Être assis dans l’oubli...

Le 5 novembre 2009, par Daishin,

Lors de son dernier passage au Refuge d’Eguilles, Sensei a cité cette courte formule de Charlotte Joko Beck : « Oubliez votre biographie ».

Je me suis alors souvenu des paroles du grand cinéaste Luis Bunuel dans son livre Mon Dernier Soupir : « Il faut commencer à perdre la mémoire, ne serait-ce que par bribes, pour se rendre compte que cette mémoire est ce qui fait toute notre vie. Une vie sans mémoire ne serait pas une vie(...)

Notre mémoire est notre cohérence, notre raison, notre sentiment, et même notre action. Sans elle, nous ne sommes rien. » Oublier sa biographie pour vivre dans le seul instant présent, n’est-ce pas alors se perdre irrémédiablement ? Tout comme perdre son égo, comme on dit ou lit souvent, aboutirait en fin de compte à faire de nous de parfaits schizophrènes...

Sans doute le problème est-il mal posé et suis-je une fois de plus piégé par les mots. Il ne s’agit pas plus de chasser nos souvenirs, de perdre la mémoire ou de cultiver l’amnésie, que de « bloquer nos pensées » ou de nous couper la tête pour pacifier notre esprit ! Il s’agit, je crois, de notre attitude, et plus particulièrement de notre attitude mentale, de l’usage que nous faisons de ce sixième sens qu’est la conscience pour les bouddhistes : que faisons-nous de notre mémoire, comme de notre identité, ou de notre (conscience du) moi ?

Ou bien nous donnons consistance à ces fantômes du passé jusqu’à en voir et en faire une « biographie » cohérente et ériger ainsi notre moi comme une réalité traversant les temps, ou bien nous réussissons à nous libérer de cette illusion et pouvons alors continuer à vivre pleinement chaque instant de cette vie, au-delà même de notre seul corps et de notre seul esprit. Comment ? Très simplement en « oubliant », en oubliant constamment... Comme on dit en zazen : laissez passer, comme l’air que vous respirez. (Ce qui ne supprime ni notre faculté de respirer, ni notre mémoire !).

« Je laisse aller mes membres ; je congédie la vue et l’ouïe, je perds conscience de moi-même et des choses, je suis complètement désentravé : voilà ce que j’appelle être assis dans l’oubli » écrit Tchouang-tseu. Ce qui ne supprime ni notre faculté de respirer, ni notre mémoire, ni ce « je »... mais encore faut-il que « je » fasse justement ce choix et cet effort, avec foi et détermination.

Michel Wa-Do

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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Dernière mise à jour le :
5 novembre 2009
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