L’ennui cuisant de la méditation. Marcher vers l’Eveil Deux textes traduits par Joshin Sensei

Le 12 juillet 2008

Rigdzin Shikpo, un disciple de Chogyam Trungpa Rimpoche, parle de l’irritation parfois épouvantable et de la frustration de la méditation et nous dit pourquoi nous devons « nous cramponner ».

La méditation, dit un jour Chogyam Trungpa, est « ennuyeuse, ennuyeuse, ennuyeuse. » Ce n’est pas ce que nous voulons entendre. Ceci dit, il y a plus d’une définition d’’ « ennuyeux ».

L’ennui cuisant, c’est ce sentiment d’immense irritation pendant la médiation. Nous voulons nous lever et faire autre chose. Nous sommes contrariés par nous-mêmes, par notre enseignant, par la méditation elle-même. Et nous nous demandons : « Pourquoi est-ce que je fais ça, alors que je pourrais être en train de m’amuser ? » ou, plus subtilement : « Pourquoi méditer quand je pourrais faire quelque chose d’utile aux autres ? ».

Ces sentiments aigus de colère, d’irritation, et de contrariété viennent souvent d’une ambition contrariée : « Ce n’est pas ce que je voulais ! Je ne me suis pas joint à tous ces gens qui méditant pour m’ennuyer à en exploser ! Je pensais vraiment que cela allait m’amener quelque part, et rien ne se passe ! Je veux me lever et partir... » C’est un moment crucial, parce que nous pourrions nous lever et partir. Mais si nous abandonnons la pratique, nous ne dépasserons jamais cette ambition.

Et voici un autre exemple d’une personne raisonnable jugeant notre médiation : « Ça ne marche pas, n’est-ce pas ? » ...Nous devons prendre conscience des trucs qu’utilise notre esprit. Cette irritation, aussi forte et envahissante qu’elle soit,n’est qu’un autre sentiment vers lequel nous devons nous tourner pour l’examiner franchement.

Si nous sommes embourbés dans cet ennui cuisant, nous pouvons en arriver à abandonner la méditation. Peut-être devrions-nous essayer le soufisme – et je ne parle pas contre le soufisme – ou un autre chemin spirituel ? Pour accepter cet ennui cuisant, nous devons « nous accrocher ». Si nous devons pour cela serrer les dents, alors serrer les dents s’intègre à notre méditation. Combien de temps cet ennui cuisant peut-il durer ? Cela dépend de vous et de votre rapport à la méditation.

A un certain point, l’esprit abandonne. Nous arrêtons de combattre cet ennui et cette irritation, tout ce qui semble bien plus affreux que ça ne l’est en réalité. De cela, bien sûr, nous ne nous rendons compte que rétrospectivement. Dans le moment même, notre esprit bouillonne, et notre corps bouillonne aussi. S’asseoir immobile est douloureux. Nous bougeons, mais bouger aussi est douloureux. Nous essayons de changer de position, mais on, dirait que ça ne marche jamais ; nous sommes irrités quelle que soit la position. Notre respiration est irrégulière, notre esprit malheureux, nos émotions nous transpercent – et nous ne pouvons pas rester tranquille. Nous avons l’impression d’être complètement inaptes à la méditation.

Arrivé là, on a besoin de lâcher. Il n’y a pas de technique pour faire cela. On lâche en lâchant. Nous nous permettons de traverser cette irritation et de ressortir de l’autre côté. On pourrait appeler cela du désespoir créatif...Avec le désespoir ordinaire, on devient juste déprimé ; mais le désespoir créatif nous permet d’abandonner l’ennui cuisant – comme si l’esprit ne pouvait plus supporter d’être ennuyé davantage.

Extrait de Never Turn Away ; dans Buddhadharma (traduction Joshin Sensei).


Ajahn Brahm explique pourquoi la méditation en marche est une pratique utile et importante.

Méditer en marchant est une pratique merveilleuse, surtout de bon matin. Souvent, quand vous vous levez tôt le matin, surtout quand vous n’y êtes pas habitué, vous êtes fatigué et l’esprit n’est pas clair. L’un des avantages de la marche en méditation, c’est que vous ne pouvez pas somnoler en marchant. Et si vous êtes fatigué, c’est une bonne pratique car elle va vous donner de l’énergie, et vous rendre paisible.

La marche en méditation a été à la fois recommandée et pratiquée par le Bouddha. Lisant les sutras, vous verrez que le Bouddha la pratiquait souvent le matin de bonne heure. Au lieu de s’asseoir, il marchait.

De nombreux moines et nonnes s’éveillèrent en méditant en marchant. C’est un moyen efficace de développer à la fois le calme et la compréhension profonde. Je connais des moines en Thaïlande dont c’est la principale pratique ; ils ne s’assoient pas mais ils marchent en méditant.. Ils marchent beaucoup et atteignent de grands éveils en marchant.

Un autre bénéfice de la marche en méditation est qu’elle est particulièrement profitable à ceux qui ont du mal à s’asseoir pour de longues périodes. Si vous trouvez l’assise difficile à cause de douleurs physiques, la méditation en marchant peut-être une très bonne alternative.

Ne la considérez pas comme une méditation « de seconde zone ». Si vous voulez y passer la plus grande partie de votre médiation, je vous en prie, faites-le. Mais faites- le bien et soigneusement.Voyez si vous pouvez développer le bonheur né de l’apaisement en marchant.

Extrait de Walking Meditation ; dans Buddhadharma (traduction Joshin Sensei).


Questions en vrac : on peut être tenté à la lecture du deuxième texte d’échanger son coussin pour une paire de chaussures de marche...

Mais...mais « l’ennui cuisant » n’est-il pas une étape qui nous aide à prendre conscience de l’avidité de notre esprit ? L’effort qu’il demande pour « ressortir de l’autre côté » est-il inutile ? Et puis, faites-en l’expérience, « ennui cuisant et irritation » ne se rencontrent-ils pas aussi au détour de la marche... Proviennent-ils de la position assise, ou de notre esprit ?

La Demeure sans Limites a décidé de vous emmener cet été plus souvent en marche en méditation, au petit matin...

Joshin Sensei

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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Si vous souhaitez proposer un texte, merci de l’envoyer par email à La Demeure Sans Limites.

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