Retraite silencieuse

Le 4 décembre 2010

C’était comme si je m’étais embarquée dans une aventure dangereuse. J’avais le sentiment de faire quelque chose d’effrayant que je ne comprenais pas pleinement, quelque chose qui pouvait se révéler plus difficile que ce que ce que j’étais capable de traiter. C’était au milieu des années soixante-dix, et je m’étais inscrite à un weekend de méditation silencieuse. J’avais fait de la méditation auparavant et j’étais allée à l’ashram pour quelques weekends événementiels mais je n’y connaissais vraiment personne et les groupes étaient différents les deux ou trois fois où j’y étais allée. Je me souviens que c’était un beau vendredi d’automne. J’avais laissé mon mari et mes deux enfants à la maison et je m’étais lancée toute seule dans ce périple. En fait, mon mari n’était pas particulièrement ravi de me voir disparaître pour le weekend, ce qui s’ajoutait à mon sentiment d’audace.

Il y eut à peine une introduction. J’avais espéré une sorte d’explication philosophique sur la valeur spirituelle d’être silencieux. Rien de tel. Juste un emploi du temps, la consigne de ne pas parler et de l’aide pour le couchage. Vers 21 heures nous nous sommes retirés dans nos chambres. Je partageais une chambre avec une autre femme qui semblait très agréable. J’avais emporté avec moi un peu de nourriture que je voulais grignoter, je m’adressai donc à elle : « Je m’appelle Joan. Voulez-vous une banane ? » Elle sortit un bloc de papier et, de son lit, inscrivit en grandes lettres : « Non merci. Je m’appelle Mona. »

J’étais complètement anéantie. J’avais brisé le silence. De toute évidence elle n’approuvait pas ma prise de parole. Je me jurai de ne plus dire un autre mot le reste du weekend. Mais j’étais contrariée. Et puis je ne l’aimais pas beaucoup. Je pensais que c’était vraiment un affront. Il ne lui en aurait pas tant coûté de dire « Non merci ». J’aurais compris l’allusion. En fait, je ne voulais pas vraiment parler, j’étais seulement polie.

Le jour suivant, je continuais de remarquer que d’autres personnes semblaient avoir d’importantes raisons pour lesquelles elles devaient se parler l’une à l’autre en chuchotant. Puisque je ne connaissais personne, je n’avais vraiment aucun motif pour rompre le silence, et personne n’avait le moindre besoin de me parler. Personne d’autre ne faisait l’énorme effort que je faisais et cela m’ennuyait. Alors je me suis souvenue de la manière dont ma compagne de chambre avait répondu à une simple courtoisie et j’ai été vraiment en rogne.

Le dimanche midi, la retraite avait pris fin et nous étions tous assis à bavarder autour d’une grande table ronde et à faire connaissance. J’étais détendue et passais un bon moment lorsque je remarquai Mona, ma compagne de chambre, assise en face de moi. « Mona », dis-je, prête à pardonner tous les affronts précédents, « Est-ce que vous vivez dans les environs ? » Elle me rendit mon sourire avec chaleur, écrivit sur un bloc et le leva pour que je le voie. Cela disait : « Non. Je vis à New York City. Et vous, d’où venez-vous ? »

Joan Hoeberichts est consultante commerciale en formation pour être psychothérapeute. De « Budhadharma ». Trad. Andrée M.

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

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Dernière mise à jour le :
30 novembre 2010
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