O-bon- La Paix de tous les coeurs

Le 30 juin 2010, par Daishin,

Le mois d’août - de juillet dans certaines régions du Japon- est le mois d’O-bon, cette fête bouddhiste très importante pendant laquelle sont accueillis à la maison les esprits des morts. 

A cette occasion, des offrandes sont faites, à la fois pour montrer de la reconnaissance aux ancêtres de la famille à qui nous devons notre existence actuelle, et aussi pour que tous les esprits soient en paix dans l’univers entier.

Des morts prématurées et non naturelles surviennent partout et en tous lieux - ainsi qu’en témoigne le destin des victimes des attaques terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et du conflit Israelo-Palestinien. Dans tous les pays, des personnes éprouvent une souffrance profonde quand il est porté atteinte à la vie d’un membre de leur famille.

Et pourtant, même s’ils comprennent ce qu’une telle souffrance signifie, les êtres humains persévèrent dans cette folie meurtrière. O-bon constitue une excellente occasion de s’unir à cette immense communauté et de se rendre compte à quel point toutes les âmes sont précieuses, même celles avec qui nous n’avons pas de lien personnel.

Un hommage rendu aux ancêtres.

Au Japon, qui appartient à la tradition du Bouddhisme Mahayana, la période d’O-bon, c’est-à-dire quatre jours du 13 au 16 juillet, ou au mois d’août, selon les lieux, voit les gares de chemin de fer se remplir de voyageurs en route vers leur région d’origine. Les familles visitent les cimetières des temples en grand nombre. Les gens se réunissent pour accueillir les esprits de leurs proches défunts et de leurs ancêtres.

En Chine, source du bouddhisme japonais, les gens célèbrent aussi une fête, que l’on appelle Zhongyuan, à la mémoire de leurs ancêtres.

O-bon remonte à l’époque de Shakyamuni lui-même. En Inde, la saison des pluies dure de la mi-avril à la mi-juillet. Autrefois, les moines demeuraient en un lieu, absorbés en zazen, pendant cette période, et le dernier jour , c’est à dire le 15 juillet, ils se rassemblaient autour de Shakyamuni pour une session d’examen de conscience. Ils réfléchissaient sur leurs actions, regrettaient leurs erreurs et faisaient voeu de ne jamais les répéter.

Shakyamuni enseignait qu’il était bon d’offrir à manger et à boire aux moines ainsi purifiés. On dit que c’est cet enseignement qui est à l’origine de l’esprit d’O-bon.

Une histoire chinoise raconte comment est apparue la fête d’O-bon elle-même. Maudgalyayana, l’un des dix principaux disciples de Shakyamuni, apprit un jour que l’esprit de sa mère défunte était tombé dans le royaume des démons affamés. L’offrande de nourriture et de boissons faite aux moines le 15 juillet, dernier jour de la session de méditation de la saison des pluies, sauva sa mère de la souffrance qu’elle endurait.

Bien sûr, d’autres peuples dans de nombreux pays ont rendu hommage à leurs ancêtres de différentes manières, bien avant l’apparition du Bouddhisme. Par exemple, au Japon, selon d’anciennes croyances profondément enracinées, les esprits des ancêtres que l’on croyait résider dans les montagnes, les mers et autres lieux de phénomènes naturels font depuis longtemps l’objet d’un culte religieux.

O-bon représente la vénération naturelle des êtres humains à l’égard de leurs ancêtres, avec en plus, une saveur bouddhiste. L’esprit d’O-bon s’étend non seulement aux parents proches, mais aussi aux ancêtres éloignés avec lesquels nul ne se sent relié.

Les célébrations traditionnelles

En général, les célébrations se déroulent ainsi : on se rend en famille dans les cimetières où des prêtres psalmodient des textes sacrés, par ailleurs, on offre l’hospitalité de la maison aux esprits en visite. Après quelques jours passés ensemble, on renvoie courtoisement ces esprits dans l’autre monde.

La tradition veut que chaque famille prépare une étagère à offrandes. Quand arrive le moment d’accueillir les esprits, on allume un feu, de chanvre, d’écorce de pin, de cerisier ou de bouleau, ou bien encore de paille. On allume à ce feu les bougies de l’étagère à offrandes. Quand arrive le moment du départ des esprits, on allume un autre feu. Dans certaines régions, pour l’occasion, des offrandes de nourriture sont placées sur des feuilles de lotus ou sur quelque chose de semblable et posées sur l’eau d’un fleuve ou de la mer.

Des villes entières participent aux danses d’O-bon - Bon-Odori - afin de réconforter les esprits des morts et de leur assurer un bon retour dans leur propre monde.

Il peut y avoir des variantes à partir de ces cérémonies traditionnelles de base selon la région et selon la famille. Pendant Zhongyuan, les familles chinoises déposent un peu de leur propre nourriture sur l’autel puis brûlent ces offrandes et en répandent les cendres dans les fleuves.

L’étagère à offrandes

Pour O-bon, on dispose soigneusement des offrandes de fruits et des légumes frais, d’eau , et de fleurs, soit sur l’autel bouddhiste de la famille, ou à défaut, sur une table. On brûle aussi de l’encens pour transmettre au défunt les sentiments de celui qui fait les offrandes. La lumière douce des bougies illumine esprit de l’un et de l’autre.

On trouve aussi, parmi les offrandes, des effigies de chevaux et de boeufs sculptées dans des concombres et des aubergines. On pense que le cheval transporte les esprits depuis l’autre monde, tandis que le boeuf transporte leurs bagages. Ces figurines sont d’abord offertes au cimetière et ensuite rapportées à la maison et déposées sur l’étagère à offrandes.

La manière de disposer les offrandes n’obéit pas à des règles strictes.

L’important est d’offrir une hospitalité sincère aux esprits des morts. Parmi les meilleures offrandes, on trouve des choses que le défunt aimait tout particulièrement ou des choses sur lesquelles les vivants souhaitent attirer son attention.

Plutôt que de s’attacher à des formes traditionnelles, il vaut mieux décorer nos étagères d’O-bon avec créativité de manière à exprimer des sentiments sincères.

Bon-Odori : les danses d’O-Bon

Dans le monde entier, les êtres humains dansent instinctivement au rythme d’une musique donnée. Bien qu’aujourd’hui, il s’agisse très souvent de donner un spectacle, toutes les danses folkloriques étaient à l’origine des manifestations spirituelles. Comme toutes les autres danses folkloriques, bon-odori met l’accent sur la spiritualité des danseurs. Il n’est besoin ni d’adresse, ni de vêtements spéciaux. Tous ceux qui souhaitent participer sont les bienvenus. Habituellement il s’agit de danser au rythme de la marche en suivant un guide sur une plate-forme érigée dans un vaste espace tel que l’enceinte d’un temple. Les danseurs se joignent au cercle et en sortent à leur convenance.

Le fait de s’assembler sur la piste de danse - ou parfois en de longues files - unit les participants de façon naturelle, même s’ils ne se connaissent pas du tout, en une prière pour la paix universelle, qui est le véritable but de ce bon-odori. La danse ouvre les esprits des participants et les prépare à recevoir de l’énergie pour leur vie de demain. Parfois, en plus de la danse, on assiste à des spectacles de lutte en hommage aux ancêtres.

Ce qu’enseigne O-bon

La gratitude envers les ancêtres et l’importance de la vie.

Bien que l’on reconnaisse universellement l’importance de la vie, les gens font toujours comme si cette vie leur appartenait et qu’ils pouvaient en disposer à leur gré y compris en lui portant préjudice. Après la puberté, les émotions sont intenses. Les gens souffrent et ont du chagrin pour la plus petite chose.

Souvent en proie à la solitude et au découragement, ils s’interrogent sur leur propre nature. Les émotions et les théories se déposent comme de la poussière, masquant ce qu’il y a de précieux dans la vie.

O-bon est une excellente occasion de redonner leur place à ceux qui nous ont donné la vie. Nous ne devons jamais oublier que nous devons notre existence à nos parents, bien sûr, mais aussi avant eux, à une longue chaîne de vies innombrables. Nous devons être reconnaissants aux esprits des disparus. Nous devons comprendre combien nos propres vies sont précieuses et par conséquent les apprécier à leur juste valeur. Les liens du sang sont les liens de la vie. O-bon est un temps pour moment pour se réunir en famille et pour réfléchir à l’importance de la vie.

Un temps pour beaucoup de choses.

Les traditions d’O-bon mettent en avant quelque chose que l’on néglige dans le tourbillon d’une société obsédée par la consommation et le classement à l’université. Dans leur lutte acharnée pour obtenir la fortune, la gloire, ou des diplômes universitaires, beaucoup de gens oublient d’autres aspects de la vie. Ils portent un costume neuf au bureau et s’initient à l’informatique mais ils laissent de la nourriture se gâter à la maison et des plantes d’ornement se faner. Des décorateurs d’intérieur passionnés laissent le soin de nettoyer les toilettes à leur employée de maison.

S’occuper des plantes d’ornement et nettoyer les toilettes n’a sans doute rien à voir avec les succès mondains. Mais c’est pourtant dans ces tâches répétitives et monotones que transparaît clairement la personnalité des gens. O-bon est le temps des réunions familiales et des bons moments passés à manger et à boire ensemble. Mais pas seulement. C’est aussi le moment pour chacun de prendre l’initiative de changer l’eau sur l’étagère à offrandes d’O-bon, d’arranger les fleurs, de nettoyer le vestibule de la maison, et de préparer les repas. C’est le temps pour les Bouddhistes d’approfondir leur foi. C’est un moment où l’on peut trouver une joie renouvelée dans la paix de l’esprit sans pareille que l’on éprouve en allumant une bougie ou en brûlant un bâton d’encens.

Introspection

On continue à observer O-bon de nos jours, de nombreux siècles après, pas simplement parce que c’est le temps de penser aux morts, mais aussi parce que les vivants parviennent à une profonde paix de l’esprit lorsqu’ils conversent avec les disparus. En faisant des offrandes aux morts, les vivants réfléchissent sur eux mêmes et sur leurs activités quotidiennes, bénéficiant ainsi d’une nourriture spirituelle.

Malheureusement, bien que l’introspection soit essentielle à la paix de l’esprit pour tous les êtres humains, il y a des personnes qui s’attardent sur les erreurs des autres, et ne font pas l’effort de se pencher sur leurs propres actions. Là se trouve une des causes de la menace présente au niveau de la scène internationale que constituent les déplorables conflits locaux. Pendant O-bon, prenons le temps de prier pour que tous les esprits à travers le cosmos puissent trouver la paix et la tranquillité et que le monde se rapproche davantage d’une paix durable.

Extrait de « Dharma Friends », le bulletin de l’Ecole Soto. Traduction Catherine J.

O-Bon sera célébré à la Demeure sans Limites au cours de la retraite d’août.

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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Dernière mise à jour le :
28 juin 2010
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