Tea-Time : On ne peut plus se cacher …

Le 27 septembre 2009, par Daishin,

Tea- time, c’est le moment du thé, parfois dans la cuisine, parfois dehors. Un moment pour des échanges et des enseignements informels donnés par Joshin Sensei.

Merci à Jokei Ni qui a mis ces enseignements par écrit, tout en gardant les ellipses – ces paroles font souvent référence à une question, ou à un incident – et un style parlé. Nous les publierons petit à petit au cours des mois à venir.

Je vais vous raconter une histoire. Mon Sensei d’aïkido nous bandait les yeux et nous mettait sur le tatami ; nous devions avancer sans rien voir, sachant que nous allions être attaqués à un moment ou un autre. Nous ne savions pas ce qui allait se passer, tout le monde riait autour. C’était un moment d’horreur mais heureusement j’étais déjà très disciplinée parce que ma première envie était de partir en courant !

D’une certaine façon, je retrouve ça sans cesse car le temple, c’est comme ça. Quand vous arrivez ici, vous laissez vos chaussures, vos vêtements de ville, votre montre, et alors vous n’avez plus rien. On est comme ça, au milieu, sans défenses. On est là au milieu et les gens regardent et on ne sait pas ce qui va se passer. Et c’est bien que ce soit comme ça, parce que là il faut vraiment accepter et lâcher . utiliser toutes nos stratégies, nos masques, toutes nos feintes. On ne peut plus se tourner en disant : « Ah oui, mais c’est parce que là il y avait… » et bien non, on cogne les bols, on se prend les pieds dans la robe, on oublie son zagu, on fait plein de choses comme ça. Et c’est là à chaque instant. C’est merveilleux. Parce qu’il faut vraiment s’enlever soi-même. Sinon c’est insupportable.

Là, nous touchons vraiment au cœur des choses, car nous allons commencer à travailler avec nous-même d’une autre façon. D’abord, tout sort. Évidement c’est pénible, parce que toutes nos erreurs, nos distractions, notre confusion, toute notre souffrance et aussi notre gentillesse, et nos bons côtés, tout est là, à chaque instant.

Tout est là et il va falloir accepter. S’accepter soi-même. Alors bien sûr, à un moment on se dit : « Je vais faire un truc tellement parfait que ça va être très très joli et tout le monde va voir quelle personne parfaite et extraordinaire je suis ! » Et là évidemment, on se prend les pieds dans sa robe (rires) et on tombe, et il n’y a plus de personne extraordinaire. Et quand tout est là, exposé comme ça, notre première tendance, c’est souvent l’irritation, la colère. On essaie de la tourner vers les autres mais aussi souvent vers soi. La colère, quand elle est là, en fait, elle est partout ; elle est contre les autres et contre soi-même.

C’est pour ça, que la première chose que l’on peut apprendre à travailler ici, c’est la compassion. Une compassion immense, une compassion envers soi-même d’abord. Une compassion immense de voir notre confusion, de voir nos erreurs, de voir notre ignorance, de voir notre arrogance. Une grande compassion envers soi-même. Parce que ça ne va pas s’arrêter, parce qu’il n’y aura pas un moment où ce sera parfait, parce qu’il n’y aura pas un jour sans « Ah ça y est, j’ai encore… ». Oui, un jour on fait les bols bien, et puis le lendemain « Ah qu’est-ce qui se passe, tout le monde a commencé à replier ses bols, je n’avais pas remarqué… ».

Oui, une grande compassion. C’est ça, la compassion comme paramita, c’est sans fin. Et si on ne l’a pas pour soi-même, il est impossible de l’avoir pour les autres. Si, profondément, on ne s’accepte pas soi-même, si on n’accepte pas cette confusion, cette masse d’ignorance, il nous sera impossible d’accepter les autres. Je crois que c’est vraiment ça notre pratique profonde. Parce qu’à un moment, on peut rester là sans trop faire, juste voir et appliquer cette compassion comme ça. Juste voir et travailler la patience comme paramita.

La patience avec soi-même. Pas une patience qu’on étire et puis qui craque : « Ah, j’ai encore fait ça, ah je me suis encore plantée ! » Non, une patience d’instant. D’instant après instant. Une patience sans limites, une patience juste là. C’est notre première pratique. On est là, on n’a rien, on n’a plus rien, on est au milieu de cette salle complètement vide avec des gens qui regardent. Tomber, tomber, tomber encore. Ça va. C’est parce que nous n’aimons pas, nous ne voulons pas tomber et pourtant nous allons tomber, il est impossible de ne pas tomber...

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

N’hésitez pas à réagir ou répondre aux textes proposés en ajoutant vos commentaires.

Si vous souhaitez proposer un texte, merci de l’envoyer par email à La Demeure Sans Limites.

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