Suite de Tea-Time

Le 5 novembre 2009, par Daishin,

Alors, cette grande compassion, faire de la place comme ça, quand cette grande compassion arrive, on commence à lâcher un petit peu le faire, pas le faire de « faire des choses » mais le faire de faire pour montrer, avec l’idée de faire pour reconstituer quelque chose, avec l’idée de faire pour faire encore un masque. Ce faire, on va pouvoir le lâcher. Ce ne sera plus rien parce qu’on aura vu nos stratégies, notre confusion... Tout sera cassé. Il n’y aura plus que des petits morceaux cassés ...

Cette citation du sutra qui avait tellement frappé Hui-Neng : « Quand on ne demeure sur rien, qu’on ne s’attarde sur rien, le véritable esprit apparaît »...

Sur rien, pas même sur la plus petite image de soi. Pas même sur la colère après soi, pas même sur le désir de faire mieux, pas même sur le désir d’être parfait. C’est ça ce qui est difficile : rien. Quand on ne demeure sur rien, qu’on ne s’attache à rien. Et Saint-Jean de la Croix dit : « Pour être ce que vous n’êtes pas, vous devez passer par là où vous n’êtes rien ». C’est un peu la même chose d’une façon un peu différente.

Il y a tant de choses que l’on voudrait être. Bien, parfait, intéressant, passionnant, intelligent, attrayant… Plein de choses que l’on voudrait être. Un bon maître, ou un bon disciple, ou un bon mari, un bon père, etc. Cela ne veut pas dire qu’on ne doit pas s’efforcer de l’être, bien sûr ce n’est pas ce que je veux dire. Mais passer par où l’on n’est rien. Passer par ce moment où il n’y pas plus rien, que nous. Notre confusion, notre ignorance et une infinie compassion et une immense patience.

_ Question : Depuis quelque jours je suis avec cette idée que mépris de soi et mépris d’autrui seraient la même chose.

_ Sensei : oui, bien sûr. Il n’y a pas de différence. Il faut vraiment comprendre par ce bout-là. Il n’y a pas de différence entre soi et les autres. La moindre chose qu’on a pour les autres, on l’a pour soi et dès qu’on a une chose pour soi, on l’a pour les autres. Simplement, on a quelque fois quelque chose qui nous donne bonne conscience. On a l’impression que si on est en colère après soi-même, c’est parce qu’on essaie d’être mieux. Ce n’est pas vrai.

La colère après soi-même ne demande qu’une chose, qui est de sortir et de se déplacer sur quelqu’un. C’est vraiment une histoire pour se donner bonne conscience. Il est difficile de savoir, d’essayer de comprendre ce que veut dire le mot « faire » ou « ne rien faire ». Ne rien faire, c’est juste lâcher prise et c’est tout. Quand on est en colère, on est dans le « je dois », « il faut ». Parfois on est obligé de rééquilibrer sa pratique.

La colère, le vouloir, ce n’est pas vrai, ça ne marche pas, c’est vraiment « le cœur ouvert » qui marche. C’est toujours aller à l’encontre de ce que l’on nous a dit plein de fois, tiens-toi droit, etc., c’est aller à l’encontre de ça, c’est difficile. La colère, c’est vraiment un des trois poisons et c’est là, toujours un volcan, ça a l’air éteint et puis il y a cette lave qui coule et qui brûle.

Enlever la colère, c’est vraiment déraciner. C’est ça comprendre vraiment les paramita, parce que tant qu’il reste une trace, ça va ressortir et se coller sur quelque chose. Face à la colère, les paramita sont vraiment une grande compassion, une grande patience envers soi-même.

_ Question : La patience m’a beaucoup manqué avant-hier avec le rakusu. Je n’étais pas en colère contre moi-même, mais j’étais en colère contre l’aiguille, contre le fil, etc.

_ Sensei : Ah oui, on peut être en colère envers tout. Et la patience, comme paramita c’est comme ça, un temps avec un temps. Parce que si on étire seulement notre patience habituelle, dès que c’est une patience qui va de là à là, forcément elle va s’arrêter à un moment. C’est comme un élastique. On peut tirer, bien sûr on apprend à travailler la patience et tout ça.

On apprend à tirer, tirer, tirer plus, mais c’est comme un élastique, à un moment ça va lâcher. « Ah, j’ai été patiente, j’ai été patiente, mais là j’en ai assez ». Ce n’est pas du tout une paramita. La paramita c’est instant après instant. Avant, après, ces notions, pouf, ça disparaît. Là, on est dans la patience. Dès qu’on laisse une trace derrière soi, à un moment ou à un autre cela va craquer. On est en train de tirer sur quelque chose. Pas de trace. Un instant, un instant, un instant.

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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Dernière mise à jour le :
5 novembre 2009
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