Tea Time :

Le 1er mai 2009, par Daishin,

Silence

Retraite de silence pendant une semaine : quelque chose qui lâche. On entre dedans, on s’établit, on se pose, ouf. Une belle image est le verre dont l’eau est plein de particules, petit à petit les particules se déposent au fond du verre, et l’eau devient transparente. Il nous faut du temps, petit à petit.

Repartir de cette semaine sans rien. Arrêter de venir ici, ou ailleurs, avec des certitudes. Ce qui m’a marqué dans l’enseignement de Moriyama Roshi, c’est ce qui est appliqué à la vie quotidienne. Il y a des choses que le Roshi donnait, par son enseignement ou son exemple, que l’on pouvait continuer à utiliser chez soi – c’est nécessaire pour vous, laïcs, qui allez rentrer chez vous et pas forcément avoir beaucoup de temps pour zazen... Alors, votre pratique, quand vous quittez le temple, où est-elle, quelle est-elle ?. C’est valable partout, par exemple, être tout entier présent dans son geste, tenir les choses à deux mains.

La Demeure sans Limites est très changeante, elle alterne les moments parce que « Comme c’est, ça va ». Peu de personnes, ça va ; plein de gens, ça va ; des gens qu’on connaît ou des nouveaux venus, ça va. Parfois tout est facile, ça coule, parfois c’est difficile, on bloque dans tous les sens... Ça va !. Il y a quelque chose qui va dans toutes les situations, nous avons besoin de souplesse, alors on peut accueillir tout ce qui se présente. Si on pense : « ça doit être comme cela, on doit faire comme cela... » on va être très malheureux, et les autres autour aussi ! Zazen fait des fruits et des fleurs, zazen sort de la salle de méditation.

Présence, attention, ouverture aux autres, le cœur ouvert. A l’extérieur, souvent, vous n’avez pas le silence. On peut voir à quel point les gens sont saturés, dispersés. A l’extérieur, il y a un appel des choses, qu’on n’a pas à la Demeure sans Limites. La nécessité des retraites en silence, totalement seul, est aussi importante. On explore, tout est nécessaire, être seul en groupe et être seul - seul. Le plus de variétés possible.

Une forme de solitude chez soi est très différent de la solitude de la retraite, complètement seul. On comprend le faire, les bols, la cérémonie, à travers le corps. Tous les sens doivent êtres découverts. C’est une exploration sans fin. Zazen n’a pas de fin. Ce travail sur le corps n’a pas de fin. C’est un état d’apprentissage. Réapprendre des choses simples de la vie quotidienne.

Ce n’est pas la peine d’aimer les choses pour les faire. Essayez de ne pas choisir ! Il y a beaucoup de niveaux à découvrir. Quand on est trop dedans, on ne voit pas, c’est trop plein. On ne rajoute pas une couche, le travail est de vider, vider encore, vider sans cesse - alors tout pourra nous remplir – et nous le laisserons partir  !

Joshin Sensei


On ne peut plus se cacher

Je vais vous raconter une histoire. Mon Sensei d’aïkido nous bandait les yeux et nous mettait sur le tatami ; nous devions avancer sans rien voir, sachant que nous allions être attaqués à un moment ou un autre. Nous ne savions pas ce qui allait se passer, tout le monde riait autour. C’était un moment d’horreur mais heureusement j’étais déjà très disciplinée parce que ma première envie a été de partir en courant !

D’une certaine façon, je retrouve ça sans cesse car le temple c’est comme ça. Quand vous arrivez ici, vous laissez vos chaussures, vos vêtements de ville, votre montre, vos habitudes, vos savoirs, et alors vous n’avez plus rien. On est comme ça, au milieu, sans défenses. On est là au milieu et les gens regardent et on ne sait pas ce qui va se passer. Et c’est bien que ce soit comme ça, parce que là il faut vraiment accepter et lâcher et se voir soi-même.

Alors toute notre peur et toute notre confusion vont sortir. Bien sûr, on essaie de se protéger, on essaie des stratégies mais ça ne marche pas. Alors on a envie de partir en courant, parfois on le fait. Et puis quelquefois on reste et voilà. On ne peut plus se cacher, on ne peut plus utiliser toutes nos stratégies, nos masques, toutes nos feintes. On ne peut plus se tourner en disant : « Ah oui, mais c’est parce que là il y avait… » et bien non, on cogne les bols, on se prend les pieds dans la robe, on oublie son zagu, on fait plein de choses comme ça. Et c’est là à chaque instant. C’est merveilleux. Parce qu’il faut vraiment s’enlever soi-même. Sinon c’est insupportable.

Là, nous touchons vraiment au cœur des choses, car nous allons commencer à travailler avec nous-même d’une autre façon. D’abord, tout sort. Évidement c’est pénible, parce que toutes nos erreurs, nos distractions, notre confusion, toute notre souffrance et aussi notre gentillesse, et nos bons côtés, tout est là, à chaque instant. Tout est là et il va falloir accepter. S’accepter soi-même. Alors bien sûr, à un moment on se dit : « Je vais faire un truc tellement parfait que ça va être très très joli et tout le monde va voir quelle personne parfaite et extraordinaire je suis ! » Et là évidemment, on se prend les pieds dans sa robe (rires) et on tombe, et il n’y a plus de personne extraordinaire.

Et quand tout est là, exposé comme ça, notre première tendance, c’est souvent l’irritation, la colère. On essaye de la tourner vers les autres mais aussi souvent vers soi. La colère quand elle est là est partout, elle est contre les autres et contre soi-même. C’est pour ça, que la première chose que l’on peut apprendre à travailler ici, c’est la compassion. Une compassion immense, une compassion envers soi-même d’abord. Une compassion immense de voir notre confusion, de voir nos erreurs, de voir notre ignorance, de voir notre arrogance. Une grande compassion envers soi-même. Parce que ça ne va pas s’arrêter, parce qu’il n’y aura pas un moment où ce sera parfait, parce qu’il n’y aura pas un jour sans « Ah ça y est, j’ai encore… ».

Oui, un jour on fait les bols bien, et puis le lendemain « Ah qu’est-ce qui se passe, tout le monde a commencé à replier ses bols, j’avais pas remarqué… ». Oui, une grande compassion. C’est ça, la compassion comme paramita, c’est sans fin. Et si on ne l’a pas pour soi-même, il est impossible de l’avoir pour les autres. Si, profondément, on ne s’accepte pas soi-même, si on n’accepte pas cette confusion, cette masse d’ignorance, il nous sera impossible d’accepter les autres. Je crois que c’est vraiment ça notre pratique profonde. Parce qu’à un moment, on peut rester là sans trop faire, juste voir et appliquer cette compassion comme ça. Juste voir et travailler la patience comme paramita. La patience avec soi-même. Pas une patience qu’on étire et puis qui craque : « Ah, j’ai encore fait ça, ah je me suis encore planté ! »

Non, une patience d’instant. D’instant après instant. Une patience sans limites, une patience juste là. C’est notre première pratique. On est là, on n’a rien, on n’a plus rien, on est au milieu de cette salle complètement vide avec des gens qui regardent. Tomber, tomber, tomber encore. Ça va. C’est parce que nous n’aimons pas, nous ne voulons pas tomber et pourtant nous allons tomber, il est impossible de ne pas tomber.

Alors, cette grande compassion, faire de la place comme ça, quand cette grande compassion arrive, on commence à lâcher un petit peu le faire, pas le faire de faire des choses mais le faire de faire pour montrer, avec l’idée de faire pour reconstituer quelque chose, avec l’idée de faire pour faire encore un masque. Ce faire, on va pouvoir le lâcher. Ce ne sera plus rien parce qu’on aura vu, ce sera des petits morceaux. Tout sera cassé. Ce sera des petits morceaux cassés comme ça et on aura bien vu.

Cette citation du sutra qui avait tellement frappé Hui-Neng : « Quand on ne demeure sur rien, qu’on ne s’attarde sur rien, le véritable esprit apparaît ».

Sur rien, pas même sur la plus petite image de soi. Pas même sur la colère après soi, pas même sur le désir de faire mieux, pas même sur le désir d’être parfait. C’est ça ce qui est difficile : rien. Quand on ne demeure sur rien, qu’on ne s’attache à rien. Et Saint-Jean de la Croix dit : « Pour être ce que vous n’êtes pas, vous devez passer par là où vous n’êtes rien ». C’est un peu la même chose d’une façon un peu différente. Il y a tant de choses que l’on voudrait être. Bien, parfait, intéressant, passionnant, intelligent, attrayant…

Plein de choses que l’on voudrait être. Un bon maître, ou un bon disciple, ou un bon mari, un bon père, etc. Cela ne veut pas dire qu’on ne doit pas s’efforcer de l’être, bien sûr ce n’est pas ce que je veux dire. Mais passer par où l’on n’est rien. Passer par ce moment où il n’y pas plus rien, que nous. Notre confusion, notre ignorance et une infinie compassion et une immense patience.

Joshin Sensei

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

N’hésitez pas à réagir ou répondre aux textes proposés en ajoutant vos commentaires.

Si vous souhaitez proposer un texte, merci de l’envoyer par email à La Demeure Sans Limites.

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Dernière mise à jour le :
1er mai 2009
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