Vivre dans la beauté

Le 27 décembre 2010, par Daishin,

Je suis né il y a mille ans, né dans une culture d’arc et flèches ; et dans l’espace d’une demi-vie humaine, je me suis trouvé dans la culture de l’âge atomique, mais d’arc et flèches à la bombe atomique, il y a une distance plus grande que le voyage vers la Lune.

Je suis né à une époque qui aimait les choses de la nature et leur donnait de beaux noms comme Tessoualouit, au lieu de noms desséchés comme Stanley Park. Je suis né à une époque où les gens aimaient toute la nature et lui parlaient comme si elle avait une âme.

Je me souviens qu’étant très jeune, je remontais l’lndian River avec mon père. Je me le rappelle admirant le soleil qui se levait sur le mont Pé-Né-Né ; il lui chantait sa reconnaissance, comme il le faisait souvent, avec le mot indien " merci " et beaucoup de douceur.

Et puis, du monde est venu, de plus en plus de monde, comme une vague déferlante, et je me suis soudainement trouvé au milieu du 20e siècle. Je me suis trouvé moi-même et mon peuple flottant à la dérive dans cette nouvelle ère ; nous n’en faisions pas partie, engloutis par sa marée saisissante, comme des captifs tournant en rond dans de petites réserves, dans des lopins de terre, honteux de notre culture que vous tourniez en ridicule, incertains de notre personnalité et de ce vers quoi nous allions.

Pendant quelques brèves années, j’ai connu mon peuple vivant la vieille vie traditionnelle, alors qu’il y avait encore de la dignité. Je les ai connus quand ils avaient une confiance tacite dans leurs familles et qu’ils avaient une certaine notion de ce qu’était le cheminement de leur vie.

Malheureusement, ils vivaient dans l’agonisante énergie d’une culture qui perdait graduellement son élan vital. Nous n’avons pas eu le temps de nous ajuster à la croissance brutale qui nous entourait ; il semble que nous ayons perdu ce que nous avions sans que cela soit remplacé. Nous n’avons pas eu le temps d’aborder le progrès du 20e siècle, petit à petit, ni de le digérer.

Savez-vous ce que c’est que d’être sans pays ? Savez-vous ce que c’est que de vivre dans un cadre laid ? Cela déprime l’homme, car l’homme doit être entouré de la beauté dans laquelle son âme doit grandir.

Je sais que dans votre cœur, vous voudriez bien m’aider. Je me demande si vous pouvez faire beaucoup. Eh bien ! oui, vous pouvez faire une foule de choses. Chaque fois que vous rencontrerez mes enfants, respectez-les pour ce qu’ils sont : des enfants, des frères.

Chef Dan George

Janvier 1975 - Lettre ouverte de Dan George , 1899-1981, chef indien de la nation Tsleil-Waututh , tribu de la Colombie britannique (Canada).

 

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