Reconnaître la douleur pour ce qu’elle est

Le 3 janvier 2009

Kittisaro, américain, ancien moine, se souvient de sa rencontre avec la mort et des paroles d’Ajahn Chah qui l’ont aidé.

Un jour, alors que je teignais mes vêtements de moine au monastère de Luang, en Thaïlande, je dérangeais un scolopendre tropical, notoirement dangereux. Il se suspendit à mon doigt ; les moines thaïlandais s’affolèrent : « Oh ! Terrible ! Le farang – l’étranger – a été mordu par un takaab ! ». je sentis du feu remonter le long de mon bras.

Les moines se mirent à chanter des sutras, et Ajahn Jun, le responsable du monastère, demanda à des nonnes de préparer des remèdes ; quelques-unes essayèrent de calmer la douleur en me crachant sur le bras...Mais le feu montait de plus en plus haut, la douleur était insupportable. Je pensais : « Et qu’est-ce qui va se passer quand ça va atteindre le coeur ? »

Je restai assis en gémissant toute la nuit. Quelques jours plus tard, Ajahn Chah se trouvait en visite au monastère ; les moines lui dirent : « Le farang a été mordu par un scolopendre ! ». Ce qui m’a touché, c’est qu’il est venu s’asseoir et m’a juste tenu la main. Il demanda seulement : « Est-ce que ça fait mal ? » - n’essayant pas de me consoler, ni de dire « Oh, non, c’est terrible ! ». Simplement il me tint la main, avec un sourire tranquille.

Ma main est restée enflée pendant trois semaines ; puis j’ai commencé à uriner du sang. Ajahn Jun pensait : « Le farang va mourir dans mon monastère, je ferais mieux de l’envoyer à l’hôpital. » J’y fus expédié, et là, je n’acceptai pas les médicaments anti-douleur car je pensais que les moines n’étaient pas supposés en avoir besoin. Puis, au milieu de la nuit, je fus réveillé par des cris – et je réalisai que c’était moi qui criai. Je criai à cause de la douleur insupportable dans mes reins. Je demandai alors des médicaments.

Je trouvai que l’hôpital était terrifiant. J’étais à l’étage des moines, et la première nuit, le moine à ma droite mourut du choléra ; celui d’en face avait une jambe complètement gonflée, on pensait l’amputer. Son petit frère dormait sur le sol à côté de lui. Le moine à ma gauche devait être opéré des reins : les plaintes et les gémissements de douleur emplissaient toute la salle.

Un jour ou deux plus tard, Ajahn Chah vint me rendre visite. Ce fut comme voir le soleil se lever, une aura de lumière l’accompagnait. Bien que je sois la seule personne qu’il connaisse, il fit le tour de la chambre, parlant à tous les moines avec gentillesse, leur redonnant courage.

A moi, il dit : « C’est OK ; vous pouvez être ici. » Je répondis : « je voudrais sortir. » « Si vous partez, j’enverrai la police vous rechercher ! » C’était bien de l’entendre plaisanter. Alors je demandai : « Que puis-je faire avec cette terrible douleur ? » mon thaï n’était pas très bon, mais je compris bien sa réponse : « Tong roo... Vous devez reconnaître la douleur pour ce qu’elle est. »

Ceci est l’essence de la 1ère Noble Vérité, qui nous encourage : « Vous pouvez attendre encore un peu ; vous pouvez vous ouvrir à ceci, pas parce que vous allez gagner quelque chose, mais juste pour savoir, pour connaître ». Puis il ajouta : « Pom ja dai...Je vais mourir, et ce sera OK. Ce ne sera pas un problème. »

Kittisaro Forest Sangha Letter. Trad. Joshin Sensei

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

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