Aiguille de pin ,à toi merci

FFA

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

N’hésitez pas à réagir ou répondre aux textes proposés en ajoutant vos commentaires.

Si vous souhaitez proposer un texte, merci de l’envoyer par email à La Demeure Sans Limites.

À propos de cet article

Dernière mise à jour le :
2 juin 2008
Statistiques de l'article :
1119 visiteurs cumulés

Votre recherche

SPIP 1.9.1 [7502] | BliP 2.3 | XHTML 1.0 | CSS 2.0 | RSS 2.0 | Espace privé
Visiteurs par jour (cumul) : 228 (517976)