Extraits de :« JOURNAL DE MON JARDIN ZEN » de Joshin Luce Bachoux - éditeur Desclée de Brouver

Le 1er juillet 2009, par Daishin,

On y trouve la Demeure sans Limites, bien sûr, ce qu’on y vit,et parfois ce qu’on y rêve, mais aussi le Brésil, une cabane, des petits gâteaux au chocolat, de la neige, le Japon et le riz, des arbres et des oiseaux, des voisins, zazen et le silence...

Cela s’appelle « Trois petits moines sous la neige » , « La tapisserie de notre vie », « Le papillon sur notre épaule » ou « La vraie vie de Mr Pou »...60 chroniques qui s’égrènent au fil des saisons ...

L’esprit du débutant

« Recevons cette nourriture avec reconnaissance.. » Autour de la grande table, les voix s’élèvent, certaines assurées, d’autres timides. Les plus anciens, ceux et celles qui sont déjà venus souvent, se tiennent droits, immobiles, les yeux mi-clos, attentifs aux paroles qui sont dites. Ils sont tout entiers dans ce texte, s’efforçant de retrouver, à travers les paroles familières, « l’esprit du débutant » dont nous parlons dans notre école bouddhiste.

Pouvoir revenir à la découverte, à la surprise, à ce moment précis où nous voyons s’ouvrir devant nous une nouvelle porte, un nouveau paysage, un nouveau mystère. Dans cet esprit du débutant nous nous oublions nous-mêmes dans l’instant vécu, dans l’action accomplie ; il nous fait revenir au premier moment, nous dés-encombre de toutes les habitudes qui nous rendent souvent aveugles et sourds. Ainsi à la fin de l’hiver, mon regard glisse sur la neige, là où je m’émerveillais, il y a quelques semaines. Puis, c’est la jonquille toute neuve, à peine défroissée qui va me faire sourire, jusqu’au moment où je ne verrai plus que quelques taches jaunes qui ne retiendront plus mon attention ; je serai vite blasée du flamboiement de l’automne… (...)

Japon : le cadeau de la rivière

On entend la rivière bien avant de la voir. Si on prête l’oreille, on l’entend dès le haut du chemin, et après les deux grandes courbes qui forment la descente assez raide, le bruit se fait grondement, comme une voix sauvage qui couvre tous les autres bruits de la forêt. Portant mes deux seaux vides, je marche à petits pas sur le chemin tout verglacé essayant de garder l’équilibre, sachant que ce sera encore plus difficile au retour, quand le poids me déséquilibrera, et que cette eau si lourde, si précieuse sera presque à moitié renversée quand j’arriverai en haut.

La pompe est en panne : j’ai barboté plusieurs heures hier dans la rivière glaciale pour essayer de la faire démarrer ; j’ai vérifié le carburant, tiré sur le démarreur, tapoté puis franchement tapé, les mains rouges et gelées, frissonnant sous les éclaboussures avant d’abandonner et de préparer les seaux. Pourtant juste avant le départ du Supérieur et du reste de la communauté, le moine qui s’occupe habituellement de la cuisine m’a regardé avec un grand sourire : " Pas de problème ! Si l’eau s’arrête, tu vas faire démarrer la pompe !" (...)

Le potager de notre voisin.

Dans son potager, mon voisin n’en fait qu’à sa tête – et ça lui réussit très bien, merci. Tous les ans, son potager déborde et le nôtre, eh bien, rien de comparable. Nous qui, en arrivant, n’étions pas très versées dans les plantations, avons commencé par acheter plein de livres, et demander beaucoup de conseils. Nous étions bien résolues à être "bio", comme lui, bien sûr, pour notre plaisir et pour ne pas abîmer cette belle nature qui nous environne.

La première année, encore ignorantes, nous avons fait venir un tracteur pour retourner la terre, mais tous les livres nous mirent en garde contre l’agression que cela représente pour la précieuse couche d’humus.

Aussi, l’année suivante nous nous sommes munies d’un outil spécial, plein de dents, mais, assurait la publicité : " Particulièrement étudié pour faciliter l’aération de la terre sans efforts", et la photo montrait une gentille grand-mère devant un jardin qui s’étendait à perte de vue. Après quelques heures, nous étions paralysées par les courbatures, bien incapables d’agiter le bras pour répondre aux joyeux bonjours que nous adressait le voisin du haut de son tracteur.

"Alors, s’étonna-t-il, vous allez tout faire à la main ?" Et nous d’essayer de sourire et d’ assurer que nous étions vraiment ravies de ce vrai travail de la terre. En tous cas, nos épaules se sont musclées.

Et cette année-là aussi, son potager fut somptueux.(...)

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

N’hésitez pas à réagir ou répondre aux textes proposés en ajoutant vos commentaires.

Si vous souhaitez proposer un texte, merci de l’envoyer par email à La Demeure Sans Limites.

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Dernière mise à jour le :
30 juin 2009
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