Le son du Dharma

Le 1er décembre 2004

"La réponse ultime aux sons, écrit le Rev.Heng Sure, directeur du Berkeley Buddhist Monastery, est de lâcher l’attachement aux sons plaisants, aussi bien qu’aux sons désagréables.

"Je m’étais assis un matin dans le silence d’avant l’aube sur la terrasse de la cabane de retraite des bois de Santa Cruz, puis peu à peu, à travers la brume j’ai commencé à entendre les chants des oiseaux : quelques-uns, tout un chœur, une symphonie d’au moins une trentaine d’oiseaux différents, y compris les grincements d’un pivert voisin. Chaque rythme, chaque inflexion des oiseaux étaient unique. J’entendais dans mon esprit des sons pour manger, pour défendre le territoire, pour menacer, ou séduire, ou s’accoupler. L’intensité de ces chants devint si oppressante qu’il m’était difficile de poursuivre la méditation. Cela m’irritait : je devais soit me lever et partir, soit chercher un "outil du Dharma" utile dans cette situation.

Je me mis à réciter la contemplation de la vacuité des sons et des images du Bodhisattva Kuan Yin (Kanzéon) :

Les yeux contemplent les formes Mais elles ne restent pas dans l’esprit ; Les oreilles entendent le monde des sons, Mais l’esprit ne sait pas.

Pour les enseignements de l’école Chan, tous les sons attrapés par le méditant sont appelés " poussière de sons". Dès que l’organe oreille bouge pour attraper, ou rejeter, un son, l’esprit s’est déjà éloigné du samadhi et s’est attaché au monde la dualité, de la naissance et de la mort, et de la souffrance. Cette façon d’écouter nous apprend que la réponse ultime aux sons est de lâcher notre attachement à tous les sons, qu’ils soient plaisants ou désagréables.

Je fis donc un effort pour arrêter d’attraper les sons et les laisser passer. J’essayai de laisser les chants devenir l’ancien Tao originel, sans âge parlant à travers les voix des oiseaux. Je lâchai le rejet volontaire de ces chants et laissai mes oreilles fonctionner comme des membranes enregistrant les ondes de l’air tout comme le fait la peau d’un tambour frappé par un bâton.

L’air devint un support, les directions s’inversèrent et il se créa une sphère au centre de laquelle se tenaient l’oreille et l’esprit présent. Au fil des heures, l’air devint immobile, le chant des oiseaux s’arrêta vers midi pour reprendre en fin de journée, et s’arrêter définitivement au coucher du soleil. Le monde passa de trois dimensions en deux dimensions : les sons proches et lointains s’effacèrent au moment où le paysage perdit la dimension de l’espace. Les sons s’installèrent à l’extérieur de mes oreilles. Tant de travail pour trier la présence et l’absence de sons, et finalement qui écoute ?

Le Boudhadharma nous enseigne à utiliser ce que nous avons - dans le cas présent, nos oreilles - pour entrer dans l’océan des sons qui nous entourent. Ces sons deviennent alors un passage pour comprendre comment les choses du monde se réunissent et se séparent, et comment vivre notre vie avec attention entre la venue et le départ.

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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Dernière mise à jour le :
1er décembre 2004
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