Le bouddhisme peut-il sauver la planète ?

Le 28 août 2009, par Daishin,

David R.Loy et John Stanley, deux figures importantes du Bouddhisme aux USA en appellent à un nouveau concile, un rassemblement des dirigeants bouddhistes de toutes les écoles pour travailler sur la crise écologique avant qu’il ne soit trop tard.

Extraits d’un article de Buddhadharma, hiver 2008, trad. Joshin Sensei.

« Si nous continuons à maltraiter la terre de cette façon, il ne fait aucun doute que notre civilisation sera détruite. Changer nécessite un éveil, une illumination. Le Bouddha a atteint l’éveil individuel ; maintenant, nous avons besoin d’un éveil collectif pour arrêter cette course à la destruction. La civilisation va s’arrêter si nous continuons la course au profit, au pouvoir, au sexe et à la popularité ». Thich Nath Hanh

Nous n’aimons pas plus penser sérieusement à cette crise écologique que nous n’aimons regarder notre propre mortalité. Pourtant un nombre croissant de scientifiques pensent que la survie de la civilisation, et peut-être même l’espèce humaine elle-même, sont en danger. Nous avons atteint un point extrême dans notre évolution biologique et sociale.

Comme le signale J. Macy, le déni de ce qui est en train d’arriver est le plus grand danger auquel nous devons faire face en ce moment.

L’éco-crise nous montre que la société de type consumériste que nous tenons pour évidente aujourd’hui est toxique pour l’environnement. Continuer comme si de rien n’était est une grave menace pour notre survie. Nous avons besoin d’autres perspectives sur les problèmes et le potentiel de la condition humaine. Les nouvelles technologies ne peuvent nous sauver que si nous les combinons avec une nouvelle approche du monde.

« La destruction de la nature et des ressources naturelles résulte de notre avidité, de notre ignorance et de notre absence de respect pour tout ce qui vit sur Terre. Ce manque de respect s’étend même aux descendants des êtres vivants, la prochaine génération qui héritera d’une planète extrêmement dégradée si la paix mondiale ne devient pas une réalité, et si la destruction de l’environnement se poursuit au rythme actuel. »

14ème Dalai Lama.

Le bouddhisme ne propose pas de solution simple à notre crise environnementale. Néanmoins, ses enseignements sur l’impermanence, interdépendance, et le non-moi apportent des prises de conscience (insights) dans la nature de notre problème écologique. De plus, son insistance sur l’avidité, la mauvaise volonté et l’illusion d’un moi séparé comme racines de la souffrance nous indique une voie d’apaisement possible, car ces trois poisons fonctionnent également sur le plan social qu’individuel.

Collectivement nous souffrons d’un sens du moi déconnecté non seulement des autres mais de la Terre.

On dirait aujourd’hui que le sens du moi (self) est une construction psychologique et sociale, sans existence ni réalité intrinsèque. Le problème de base avec ce moi est qu’il conduit à une illusion de dualité. Quand nous construisons à l’intérieur un moi séparé, nous construisons de façon simultanée un monde externe qui est différent de « moi ». La perspective bouddhiste nous montre comme ce sentiment de séparation est inconfortable (dukkha), parce qu’un moi illusoire, insubstantiel est fondamentalement facteur d’insécurité. En réponse à cette insécurité, nous devenons obsédé avec des choses qui, nous l’espérons, vont nous donner le contrôle de notre situation.

La solution bouddhiste à ce problème n’est pas de se débarrasser du moi. Ce qui serait impossible, puisqu’il n’y a jamais eu de moi ! Plutôt, comme le dit Thich Nath Hanh, « Nous devons nous éveiller de cette illusion de séparation. » Quand je réalise que « je » suis ce que le monde entier est en train de faire, exactement ici et maintenant, alors prendre soin des « autres » devient aussi naturel que prendre soin de ma propre jambe.

Cette réalisation (insight) est le lien essentiel entre sagesse et compassion. Ultimement, mon propre bien-être ne peut être distingué du bien-être des autres.

Aujourd’hui, notre problème individuel et notre problème écologique correspondent exactement. La civilisation humaine est une construction collective, qui a amené à un sens collectif de séparation du monde naturel, un sens d’aliénation qui cause dukkha. Notre réponse a été une obsession collective avec la sécurité, ou l’enracinement de nous -mêmes technologiquement et économiquement. Mais peu importe à quel point nous consommons, à quel point nous dominons la nature, ce ne peut jamais être assez, parce que le problème de base n’est pas une richesse, ou une puissance, insuffisante mais l’aliénation amenée par ce sens de la séparation. Et nous ne pouvons pas faire « un retour à la nature », parce que nous ne l’avons en fait jamais quitté. (…)

Étant donné la faillite de notre système économico-politique, les religions aujourd’hui ont une responsabilité spéciale, car elles peuvent faire naître un nouveau point de vue sur le monde. C’est une occasion pour elles de relever un défi, ce qu’aucune autre organisation ne semble pouvoir faire. Elles doivent pour cela communiquer davantage les unes avec les autres, et être prête à apprendre des autres. (…) Bien que les institutions bouddhistes, comme toutes les institutions religieuses, tendent à être conservatrices, l’accent mis par le bouddhisme sur l’impermanence implique une ouverture et une réceptivité à de nouvelles possibilités dont nous avons besoin maintenant. Si les différentes traditions bouddhistes pouvaient se réunir pour présenter une ébauche de réponse commune à l’urgence climatique, cela serait un exemple inspirant pour les autres religions du monde.


Nous pensons qu’en ces temps de crise, il est urgent de demander une conférence internationale qui rassemble tous les grands leaders bouddhistes pour réfléchir à une réponse collective. Peut-être un Concile bouddhiste, quelque chose qui n’a eu lieu que six fois dans toute l’histoire du bouddhisme.

Peu de leaders bouddhistes étant experts en climatologie, des scientifiques pourraient y donner les dernières données disponibles, et suggérer les différentes réponses possibles(...). Nous avons déjà contacté les principaux responsables des lignages tibétains, (…) dont la réponse a été très positive. Nous avons aussi contacté des leaders du Theravada, du Zen, et de la Terre Pure. (…)

Que cette rencontre soit une conférence internationale, ou un Concile Bouddhiste, il est fondamental que les différents traditions bouddhistes puissent se rencontrer et examiner soigneusement notre situation collective. Tous les conciles précédents ont eu pour objet d’affirmer et de préserver le dharma et le Vinaya, mais la crise actuelle demande quelque chose de radicalement différent. Au lieu de se tourner vers l’intérieur et de mettre l’accent sur l’éclaircissement du bouddhadharma même, les enseignants bouddhistes doivent se tourner vers l’extérieur et se demander comment le bouddhadharma peut nous aider à comprendre et à répondre à l’urgence planétaire.

La crise environnementale est aussi une crise pour le bouddhisme, non seulement parce qu’il souffrira si la civilisation humaine souffre, mais aussi parce que le bouddhisme est la religion la plus concernée par la fin de la souffrance – de dukkha- pour tous les êtres.

Le bouddhisme a une contribution particulière à apporter en ces temps où l’humanité doit rassembler le mieux de tout ce qu’elle a appris au cours de son histoire.
Nous avons besoin d’une nouvelle sorte de bodhisattvas, ceux qui feront le vœu non seulement de sauver tous les êtres individuels, mais aussi toutes les espèces souffrantes et le réseau même de la vie de cette biosphère menacée.

Extraits du livre à paraître : « When Snow Mountains Wear Black Hats : A Buddhist Response to Global Warming »

Ringu Tulku Rimpoche :

Les innombrables problèmes du monde viennent de notre faillite à comprendre que les phénomènes sont impermanents. Nous faisons des projets comme si nous allions vivre 500 ans. Nous nous battons pour de petites choses. Les gens cherchent le pouvoir et s’y cramponnent, imaginant qu’ils vont l’avoir pour des générations. Et même s’ils arrivent à l’attraper, rien ne dure.

Conflits, agressions, incapacités à comprendre les sentiments de l’autre, ou à vivre en harmonie, tout cela vient de notre incompréhension de l’impermanence.

Quand nous comprenons l’impermanence, nous comprenons l’interdépendance. Il y a là un équilibre subtil entre les deux, et si nous ne savons pas le conserver, tout s’écroule très vite. Voilà l’origine du réchauffement global et de toute la crise écologique.

Buddhadharma, hiver 2008

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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