Vivre la vie d’un bodhisattva

Le 2 octobre 2008

Le bouddhisme Mahayana est centré autour de l’idée de bodhisattva. Bodhi signifie éveil, et sattva l’être. A l’origine ce terme ne s’appliquait qu’à Siddharta Gautama, avant qu’il ne devienne le Bouddha, celui qui est éveillé. Mais, vers le 1er siècle, le terme bodhisattva commença à s’appliquer à tous ceux qui aspirent à l’éveil.

Traditionnellement, le bodhisattva est une personne qui cherche la Vérité, ou Éveil. Mais bodhi n’est pas séparé de sattva. Bodhi est sattva. Donc, nous sommes tous déjà des bodhisattvas, des êtres éveillés.

La vie du bodhisattva est basée sur la sagesse et la compassion. La sagesse est de voir dans la vie en profondeur. Cela veut dire que nous ne supposons pas que nous vivons seulement par notre propre effort, mais nous voyons que nous vivons grâce aux efforts des autres êtres. Les bodhisattvas mettent le confort des autres avant le leur. Penser aux autres avant de penser à vous-même, c’est vivre la vie d’un bodhisattva.

Comme bodhisattvas, nous voulons comprendre le monde humain. Alors, nous devons étudier la sagesse et la compassion. Cela n’implique pas un tas de trucs mystiques, mais juste étudier en profondeur cette vie humaine. Pour cela, nous devons prendre en considération quelques pratiques.

L’une est de rejeter l’arrogance. L’arrogance est la croyance certaine que « ma vie est la mienne ». Que nous soyons psychologue, secrétaire ou dentiste, la plupart d’entre nous approuvent cette affirmation. Mais c’est une croyance très dangereuse car cela signifie que nous pensons que nous pouvons contrôler la vie humaine par notre propre volonté. Si nous pouvons voir l’arrogance de cette affirmation, nous apprenons à devenir humble. Pratiquer l’humilité, c’est cultiver la sagesse. En rejetant l’arrogance et en pratiquant la sagesse, nous exprimons notre vie universelle.

Pour être attentif aux autres, il faut aussi être attentif à soi-même. Vous devez prendre la responsabilité de votre propre vie. Ce n’est qu’à ce moment-là que vous pouvez vraiment voir la vie des autres et les placer avant vous-même. La considération envers les autres s’étend au-delà des êtres vivants – elle inclut tout, tables, coussins, même le papier toilette. Nous devons être attentifs à toutes les choses, et les traiter avec considération et respect.

Ceci n’est pas un sujet de discussion. C’est un sujet de pratique. D’abord la fleur s’ouvre, puis ses pétales tombent, puis vient le fruit. La fleur est l’enseignement du Bouddha et les pétales les événements quotidiens de notre vie. Quand toutes les choses sont reçues comme la vie de l’univers, nous pouvons les apprécier, comme nous apprécierions la vie du Bouddha. Si nous apprenons à traiter chaque chose comme la vie du Bouddha, il est facile de rejeter notre arrogance. Quand nous traitons chaque chose avec un esprit chaleureux et un coeur plein de gentillesse, la vie du Bouddha se manifeste dans notre vie.

Vivre avec tous les êtres.

Dans le Sutra de Vimalakirti, Manjousuri, le bodhisattva de la Sagesse demande au laïc Vimalakirti comment les bodhisattvas doivent regarder tous les êtres vivants. Vimalakirti répond qu’ils doivent voir tous les êtres vivants comme éphémères et provisoires – comme l’éclair des orages d’été, des bulles à la surface de l’eau, ou le frémissement de l’air dans la chaleur. Alors Manjousuri lui demande comment les bodhisattvas doivent agir avec ces êtres éphémères et provisoires. A cela Vimalakirti répond que tous les êtres doivent être traités avec compassion.

Le bouddhisme ne s’occupe pas des grandes questions métaphysiques, comme : nos vies sont-elles réelles ou irréelles. Le bouddhisme nous montre comment accepter la vie totalement et la traiter avec compassion. Cette compassion est ouverte à tous.

Dans le bouddhisme, la compassion est cette chaleur du coeur, grande et généreuse qui va au-delà des notions ordinaires de gentillesse. On ne peut pas la comprendre par des explications. En fait, la vie elle-même n’est pas quelque chose qu’on peut comprendre à travers des explications. Le mouvement de la vie est complètement au-delà de nos idées dualistes de bon et mauvais, juste et faux. Cela veut dire que juste ici, juste maintenant, nous devons prendre soin de la vie comme de quelque chose de provisoire.

Être provisoire, c’est là la Vérité de notre vie. A nouveau, ce n’est pas une chose qu’on peut comprendre intellectuellement. Avoir une idée quelconque des êtres provisoires, ce n’est pas ce que veut dire Vimalakirti. Quand il parle « d’êtres provisoires », il se réfère à la Réalité, à la Véritable nature de notre vie. Votre vie n’est pas une chose précise, bien définie. Mais si vous ne prenez pas soin des êtres provisoires, avec prudence, vous allez créer des problèmes. C’est pourquoi, en toutes circonstances, vous devez prendre soin de la vie avec compassion.

Placez -vous au milieu de la vie – interconnecté et interpénétré avec tous les êtres - puis agissez. Ceci est la véritable façon de vivre.

Vivre ainsi ne signifie pas que vous devez connaître les détails de la vie de chacun, ni avoir beaucoup de connaissances intellectuelles. M° Dogen le dit : « La vie d’un oiseau n’est pas une idée ; c’est de voler dans le ciel. ». Si nous comprenons seulement l’oiseau intellectuellement, en termes, par ex. de biologie, nous pouvons en parler sans fin. Mais expliquer l’oiseau de cette façon, même pendant des jours, ne nous permettra jamais de toucher la vie de l’oiseau. La vie de l’oiseau est voler.

Est-ce que l’oiseau comprend ce qu’est le ciel ? Je ne crois pas. Mais voler est ce qu’il fait, ce qu’il doit faire. Voler est le besoin urgent de l’oiseau. Quand vous voulez conduire votre voiture, vous n’attendez pas de tout connaître sur le moteur. Vous tournez la clé de contact et vous conduisez.

Tourner la clé, cela semble un acte insignifiant – juste une graine minuscule. Pourtant ce n’est pas cela, car lorsque vous tournez la clé de contact, toutes sortes d’énergie – lointaines et immédiates – se rassemblent. A ce moment-là, les efforts d’innombrables personnes, les matériaux différents, même le temps lui-même, sont réalisés. Cette petite graine est tout l’univers.

Tourner la clé de contact, ce n’est pas seulement tourner la clé de contact. Vous devez ouvrir les yeux pour voir non seulement la clé mais tous les êtres derrière la clé. Quand vous voyez la clé de cette façon, la clé devient la vie elle-même. Pratiquez ainsi et vous comprendrez ce que veut dire prendre soin de tous les êtres avec compassion.

Katagiri Roshi extraits de « You Have To Say Something », trad. Joshin Sensei

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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