Le merveilleux chemin des difficultés (1ère partie)

Le 2 juin 2008

Extraits d’une conférence entre P.Chodron et J.Kornfield

« Nous sommes trompés par les annonces de magazines, dans lesquelles les personnes semblent dans un état de grâce, dans leurs habits soignés qui vont bien avec leur coussin de méditation. On se met à penser que la méditation, et le chemin spirituel, sont là pour transcender les difficultés de notre vie, et que nous allons trouver cet endroit « où-tout-va-bien ». Mais ça ne nous aide pas du tout, parce qu’ à partir de là, on va être constamment déçu de ce qui nous arrive dans la vie de tous les jours – au petit déjeuner, au déjeuner, au dîner – toute la journée. »

P.Chodron

« Oui, on a tous ces grandes idées sur comment ce devrait être, comment nous devrions être. Mais quand on se retrouve dans une longue queue, qui n’avance pas, et qu’on se surprend à penser : « Mais cet endroit (celui où se tient la conférence) est prévu pour recevoir des gens ; pourquoi est-ce que ça marche aussi mal ? », on n’a pas besoin de faire semblant de ne pas être irrité, ou bien comparer défavorablement notre état d’esprit avec une version idéale de nous-même. On peut simplement respirer et se dire « Voilà comment je suis, ceci est la colère,ceci est la peur, ceci est l’irritation. »

Il y a un autre geste que l’on peut pratiquer, je me le représente comme une sorte de gassho intérieur ; vous vous dites : « Voilà la colère, voilà l’irritation, et pas seulement ça, mais en plus j’ai eu une dure journée, et je suis venu ici, et je pensais que cela allait m’aider, et en fait ça empire ! » (Rires) Nous faisons gassho en reconnaissant cela. (...) Il y a un certain sens de l’humour qui est absolument nécessaire à notre condition humaine. Quand nous l’avons,nous pouvons commencer à travailler avec les choses. C’est la partie que nous plaçons au-dessus de nos expériences humaines ordinaires qui crée les problèmes – et nous y plaçons toujours quelque chose quand nous commençons à suivre un chemin spirituel. A ce moment là, nous seulement nous avons notre propre souffrance, mais aussi tous ces idéaux et ces images auxquels nous nous cramponnons. C’est mettre une couche de souffrance spirituelle au-dessus de notre souffrance basique.

(..) Quand les personnes viennent pour une retraite, qu’elles ont mal aux genoux, mal au dos, pourquoi, demande-t-elles toujours, pourquoi est-ce qu’on ne peut pas simplement bouger ? . Je leur réponds souvent : » Eh bien, vous pourriez vous lever, et tout ira bien, mais à un moment de votre vie, vous serez dans la douleur, ou vous serez peut-être assis au chevet d’une personne que vous aimez et qui souffre beaucoup – et si vous n’avez pas appris à trouver quelque moyen apaisé qui vous rende capable d’être avec ce qui est difficile, les choses vont tout simplement aller de pire en pire. Une des grandes bénédictions que je vois chez les personnes qui se sont engagées dans la pratique bouddhiste c’est leur capacité pour à la fois la joie et la possibilité de « faire avec » les chagrins et la douleur de la vie. La pratique ouvre la porte aux deux. »

J.Kornfield

« Quand j’avais une trentaine d’années, j’ai lu un livre à propos de Confucius, et cela disait quelque chose comme : « Si vous vous êtes entraîné jusqu’à l’âge de cinquante ans à ne pas résister à ce qui se produit dans votre vie, à vous y ouvrir, alors quand vous arrivez à cinquante ans , la vie va vous soutenir, et rendra tout plus facile. Au contraire, si vous avez eu l’habitude de vous fermer et d’essayer de fuir les difficultés, alors, quand vous arriverez à cinquante ans, vous allez devenir de plus en plus grincheux. »

Je me souviens avoir fait le voeu, juste sur le moment, de ne pas résister. Je suis un peu plus optimiste maintenant et je pense qu’on peut commencer à cinquante ans, si c’est là qu’on remarque le besoin de changer. Me rapprochant des soixante-dix ans, je peux voir les défis amenés par le vieillissement corporel. Je peux voir comment, vers quatre-vingt ans, on peut devenir très irritable et impatient. Alors j’essaye encore plus d’éviter de chercher un nid douillet. Je suis « anti-nid », parce que cela nourrit notre tendance à résister à l’ouverture.

Si vous vivez seul – et je suis souvent seule dans une cabane de retraite, par ex- vous avez tout exactement comme vous le voulez ; alors c’est vraiment bien d’avoir des gens autour qui embrouillent tout. Sinon, vous pensez que le sens de la vie c’est que tout marche exactement comme vous le voulez ! Mais, dans ce cas, la vie devient de plus en plus irritante dès que ça marche de travers... »

P.Chodron

traduit par Joshin de Sensei de Buddhadharma.

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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