Suite du questionnement : les animaux et nous

Le 3 avril 2010, par Daishin,

Adieu bel animal

Animal, animus, anima, tu étais mon dieu, mon ennemi, ma joie, je t ’ai dessiné sur la paroi d’une caverne, je t’ai prié, tu m’as visité en rêve, je t’ai mangé, tu m’as mangé, je t’ai chassé, tu m’as chassé, j’ai lu l’avenir dans tes entrailles, j’ai mangé ton coeur, j’ai porté des coiffes de plumes, je me suis paré comme un roi de tes ossements, tes griffes ont inspiré la forme parfaite de mon poignard, j’ai cherché le dragon, la chimère et la licorne, je t’ai offert en sacrifice aux trois divinités, je t’ai chevauché, je t’ai échangé contre un royaume, j’ai prié le dauphin, le poisson, et l’agneau, où es-tu ? je t’ai tatoué, castré, envoyé dans l’espace, accusé de la rage, j’ai modifié ton code génétique, je t’ai recrée docile pour mieux te dévorer, j’ai arraché tes ailerons, coupé tes cornes et tes forêts, j’ai empoisonné tes rivières, je t’ai abattu par troupeaux entiers.

Pourquoi m’as-tu abandonné ? Maintenant la bête meurt, et mon âme, c’était toi.

Isabelle Sorente , intro du N° 3 « Adieu bel animal », revue Ravages, automne 09.

Le Pari

Le pari de la renaissance, c’est vouloir rendre enfin la raison au plus faible. Prendre le risque de naître coyote, ou singe de laboratoire. Naître viande, naître aveugle. Assez humain pour pleurer. Assez oiseau pour chanter. Se souvenir, et plus encore. Se porter garant, non du bien-être financier, mais de la diversité de la vie. Porter la vie, aussi loin que possible.

Je parie que je suis déjà morte, je parie que je reviendrai sous une forme- ou une autre. Si je fais le pari de la renaissance, ce n’est pas pour fuir ma vie présente(...) Au contraire. Je veux croire en mes vies passées pour m’incarner davantage. Rendre grâce à ce corps, ces membres, ces organes, fragile vaisseau de chair qui contient tant de mémoire. Si je veux croire en mes vies futures, ce n’est pas pour espérer, mais pour aiguiser mon désespoir. Je veux me souvenir à chaque instant que la terre brûle et que les bêtes meurent. Je veux m’en souvenir encore après ma mort. (...) Je parie que j’ai vécu d’autres vies. J’étais une bête, et aussi autre chose. Je parie que mon corps se souvient de tout. (...)

Penser aux générations futures ne suffit pas à imaginer le visage de ceux qui ne sont pas encore nés. Penser aux bêtes ne suffit pas à les épargner. Sauf si je reviens, et que la bête, c’est moi...

Isabelle Sorente, début du texte « Le Pari » de la revue Ravages.

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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