Zendo de Paris : marcher quand on marche

Le 2 octobre 2010

La marche en méditation, Kinhin, c’est vraiment important. La chose frappante, juste comme zazen, c’est que ça ne sert absolument à rien !

Vous marchez, vous n’allez nulle part. D’habitude quand vous marchez vous allez d’un point à un autre. Et là, vous marchez et vous n’allez nulle part. Généralement, quand on va d’un point à un autre, on a tendance, quand on est ici, à être déjà arrivés là-bas. Et ce qui se passe entre les deux points n’est pas vraiment intéressant. Vous êtes venus comment jusqu’ici ? Par le bus, par le métro, par la gare ? Quand vous marchiez, vous vous êtes dépêché pour arriver ici, entre la gare, l’arrêt de bus, l’arrêt de métro et ici. Est-ce que vous avez vu que vous marchiez ? Sans parler de ce qu’il se passe autour. Parce que parfois on marche comme des automates. Est-ce que vous avez vu que vous marchiez ? Un pied, un pied, un pied, respirer. Est-ce que vous avez vu ça ?

C’est intéressant à la Demeure Sans Limites. Je vais parler de la Demeure Sans Limites, parce qu’il y a la porte de sortie là et la porte de la cuisine là. Et on est sans arrêt en train de faire l’aller-retour entre les deux. Mais bien sûr, en général, quand on sort de là, on se dit : « Ah, il faut que j’aille préparer le repas. » et on est déjà arrivé dans la cuisine. Et les pas qu’on fait entre les deux, c’est comme si on ne les faisait pas, on n’est pas là. On n’est pas là. C’est embêtant parce que ça fait une bonne trotte où on dit qu’on n’est pas là. Quand on dit que l’on n’est pas là pour aller d’un endroit à un autre, cela fait vraiment une grande partie de notre vie où on est absent. Qu’est-ce qui se passe pendant ce temps là ? « Ah, qu’est-ce que je fais dans cette pièce, qu’est-ce que je suis venu faire au fait ? Eh bien je ne m’en rappelle plus. Bon, eh bien, ça ne fait rien. »

Et « kinhin », la marche en méditation, c’est comme ça, un pas, un pas, un pas. Et à la fin vous tournez, mais vous ne tournez pas avant comme dans l’histoire de tourner en rond. Ça, ce n’est pas vrai. C’est si on se met à la fin de kinhin ; on se met à la fin de kinhin, on regarde ici, ce qui n’existe plus déjà et on se dit j’ai tourné en rond. La marche en méditation c’est juste là. Là. Une fois que cela est fini, il n’y a plus rien. Il y a un autre moment, il n’y a plus rien. C’est notre pratique dans la vie de tous les jours, c’est votre pratique de laïc, c’est votre pratique de la Voie du Bouddha .

...Oui, mais je n’ai pas le temps de faire zazen, je n’ai pas le temps de faire ceci, je ne peux pas manger avec les bols, je ne peux pas garder le silence, etc. Mais marcher. Un pied, un pied, un pied. Il n’y a rien qui peut vous empêcher de le faire. Quand vous allez de la cuisine à la chambre, du bureau à ... etc, il n’y a rien qui peut vous empêcher d’être là, dans votre corps. Complètement. Dans votre respiration. Un pied, un pied, un pied. C’est une pratique tellement simple que personne ne la fait ! Tellement simple, qu’elle échappe. Bien sûr, elle nous échappe. Comme ce moment nous échappe, comme chaque instant nous échappe.

On voit les grands moments. C’est comme si dans notre vie, il y avait un projecteur, il y a un « Grand Moment » et après ça repart dans le noir. Mais notre vie, c’est tout l’ensemble. Tout l’ensemble. Tous ces moments que vous ne vivez pas, vous ne les vivrez jamais. Ils sont passés, ils sont terminés. Ils ne vont pas revenir. C’est là, c’est exactement là que vous devez vivre votre vie. Un pas, un pas, un pas. Ou bien vous êtes assis, une respiration, une respiration, une respiration. Vous êtes en train de faire quelque chose, voilà, ça et en même temps il y a le corps, et en même temps il y a la respiration et en même temps il y a l’action et en même temps il y a tout ce qui vous entoure.

C’est facile. Un pas, un pas, un pas. De mon bureau à la porte, de la porte au bureau. Dans la vie, il y a des petites choses. On ne peut pas bouleverser sa vie d’un coup. On est vraiment des êtres d’habitudes avec des bonnes et des mauvaises. Vraiment enracinées. Au niveau des petites choses. Voilà, sur tel trajet, quand je vais faire tel trajet, je vais faire attention. Des petits trajets, encore une fois, de votre bureau jusqu’à la porte. Là, je vais faire attention. De la porte jusqu’au garage par exemple. Des petites choses. Il faut se réhabituer. On est tellement absent de nous-mêmes et à nous-mêmes, qu’on ne le remarque même pas. C’est ça l’ignorance. On ne le voit pas. Et donc il faut se réhabituer.

C’est la même chose avec la façon dont on va manger tout-à-l’heure. Avec nos bols. Bien sûr, les premières fois, vous vous rappelez tous, et puis, il y en a peut-être qui vont le voir, la façon de manger que l’on a paraît complètement aberrante. On prend le bol, on prend une bouchée, deux bouchées, on repose le bol, on fait zazen. Mais est-ce que chez vous, vous voyez quand vous mangez ? Bien sûr, vous allez me dire, je ne peux pas manger avec les bols, je suis avec ma famille, je suis avec des amis, je suis avec mon compagnon, ma compagne, etc. Mais quand vous prenez une bouchée, est-ce que vous savez ce que vous êtes en train de faire ? Donnez-vous par exemple, là aussi, un petit espace. Par exemple, je vais au moins commencer le repas comme ça, quatre ou cinq bouchées et après je vais commencer à parler, je vais continuer ce que j’ai dans la tête depuis ce matin, et ensuite je vais regarder la télé., et ensuite, etc. Mais donnez-vous au moins un petit espace. Si ces petits espaces là, vous ne vous les donnez pas, ils n’existeront pas.

Il y a la Demeure Sans Limites. Mais, moins il y a de petits espaces de pratique comme ça dans votre vie, et plus la Demeure Sans Limites est difficile, tout d’un coup, ce n’est pas possible tout d’un coup. Vous voyez ? Des petites choses. Des toutes petites choses. C’est plein de petites choses d’être présent dans son corps. C’est plein de toutes petites choses « quand je mange, je mange » ; il faut que vous trouviez dans votre vie des points d’ancrage.

Joshin Sensei (2ème partie le mois prochain.)

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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