Travelling Light – Voyager léger / Lumière du voyage

Le 4 décembre 2010

Je voyage léger ( light) , comme la lumière ( light) [1] ;
c’est à dire, aussi léger que puisse voyager un homme
qui transporte encore son corps à cause
de sa valeur sentimentale...Christopher Fry

Il y a 1200 ans en Chine, un homme d’une quarantaine d’années appelé P’ang Yun entassa tout ce qu’il possédait dans un petit bateau et coula le tout dans le lac Tung T’in. Après cela, nous dit-on, « il vécut comme une feuille au vent ». Voyez - le dans le petit matin, barbotant au milieu du lac, regardant s’élever du fond de l’eau les dernières bulles. L’air est froid et serein. Le lac un peu brumeux et aussi calme que le ciel. Puis, il se détourne et nage jusqu’à la rive.

Justine Dalencourt, une Quaker française, fut obligée de quitter sa maison de Fontaine- Lavaganne quand l’armée allemande envahit la France en 1914, mais, auparavant, elle fit son jardin potager, disant : « J’aime mieux qu’ils trouvent quelque chose à manger chez moi, plutôt que d’avoir à voler chez d’autres. »

Voyez-la, agenouillée, plantant la dernière graine. Tapotant le sol humide. Le chaud soleil du printemps. La riche odeur de terre montant vers elle. L’étrange bruit de tonnerre, au loin. Puis, elle se lève, fait demi-tour et part.

Voyager léger – imaginez : ne pas être encombré, une façon gracieuse de voyager comme une simple feuille. Maintenant imaginez-en une autre : la lumière par laquelle nous voyageons, la lumière qui montre le chemin. Notre lumière de voyage.

Qu’est-ce que ça veut dire « vivre comme une feuille au vent » ? Qu’est-ce que cela voudrait dire faire de notre vie un voyage de simplicité ? Un voyage désencombré, sans fouillis, sans confusion – un voyage avec concentration et attention ? Un voyage de légèreté et de lumière ?

Les Quakers disent qu’une flamme divine brille à l’intérieur de chaque être humain. Chaque être humain. Tous les êtres humains. Est-ce qu’une telle lumière nous rappellerait qu’après avoir volé notre maison, les soldats auront faim ? Et pour voir cette Lumière Profonde, en nous-même et dans les autres, faut-il d’abord avoir coulé notre bateau ?

En1889, à l’âge de 19 ans, mon grand-père quitta sa famille et ses amis de Suède et s’embarqua pour l’Amérique. Il emballa tous ses biens terrestres dans un petit coffre en bois. Aujourd’hui, ce coffre est posé près de mon bureau. Il est fait de lames de bois entourées d’un cadre ; ses charnières laissent le couvercle entrouvert. Le bois lui-même, maintenant brisé à plusieurs endroits, a pris une teinte foncée.

Je regarde ce vieux coffre, et je vois un jeune fermier, la peur et le goût de l’aventure dans ses yeux, écartant tout sauf l’essentiel, faisant naître de l’intérieur de lui-même une simplicité tranquille. Je le regarde monter à bord un matin brumeux et s’éloigner vers le large.

Moi, je n’ai pas voyagé beaucoup mais je garde dans mon grenier quelques belles valises. Et aussi, 2 sacs à dos, 3 sacs à bandoulière, un sac marin, un porte-documents, plusieurs fourre-tout, un sac de camping, un panier tressé en frêne, 3 sacs de couchage et une ou deux tentes. Devant le coffre de bois de mon grand-père, je réalise qu’il ne pourrait pas contenir tout ce que j’estime nécessaire pour un pique-nique d’été. Et, contrairement à P’ang Yun, je ne peux imaginer où je pourrais trouver un canot assez grand pour emporter tout ce que je possède au milieu du lac. Évidemment, j’ai l’intention de garder tous mes biens terrestres très loin de l’eau.

Pourquoi ? Me manque-t-il la nécessaire légèreté ? La Lumière nécessaire ?

Philip Harden « Journeys of Simplicity » trad. Joshin Sensei – ( Spécial Avant Cadeaux de Noël....)


La Grande Marche de Bassho :

Pour les nuits froides
un kimono de papier blanc
traité au jus de kaki
et suffisamment froissé pour être souple
un kimono fin
un vêtement imperméable
de quoi écrire
papier et ainsi de suite
Les cadeaux d’adieu de ses amis
qu’on ne peut laisser derrière soi
Et
inconfort et tracas
tout le long du chemin
 
Bassho in Philip Harden « Journeys of Simplicity 

Notes :

[1] En anglais, le mot « light » a deux sens : 1. la lumière 2. léger

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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Si vous souhaitez proposer un texte, merci de l’envoyer par email à La Demeure Sans Limites.

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Dernière mise à jour le :
4 décembre 2010
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