Tea Time (3) Échapper...

Le 30 octobre 2008

Vous connaissez bien sûr l’histoire du moine qui demande : « Comment échapper à la vie et à la mort ? » et la réponse du Maître : « Comment échapper au chaud et au froid ? »

Les étudiants sont mal cuits, ils pensent que ces questions sont stupides. Ils lisent trop, et ils pensent qu’ils sont plus malins que les Anciens ! Alors que ces questions candides sont en chacun de nous, sinon que ferions-nous ici ? Naissance-et-mort : comment échapper à la souffrance, l’impermanence, la maladie, etc. Tout cela nous ramène toujours aux 4 Nobles Vérités.

Le moine de l’histoire cherche un raccourci, une porte de sortie. Il n’a pas envie d’aller voir les racines de sa souffrance ; il veut seulement échapper à la souffrance. Il demande « comment » : « comment » c’est juste pour savoir le superficiel : comment ça marche, cet ordinateur, ça veut dire : montrez-moi sur quel bouton appuyer... Ça ne veut pas dire expliquez-moi tout le processus, ce qu’il y a à l’intérieur, etc...il faut toujours regarder de près les questions qui commencent avec « comment »... ce ne sont pas de vraies questions...

Et il continue, ce moine, quand il dit « échapper ». Il ne veut pas aller voir, étudier en lui-même. Au contraire ! Si on ne reconnaît pas notre question, on ne peut pas recevoir de réponse. Chacun se connaît et sait la forme de souffrance à laquelle il veut échapper. La Voie spirituelle peut être aussi un moyen pour échapper à la souffrance, on le voit bien. Notre esprit est très fort pour se servir de tout !

La réponse du Maître est très simple, c’est seulement qu’on ne veut pas l’entendre. On pense : « Une voie spirituelle, ça va me changer : zazen, les sutra, les prosternations… ». En fait rien ne va vous changer, il n’y a que vous-même qui pouvez vous changer.

C’est profond, ça, dans notre imaginaire : un coup de baguette magique et hop, plus de souffrance.

On essaye toujours de manipuler, C’est une source de souffrance. On essaye toujours de manipuler les gens, les circonstances – si je fais ci, alors l’autre va faire ça, et ce sera bien pour moi...etc ! et comme tout le monde fait la même chose, ça amène des frustrations, de la colère. Il faut regarder l’origine de cette souffrance.

Ce que l’on ne peut pas manipuler c’est la chaleur, le froid. En fait, vraiment, on ne peut rien manipuler, c’est seulement une construction mentale.

On veut que le monde se plie à nos désirs, qu’est-ce que le monde va me donner en échange de ma gentillesse, bonté, etc. C’est une source de souffrance. Il faut lâcher, c’est tout, c’est très simple.

Embrassez ce qui est là. Devenez un avec ce qui est, c’est tout. On ne peut pas faire autrement de toute façon. Mais jusqu’à la fin de notre vie on va se battre, se plaindre. Quand on a mal, on essaye de se retirer de soi-même, de sortir de soi-même. Pendant zazen, on est assis là juste avec ce qui est

Le Maître répond : « Être juste en plein milieu, voilà ce que nous appelons « échapper ». » C’est zazen – on est là, en plein milieu de notre confusion, de notre souffrance. Juste tout ce qu’on essaye d’éviter le reste du temps. Et on reste là.

Quand on ne veut pas voir cette confusion, cette souffrance, on construit un mur, on le peint en joli, c’est une échappatoire, on pense que l’on est heureux, alors qu’être coupé du profond de soi-même, c’est la vraie source de souffrance.

Frustration, souffrance : quand la personne ne se plie pas à mes désirs. Petite notion de l’espace : à la Demeure sans Limites, on veut plier la Demeure sans Limites à nos désirs ce qui est contraire à l’eau courante, à l’idée de suivre, à l’espace. C’ est un lieu assez petit mais pour vivre, et pour vivre ensemble, on a besoin de règles. On est des êtres de la forme. Mais ce n’est pas rigide car autrement il n’y a plus de place pour improviser quand les circonstances s’y prêtent.

Échapper en triturant le monde. Où est-ce que je suis en train d’essayer de m’échapper et à quoi ? Et comment ? Soyons gentils avec nous-mêmes, est-ce que je suis en train de ramer à contre-courant ?

Vous allez vous voir tout d’un coup. Il faut beaucoup de patience avec soi et avec les autres. C’est maitri, lovingkindness, la bienveillance aimante.

Dans notre pratique on travaille à la racine. On retourne à la racine. Trouver l’origine de notre souffrance, à travers les 4 Nobles Vérités. On ne veut pas des conséquences. Voilà la source de la souffrance, attraper le désir.. C’est le mouvement que nous faisons sans cesse pour attraper.

« Lâcher prise ! Lâcher prise pour voir ! ... » C’est Maître Dogen, notre grand-père !

Joshin Sensei

 

Commentaires de l'article

 
Liliane
Le 8 novembre 2008

"L’Origine de La Souffrance".....OK ! Lisons les Quatre Vérités, relisons les, mâchons les et remâchons les, si nous prétendons être sur la Voie du Bouddha.

Il y a aussi l’origine de notre petite souffrance au quotidien__celle des frustrations, des vexations, des échecs à répétition quelquesfois__que la plupart du temps nous nous infligeons par nos comportements propres, nos attentes et nos conditionnements éducatifs et sociaux. Durant la dernière journée de Paris le 25 octobre, vous avez dit Sensei que "dans le Zen Soto on ne pratique pas l’introspection"....et dans cet article vous dites : "On essaie toujours de manipuler, C’est une source de souffrance. On essaie toujours de manipuler les gens, les circonstances – si je fais ci, alors l’autre va faire ça, et ce sera bien pour moi...etc ! et comme tout le monde fait la même chose, ça amène des frustrations, de la colère. Il faut regarder l’origine de cette souffrance".

Ce regard sur l’origine de cette souffrance.....si ce n’est pas de l’introspection, qu’est-ce que c’est ?

Avant de pouvoir lâcher prise et consentir (je préfère ce mot à accepter, car il me paraît impliquer "le corps et l’esprit" comme notre grand-père nous y incite vigoureusement) à ce qui est, nous ne pouvons faire l’économie de voir notre misérable état égotique, en zazen particulièrement, dans la douleur __Ô combien__mais aussi dans les actes ordinaires de la vie communautaire en sesshin.

Je n’ai pu m’appuyer sur la profondeur des Quatre Vérités, qu’après être passée par le fer chauffé à blanc de la vision de mécanismes inculqués parfois, cultivés souvent, dans l’ignorance sûrement, d’un ego plein d’attentes illusoires. Alors seulement, le froid est le froid et le chaud est le chaud, et la souffrance ne m’emporte plus au-delà d’un ennui passager...

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

N’hésitez pas à réagir ou répondre aux textes proposés en ajoutant vos commentaires.

Si vous souhaitez proposer un texte, merci de l’envoyer par email à La Demeure Sans Limites.

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Dernière mise à jour le :
30 octobre 2008
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