Dire Oui à coeur ouvert

Le 4 juillet 2011, par Daishin,

Je voudrais proposer ceci : la pleine conscience - la véritable pleine conscience - c’est le cœur ouvert. Bien sûr, les puristes définissent la pleine conscience comme « le fait de prêter attention au moment présent, dans une disposition ouverte et curieuse ». On peut dire que cette définition est un peu plate et qu’elle peut, par inadvertance, mettre le cœur hors de la pratique, pratique qui est en fait le cœur tout entier.

Je me souviens que dans la première année de ma pratique de la pleine conscience, je m’attachais à de subtils états mentaux de concentration. J’étais immensément curieuse et étonnée par mon esprit mais, en secret, je trouvais la pratique un peu sèche, un peu dans la tête. J’ai alors passé quelques années à chercher en Inde des gourous, espérant un déclic de la bhakti [1] qui rendrait plus savoureuse ma pratique.

J’ai réalisé plus tard que je cherchais l’amour dans les mauvais endroits , hors de moi, au lieu de le chercher en moi. C’est alors que j’ai découvert que la pratique de la pleine conscience est le cœur ouvert-même. Voici comment ça marche.

D’abord vous démarrez sur le coussin (ou sur la chaise pour ceux qui n’ont rien d’un bretzel [2] et vous êtes là à expérimenter le moment présent, quel qu’il soit, bon, mauvais ou laid. Vous pratiquez et vous acquérez quelque aisance. « Oh, je peux m’asseoir et être bien avec une douleur au genou, un dos qui fait mal et les nerfs en pelote ». Alors vous réalisez qu’être capable de pleine conscience signifie avoir un cœur ouvert. Ce n’est pas une théorie, c’est une compréhension réalisée dans le corps-esprit.

Pourquoi est-ce ainsi ?

Parce que, assis là, heure après heure, vous apprenez à dire oui. Oui à votre respiration un peu laborieuse, oui à votre tête qui gratte, oui au gars avec la machine à ramasser les feuilles de l’autre côté de la rue, oui à votre chagrin, à votre souffrance, à votre honte, à votre grandiloquence et à votre peur. Pas parce que vous voulez influencer ces choses mais parce qu’elles sont vraies et fluctuantes et tout simplement parce qu’elles font partie de ce que vous êtes (sans être même la moitié de ce que vous êtes vraiment). Votre système nerveux commence à se calmer ; enfin vous prenez conscience de la vérité des choses.

Dire oui signifie être attentif à notre expérience et l’accepter quelle qu’elle soit ; signifie ressentir notre corps quand il réagit fortement, ou être ému et laisser être tout ce que vous y découvrez. Cela signifie revenir encore et encore à votre respiration. Cela signifie voir que les pensées, les émotions et les sensations viennent et passent. Vous dites oui à votre orgueil, à votre stupidité, à votre rage meurtrière. Bien sûr, vous n’agissez pas avec votre rage meurtrière mais vous lui permettez d’être vraie en vous. Cette pratique inclut tout ; rien n’est laissé à l’écart.

Vous découvrez que si vous rejetez, même un tout petit peu, ce que vous éprouvez, votre pleine conscience n’est pas totalement réalisée, pas tout à fait là. Elle est teintée d’aversion - même de façon subtile -. Alors, parfois, ne pouvant vraiment pas dire oui, vous dites oui au non : « Je déteste cela, je ne me sens pas bien mais en fait je me sens bien avec le fait de ne pas me sentir bien ».

Dire oui dans la pratique de la pleine conscience commence peut-être à déborder dans votre expérience quotidienne. Vous commencez par dire oui - avec conscience - encore et encore, oui quand ce type vous coupe la route en voiture, oui quand votre boîte mail est bourrée de spams, oui quand votre médecin a une heure de retard, oui même quand vous perdez une personne qui vous est très chère, ou un lieu, ou une chose. Vous dites oui à votre expérience du moment présent quelle qu’elle soit. Vous ne rejetez plus votre cœur, vous ne le blindez pas d’une armure, non que vous soyez forcément d’accord avec ce moment-là ou que vous le souhaitiez à quiconque, ou que vous pensiez qu’il est désirable, mais vous dites oui parce que, quoique la vie apporte, ce n’est que cela, c’est la vie telle qu’elle est.

En disant oui, vous laissez descendre ce oui profondément en vous et vous pouvez avancer vers la prochaine chose juste avec force, équilibre et clarté.

Ma fille de six mois m’a réveillée pour téter toutes les heures cette semaine. Parfois je dis non. « Oh mon Dieu, encore ! mais qu’est-ce qu’elle a ? Quand pourrai-je me rendormir ? » A ce moment-là, la pleine conscience est une vague « bonne idée » dans mon cerveau privé de sommeil. D’autres fois, quand elle pleure, je dis simplement oui, sans y penser. « Oui, ma chérie, régale-toi. Je suis avec toi. Je suis réveillée, et c’est comme ça ». J’écoute le silence de la nuit (rare à Los Angeles) et je l’écoute avaler et renifler doucement et je soupire que, oui, c’est la vie. Une paix profonde m’envahit.

Par cette pratique du oui, en prenant consciemment chaque moment avec la volonté d’accepter les choses comme elles sont, avec le désir d’être avec la vie - interne et externe - comme elle se déploie, vous pouvez regarder votre poitrine et réaliser que votre cœur est immense. C’est une énorme malle, expansive, spacieuse, large ouverte, débordante de vêtements chauds, confortables et si familiers.

Vous ouvrez encore et encore, vous êtes attentif encore et encore, vous dites oui encore et encore et après, avec le temps, le cœur consciemment ouvert, c’est de plus en plus exactement ce que vous êtes.

Diana Winston Eté 2010 Buddhadharma Trad. Marie-Claire Calothy . Anne Delagarde .

Notes :

[1] bhakti terme sanscrit signifiant dévotion

[2] bretzel : petit biscuit formé du croisement de deux segments, qui peut rappeler la position des jambes en lotus.

 

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