Question aux Maîtres :

Le 27 décembre 2010, par Daishin,

Question :

Il y a de nombreuses sources de documentation bouddhiste pour le débutant ou la personne d’expérience modeste (ou de revenu élevé). Mais on ne peut pas lire tous ces livres ou assister à tous ces séminaires. Comment celui qui le désire peut il passer du niveau moyen au niveau supérieur s’il ne vit pas dans un monastère ou n’est pas l’élève assidu d’un maître pendant plusieurs années ?

Narayan Liebenson Grady :

Le processus de l’Eveil est continu. Il n’est pas le produit d’un parcours : avoir vécu dans tel ou tel monastère, avoir été l’élève assidu de tel ou tel maître. Monastères et enseignants peuvent être extrêmement utiles. Néanmoins, être trop dépendant des conditions de vie d’un monastère, c’est manquer la finalité de l’apprentissage. Etre assidu dans l’accompagnement d’un maître peut aussi être de grande valeur.

Néanmoins, être dépendant de maîtres plutôt que de votre propre expérience, c’est aussi manquer la finalité de l’apprentissage. Nous pouvons approfondir notre apprentissage dans notre vie de tous les jours si nous comprenons que nous devons continuellement mettre en pratique cet apprentissage dans toutes les conditions, même celles qui sont très difficiles. Ceci exige le plein engagement, toujours repris, d’être conscient de chaque situation dans laquelle nous nous trouvons, et d’y pratiquer ce que nous avons appris.

Peut-être votre question est un appel à un réveil à vous-même. Comment pouvez vous rendre votre pratique vivante ? S’interroger dans ce sens ne signifie pas que vous deviez abandonner l’apprentissage qui vous a été bénéfique. Cela peut signifier que vous avez à le pratiquer avec une perspective différente. La façon avec laquelle vous êtes relié à votre apprentissage est fondamentale, parce que d’une conception sage découle une tentative avisée.

Pour l’essentiel, notre apprentissage est de laisser partir les doutes du cœur. Si d’être actif est fondamentalement sain, la qualité de nos cœurs importe plus que cette activité elle-même. Faire attention à la qualité de nos cœurs signifie être conscient des moments d’avidité, des moments de rejets, et des moments de doute. En être conscient, c’est commencer à les laisser s’en aller.

Il y a des nombreux moyens de donner corps à notre apprentissage dans notre vie quotidienne. L’un d’eux est de choisir un aspect du Dharma et de s’y concentrer pendant une semaine entière. Au Centre de Méditation Intérieure de Cambridge, nous aimons beaucoup prescrire des exercices d’attention. Ces exercices peuvent comporter l’attention à la façon dont nous parlons, le souci de nos réactions dans nos relations avec les autres, et la pratique de la compassion en conduisant la voiture. Nous fixant sur un aspect particulier du dharma pour une semaine, un mois ou une année entière, nous faisons place à une plus profonde introspection.

Je désire aussi faire un commentaire sur ce que vous avez dit de la nécessité d’avoir de bons revenus pour pouvoir entrer en formation. Je vous incite à rechercher plus loin pour savoir si cela est réellement vrai.

Beaucoup des centres bouddhistes avec lesquels je suis en contact familier offrent à ceux qui ont des finances limitées des moyens pour participer. Même si chaque centre a besoin de fonds pour continuer à fonctionner, il est essentiel que tous les étudiants désirant faire une formation puissent le faire.

Narayan Liebenson Grady est un maître enseignant au Centre de Méditation Intérieure de Cambridge

Zenkei Blanche Hartman :

Quand j’ai, pour la première fois, demandé à mon maître « Quel est l’engagement essentiel à Tassajara ? » (notre monastère nouvellement ouvert), il répondit : « A Tassajara nous vivons ensemble, nous nous asseyons ensemble, nous travaillons ensemble, nous mangeons ensemble. Très vite, chacun peut savoir qui vous êtes. Vous pouvez tout aussi bien le voir vous-même ». A cette époque, j’avais encore des enfants à la maison et j’avais besoin de travailler à plein temps, je ne pouvais donc me rendre au monastère que pendant les vacances. Le reste du temps, je me plongeais moi-même dans une pratique quotidienne au Centre Zen local, où je pouvais m’entraîner avec un maître et une Sangha. Mon mari et moi-même alternions les retraites et la garde des enfants.

Je ne sais si, là ou vous êtes, il y a un maître ou un sangha disponible, mais si votre situation karmique ne vous permet pas de partir pour un monastère, vous devez trouver le moyen de solliciter d’amis du Dharma cette espèce de réflexion en miroir, de telle sorte que vous n’ayez rien à cacher de vous- même. Continuez à vous interroger : Quelle idée de moi- même ai-je imaginé aujourd’hui ? Cette question n’a pas à vous peser ; en réalité elle peut être gaie et légère. Mais avec le temps, elle deviendra très profonde et précise.

Notre pratique arrive à maturité lorsqu’on la met dans tous les aspects de notre vie quotidienne. Si votre but ultime est de cultiver une conscience continue du moment présent, de telle sorte que toutes les actions du corps, de la parole et de l’esprit soient en accord avec l’esprit de Bouddha, soyez conscient que c’est le travail d’une vie entière (ou de nombreuses vies). Ainsi ne soyez pas trop impatient avec vous-même. La pratique de la bonté et de la compassion commence ici même. Cependant nous désirons continuer à autoriser nos kleshas (imperfections) à pénétrer notre conscience de sorte que nous ayons la possibilité de les laisser partir, plutôt que de les laisser s’exprimer en nous.

Une relation intime avec un maître que vous respectez, quelqu’un qui en est arrivé à bien vous connaître, est particulièrement importante. Vous n’avez pas à vivre dans un monastère avec votre maître, mais vous devez avoir une sorte de relation constante, peut être sous la forme de lettres ou d’appels téléphoniques, dans les intervalles des entretiens face à face.

Je suppose que vous vous entraînez quotidiennement. S’il y a une possibilité de vous entraîner avec d’autres, ne serait-ce que de temps en temps, faites le. S’il n’ y a pas de groupe proche, pouvez vous aider à procurer une possibilité de formation pour d’autres ? Peut-être pourriez vous inviter votre maître, qu’il vous rende visite et vous donne des enseignements de temps en temps.

Zenkei Blanche Hartman a été abbesse du Centre Zen de San Francisco

Geshe Tenzin Wanyal Rinpoché :

Il est important de ne pas considérer votre chemin spirituel comme une accumulation d’idées, d’informations ou d’expériences. Le Dharma est comme un médicament ou une nourriture énergétique : il doit pénétrer tout votre système, être digéré, être absorbé avant de devenir un réel bénéfice.

Cela veut dire que, tout ce que vous lisez ou entendez, vous devez en mettre en examen la signification, et l’intégrer dans votre pratique de méditation, jusqu’à ce que vous puissiez en ressentir les effets directement dans votre vie. L’Eveil implique un effort constant et joyeux dans l’apprentissage et la réflexion, dans la pratique et le ressenti.

Vous lisez jusqu’au moment où vous atteignez l’Eveil. Vous réfléchissez jusqu’au moment où vous atteignez l’Eveil . Vous pratiquez la méditation jusqu’au moment où vous atteignez l’Eveil . Au lieu de penser que vous avez assez lu de livres sur le Dharma, ou suffisamment participé à des retraites, il est meilleur d’examiner votre propre vie et de dire : « J’ai trop vécu la colère ! » ou « J’ai été triste suffisamment longtemps dans ma vie ; j’en suis las ».

Il est important de rendre bien clair ce que le Dharma signifie réellement pour vous. Avez-vous apporté les enseignements du Dharma à l’intérieur même de votre vie présente ? Vous devez poser cette question : qui est en train de faire l’expérience de cette colère, ou de cette tristesse ou de cette impatience ou de cette agitation ? Assurez vous que, lorsque vous posez cette question, vous regardez bien tout droit et tout au fond de votre esprit à ce moment précis.

La pratique du Dharma est une pratique intime, personnelle, qui commence et se poursuit droit où vous êtes à ce moment précis.

Geshe Tenzin Wangyal Rinpoché est un descendant titulaire de la Tradition Bön Dzogchen du Tibet. Extrait de la revue « Buddhadharma ». Traduction Hubert B.

 

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Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

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