Comment nous avons tout faux

Le 3 mars 2010, par Daishin,

Ce que nous percevons habituellement comme la véritable nature des choses est l’exact opposé de ce que les choses sont réellement . Bikkhu Bodhi nous explique ce phénomène d’inversion.

L’ignorance est un obscurcissement spécifique qui a recouvert l’esprit de tous les êtres sensibles non éveillés depuis les temps sans origine. Cette ignorance fonctionne de deux façons : l’une négative, l’autre positive. Dans son aspect négatif, l’ignorance nous empêche tout simplement de voir les choses comme elles sont. Elle projette des nuages d’obscurité mentale cachant les marques véritables des phénomènes et nous faisant ainsi ignorer la véritable nature des choses.

Mais l’ignorance a une autre fonction, un rôle que nous pourrions dire créatif : elle crée des illusions mentales, ou cognitives, appelées vipallasas, littéralement inversions. Ces inversions infestent tout notre processus cognitif, si bien qu’au lieu de voir les choses comme elles sont , nous en voyons en fait les contraires. Dans l’impermanent, nous voyons la permanence ; dans ce qui est lié à la douleur et à la souffrance, nous voyons les reflets du plaisir ; dans ce qui n’est pas le soi, nous cherchons notre véritable identité, notre vrai soi. Les vipallasas dévient notre connaissance et nous envoie par conséquent dans une quête inlassable de gratification. C’est pourquoi on les appelle inversions, ils mettent tout sens dessus dessous.

A un niveau plus profond, les inversions alimentent le processus du samsara. La roue de la naissance et de la mort tourne parce que nous nous illusionnons en croyant que notre notion de soi signifie une quelconque identité véritable. Nos esprits sont attirés par le piège d’un bonheur durable à trouver dans ce monde. Nous courons d’une expérience à l’autre, cherchant à confirmer notre propre réalité. Mais c’est un peu comme un âne tirant une charrette, courant après la carotte attachée devant lui...Il la poursuit de toutes ses forces, mais ne l’attrape jamais ! Quand il en a assez de chasser cette carotte, il arrête de courir, et reste tranquille, mais à nouveau il va se remettre à essayer, parce que cette carotte se balance sans cesse devant ses yeux !

Nous aussi, nous alternons course et repos, course et repos... Mais, contrairement à l’âne, nous pouvons voir à travers la carotte suspendue sous notre nez. Quand nous y arrivons, nous reconnaissons la futilité de cette course, puis nous cherchons un moyen de nous en libérer. Et le Bouddha nous montre précisément qu’il faut pour cela remettre à l’endroit les trois inversions.

Quand elles sont remises dans le bon sens, nous y voyons l’impermanence, la souffrance et le non-soi, et nous les trouvons dans les cinq agrégats qui constituent la fabrique de notre expérience. Voilà pourquoi le Bouddha dit que les cinq agrégats sont « les choses qui doivent être parfaitement comprises ».

Quand les cinq agrégats sont parfaitement compris, cela apporte la fin de l’identification, la fin de l’avidité et la fin de la souffrance.

BaDa

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

N’hésitez pas à réagir ou répondre aux textes proposés en ajoutant vos commentaires.

Si vous souhaitez proposer un texte, merci de l’envoyer par email à La Demeure Sans Limites.

À propos de cet article

Dernière mise à jour le :
3 mars 2010
Statistiques de l'article :
1138 visiteurs cumulés

Votre recherche

SPIP 1.9.1 [7502] | BliP 2.3 | XHTML 1.0 | CSS 2.0 | RSS 2.0 | Espace privé
Visiteurs par jour (cumul) : 226 (517780)