Tea-Time

Le 13 février 2011, par Daishin,

« Les préceptes ne nous disent pas ce qu’on doit faire... »

Il y a une chose, je crois, qui est un grand apprentissage, que l’on apprend à travers cette relation de Maître à disciple, et qui va après s’étendre à travers toute notre vie, qui est de recevoir tout ce qui est donné avec reconnaissance. C’est le travail avec le Maître et c’est le travail dans notre vie.

Recevoir.

Recevoir avec reconnaissance, et recevoir tout avec reconnaissance. Sans trier. Sans contrôler d’abord si ça rentre dans nos petites cases. Si ça nous plaît. Si c’est ce que nous voulions. Recevoir tout avec reconnaissance est notre pratique que nous apprenons auprès du Maître. Parce que le Maître peut aussi être injuste, en colère, etc. Et nous apprenons à tout recevoir avec reconnaissance. De la même façon dans notre vie on reçoit énormément de choses et nous regardons celles qui nous plaisent et nous les attrapons. Nous essayons de repousser celles qui ne nous plaisent pas. Mais notre pratique est de recevoir tout avec reconnaissance. Et alors le Dharma est là, à ce moment- là il n’y a plus rien en dehors du Dharma, pas une minute de notre vie.

Etudiant : Dans la situation où je trouve qu’il y a quelque chose qui n’est pas juste et que c’est notre droit de manifester contre. Il est vrai que même si on est conscient du Dharma, on va pas forcément s’harmoniser avec tout ce qui vient de l’extérieur.

Sensei : Non, ce serait stupide aussi. Bien sûr.

Etudiant : Il y a des fois où l’on est obligé d’être coléreux et en même temps on n’a pas de haine.

Sensei : C’est tout ce qui fait la différence. Les Maîtres Zen sont souvent des personnes assez impétueuses si je peux dire. Et quand je dis recevoir tout avec reconnaissance, c’est les deux en même temps. L’important est qu’il n’y ait pas de colère. Par exemple, si vous laissez votre voiture à Saint- Agrève et que vous la retrouvez cassée et brûlée, ce n’est pas juste. Vous n’avez rien fait à la personne. Qu’est-ce que l’on fait de ça.

Etudiant : A ce moment-là je n’adhère pas parce que si je me mets en colère, de toute façon ça ne sert à rien, puisque c’est arrivé. En même temps je ne peux pas adhérer à ça parce que d’avoir à racheter une voiture va être un cirque infernal.

Sensei : Eh bien oui, eh bien oui.

Etudiant : Dans certains cas, il vaut mieux que ça glisse plutôt que ça frotte. Il y a des situations parfois où rien n’est juste.

Sensei : Dès que l’on passe dans la relation personnelle il y a la colère. Et la colère fait naître la colère. Vous êtes en colère, vous êtes sûr que l’autre personne est en colère au bout d’un quart de seconde. On regarde. On va toujours rencontrer quelque chose, la vie est pleine de problèmes. Il n’y a rien qui ne soit pas le Dharma. Le Dharma c’est aussi ça. Le dharma avec un petit”d”, c’est toutes les choses. Il faut lâcher prise. Peut-être que vous trouvez que ce n’est pas juste mais il faut lâcher prise.

Juste ou pas juste n’existent pas. Ça n’existe pas. Nous aussi avons embêté des tas de personnes. Vous savez ? Peut-être qu’on ne l’a même pas vu, parce que ça s’est fait autrement mais on a sûrement embêté des tas de personnes dans notre vie.

Etudiant : C’est vrai.

Sensei : On a fait du chagrin à des tas de personnes, on a causé du tort à des tas de personnes. Consciemment ou inconsciemment.

Michel : C’est un gros problème, l’espace qu’on occupe, l’espace que l’on prend à d’autres.

Sensei : On ne prend pas l’espace. Il y a assez d’espace pour tout le monde. Mais ce que l’autre nous montre là est que lui vous embête et c’est très compréhensible mais on va essayer de se rappeler que nous aussi nous avons embêté des personnes. Et que je l’ai fait exprès ou non ne change rien.

Michel : Je pense que pouvoir arriver à se parler est une réponse possible.

Sensei : Bien sûr, bien sûr. L’autre est toujours un miroir, et est-ce que l’on va faire attention à la façon, dans notre vie, dont nous traitons les gens ? Comment est-ce qu’on les gêne ? C’est un apprentissage en même temps. Il y a des tas de choses pour rendre difficile la vie des gens, des personnes que l’on n’aime pas ou que l’on a aimées et que l’on n’aime plus, etc.

Ce n’est pas pour culpabiliser, c’est seulement pour reconnaître. Quelque chose me gêne et je me rappelle que moi aussi j’ai gêné quelqu’un. Ce n’est pas pour se dire : « Ah c’est affreux ce que j’ai fait » ; mais pour reconnaître. Il y a toute une chaîne comme ça. Et peut- être que la chaîne je peux l’arrêter, moi. Mais je ne l’arrêterai pas en tapant sur la personne, etc. Là je n’arrêterai pas la chaîne.

C’est bien le Dharma parce que ça ne nous donne pas de solution. Ça nous dit : « Voilà, quelle solution allez- vous trouver là, vous, dans cette situation-là, précise ? » Voilà ce que je ferais, ce que vous feriez, ce que Michel ferait. Ce seraient des choses différentes, donc il faut que chacun trouve sa propre réponse. Et c’est important, sinon on revient dans l’idée : ce n’est pas vivant. Il y a les préceptes. Les préceptes nous disent : « Voilà les choses qu’on ne peut pas faire. » Mais ça ne nous dit pas ce que nous allons faire dans chaque situation de notre vie.

Heureusement. Les autres sont toujours un miroir. C’est intéressant. C’est toujours un grand miroir.

Merci.

 

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