Écologie : la spiritualité pratique

Le 28 août 2009, par Daishin,

Je voudrais vous remercier pour la journée de zazen du samedi 13 juin 2009 et réagir sur le thème des relations entre l’écologie et le Bouddhisme.

 Je crains que la conception de l’écologie communément partagée actuellement ne soit totalement piégée et récupérée. Elle est devenue une véritable idole : gare à celui qui oserait se déclarer hostile à l’écologie, il passerait aussitôt pour un ringard de la dernière espèce. A mon avis, la première contribution du Bouddhisme serait de dénoncer les récupérations dont l’écologie est l’objet, en assumant pleinement une fonction iconoclaste.

Par exemple :  L’écologie est pillée par les partis. Tous revendiquent cette dimension (de Besancenot à Le Pen !) et cherchent à capter les voix des électeurs.  L’écologie est exploitée par les médias : c’est bon pour l’audience. On matraque le public en permanence sur ce thème, on le manipule en exploitant le vieux fond de culpabilité (sans doute d’origine catholique) enfoui dans notre société. Revoyez le film HOME d’Arthus Bertrand qui dégouline de moraline !  Même l’Etat et le Gouvernement plument l’écologie. L’année dernière, le Gouvernement n’organisait-il pas un Grenelle de l’Environnement ? L’écologie est une fantastique opportunité offerte aux entreprises pour développer de nouveaux marchés. Soyons francs, l’écologie et le développement durable sont devenus des concepts marketing qui apportent aux annonceurs et producteurs, des gains en termes d’image et de bénéfices. Sait-on qu’un produit portant un quelconque label vert ou de développement sera automatiquement vendu 30 à 50% plus cher pour un niveau de qualité à peine supérieur ? De plus, un groupe s’engageant dans le développement durable verra monter sa cote en bourse. Donc pourquoi se gêner ? 

 J’estime donc que l’écologie est une notion ambigüe, attrape tout, dont le succès généralisé est fort suspect. A mon sens, le Bouddhisme devrait commencer par dénoncer le détournement de la sensibilité écologique au profit des organisations : partis politiques, médias, état et entreprises.

Après avoir tenu cette position critique [1], le Bouddhisme pourrait développer dans un second temps, un discours positif sur l’écologie en s’appuyant sur le principe « Think global, act local ! » que je compléterais par « act personnally ».

Votre enseignement à la Demeure sans Limites suit déjà implicitement ce principe en sensibilisant individuellement vos disciples à l’écologie concrète : travail au jardin, à la cuisine, repas formel… On pourrait ajouter (si je puis me permettre !) des conseils pratiques sur le jardinage en milieu citadin, des recettes de cuisine, la célébration de la beauté de la nature par l’art (poème, dessin, peinture) …

  A Paris, lors de la journée de zazen, j’ai soutenu l’idée que le Bouddhisme et l’écologie partageaient une même notion, celle de l’interdépendance des êtres et des choses. Si l’on s’appuie sur cette dernière notion, il devient possible d’élargir considérablement la portée de l’écologie et je verrais là, la troisième contribution du Bouddhisme à cette thématique.

A côté de l’écologie classique (celle de la nature végétale pour l’essentiel) prendraient place ainsi une écologie de la vie animale (protection de la faune sauvage bien entendu mais aussi respect des animaux que nous exploitons de façon éhontée pour notre alimentation), une écologie humaine (respect de la vie humaine, protection des faibles et des démunis…), une écologie morale (lutte contre la violence, rejet de la sexualité débridée et de la pornographie …) et enfin une écologie spirituelle (mais toutes ces formes d’écologie ne relèvent-elles pas déjà de la spiritualité pratique ?)

Didier


  Au début de la journée de zazen de juin à Paris, j’avais posé deux questions aux personnes présentes :

1. Pensez-vous que le Bouddhisme ait quelque chose à apporter pour nous aider devant la crise écologique qui nous menace ?
Tout le monde avait répondu « Oui ».
2.Est-ce que cela vous intéresse que nous parlions de ce thème « Bouddhisme et écologie »et là, plusieurs personnes, un petit quart, avait répondu « Non ». J’aimerais connaitre vos réponses, commentaires, remarques, etc sur ces deux questions, ou sur les textes ci-dessus...


Joshin Sensei

Notes :

[1] Je suis d’accord avec l’analyse de D. mais pas avec sa conclusion : ce n’est pas au bouddhisme de juger, de discuter « contre », ceci est le rôle de chaque personne, un travail de discernement et d’analyse - mais plutôt,les enseignements du Bouddha peuvent nous permettre, comme il le dit par la suite, de parler « pour ». Joshin Sensei

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

N’hésitez pas à réagir ou répondre aux textes proposés en ajoutant vos commentaires.

Si vous souhaitez proposer un texte, merci de l’envoyer par email à La Demeure Sans Limites.

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