Faire confiance aux Trois Trésors

Le 4 septembre 2011, par Daishin,

Prendre refuge dans le Bouddha, le Dharma et la Sangha implique un bond en avant avec un profond sentiment de confiance dans notre nature de base, et dans la sagesse naturelle de tous les phénomènes.

Les Trois Trésors sont le chemin vers l’esprit éveillé et ils sont cet éveil même. Ils montrent la nature ultime réalisée par la pratique et comment cette nature se manifeste dans notre pratique, comment elle s’actualise et comment nous donnons corps à notre compréhension de la nature réelle des choses.

Le Bouddha, le Dharma et la Sangha sont la véritable compassion en acte transmise à travers de nombreuses générations.

Ils montrent comment des individus réels cherchent la vérité réelle dans un temps et un lieu particuliers. En même temps, les Trois Trésors sont hors du temps, indépendants des époques et des conditions ; ils sont actifs partout. Prendre refuge dans les Trois Trésors, dit Maître Dogen dans son classique Shobogenzo, c’est leur faire confiance sans réserve. Ils doivent être dignes de notre confiance si nous nous fions si totalement à eux, ce qui signifie que nous devons aussi avoir cette profonde confiance en nous-mêmes, car les Trois Trésors ne sont autres que notre vraie nature.

Dans la tradition Zen, nous pratiquons « fusatsu », à intervalles réguliers dans l’année, ou renouvellement des vœux centrés sur les préceptes bouddhiques.

Pendant la cérémonie, voici ce que chante la Sangha :

Etant un avec le Bouddha, avec tous les êtres sensibles, que l’esprit de la Bodhi [1]s’élève ; que soit réalisée la Voie suprême.

Etant un avec le Dharma, avec tous les êtres sensibles, que l’on pénètre tous les sutras, que la sagesse soit comme l’océan.

Etant un avec la Sangha, avec les tous les êtres sensibles, que l’on guide les êtres et que l’harmonie se répande partout.

LE TRESOR DU BOUDDHA

Prendre refuge dans le trésor du Bouddha, c’est prendre refuge dans le Bouddha Shakyamuni.

Cet être a existé. Il a eu une mère et un père, comme vous et moi. Il a été élevé pour vivre dans la culture et croire dans les idées de son temps, qui l’ont conditionné. Il avait aussi une profonde aspiration à vivre de façon plus vaste que celle dictée par sa famille et ses amis, et un profond désir de vivre sans chaînes.

Nous pouvons imaginer ce jeune homme ressentant cet appel profond et luttant pour y répondre. Il a sûrement lutté pour accepter sa vie, le monde autour de lui, son époque historique, les croyances qui dominaient sa culture, les influences subies. Il a dû essayer de faire de son mieux ce que les autres prisaient autour de lui, pour accepter sa vie et, autant que possible, pour y trouver satisfaction, pour se comporter selon les attentes de ceux qui lui étaient les plus chers.

On peut imaginer combien il lui a été difficile de laisser tout cela, de rejeter et de décevoir ceux qu’il aimait et dont il était aimé ; c’est pourtant ce qu’il a fait.

Être un avec le Bouddha, c’est s’identifier à l’obligation que nous avons tous de quitter ce qui est familier et apparemment sûr pour entrer dans l’ « Inconnu » de la pratique spirituelle.

« Que l’esprit de la bodhi s’élève et que soit réalisée la Voie suprême ».

Développer l’esprit de la bodhi, la bodhicitta [2], c’est « savoir » qu’il y a une vie en quelque sorte au-delà de celle que nous vivons.

C’est ne pas être satisfait par une vie où nous nous accommodons de réponses simples à des questions profondes. C’est ne pas avoir peur de poser des questions dont nous n’avons pas encore la réponse.

La bodhicitta émergeant dans une conscience apporte les graines d’un refus du compromis, c’est-à-dire un refus de poursuivre la vie que l’on attend de nous et, au contraire, le désir de suivre sa propre intuition avec certitude et confiance en quelque chose au-delà de notre expérience.

De plus, le faire même si cela signifie rester seul et à contre-courant des autres, c’est s’efforcer de découvrir la vérité de ce corps, de cet esprit, de ce moment, de ce lieu. C’est poser la question « Qu’est-ce que c’est ? Que suis-je ? Qu’est ceci ? »

Nous commençons à éprouver les implications profondes de ces questions et décidons de ne pas être paresseux dans notre recherche, ou apeuré de ce que nous pourrions découvrir. La bodhicitta ne peut venir que d’une foi absolue dans notre nature profonde éveillée.

Nous devons arrêter de nous agripper de façon craintive et centrée sur nous à tout ce qui est familier et ne faire qu’un avec le courage, la sincérité et la foi du Bouddha. Alors nous pourrons découvrir une forte détermination à vivre comme un Etre éveillé, maintenant et non dans un futur vague ou dans quelque parfaite situation à venir.

En suivant ce chemin, nous devons assidûment faire des efforts contre la lassitude ou l’autosatisfaction et exiger plus de nous-mêmes que ne le feraient les autres.

Pourquoi faire cela ? « Pour que se réalise la Voie suprême ».

Notre vœu est de nous oublier pour réaliser notre vraie nature et permettre à ce Soi libéré de se manifester sans entraves. Cessons de nier que nous avons la capacité de nous éveiller. Nous ne pouvons plus faire marche arrière dans nos vieilles habitudes pour nier ce que nous sommes vraiment.

Pour paraphraser le Maître Zen chinois Yuiju Daoying : « Si vous voulez trouver la Voie, vous devez être une personne de la Voie. Vous êtes déjà une personne de la Voie. Alors, pourquoi s’inquiéter d’atteindre la Voie ? ».

LE TRESOR DU DHARMA

« Étant un avec le dharma, avec tous les êtres sensibles, pénétrez tous les sutras ; laissez la sagesse être comme l’océan. »

Faire confiance au trésor du dharma, c’est se tourner encore et encore vers les enseignements du Bouddha. Se tourner vers eux quand on les entend comme une musique et quand on les entend comme le fracas du tonnerre ; quand ils consolent et caressent et quand ils semblent vous écorcher la peau.

Comme l’a dit le Bouddha dans la Prajnaparamita, quand nous pouvons considérer les enseignements de l’absence du soi sans nous enfuir effrayés, nous pouvons être prêts à prendre refuge dans le trésor du dharma.

Ce trésor, la vérité à laquelle s’est éveillé le Bouddha, est ineffable ; il ne peut être dit et pourtant il doit être exprimé. Il est sans soi, sans aucune caractéristique durable, et pourtant il se manifeste sous dix mille formes. C’est l’infinie diversité et la richesse de la vie sensible et non sensible. Il est totalement présent en chacun de nous, et pourtant nous devons pratiquer pour le réaliser.

Sans ce trésor du Dharma, il n’y a ni pratique, ni réalisation, et il n’y a pas de cessation de la souffrance dans nos vies. Sans ce trésor, le bodhisattva existe, mais il n’y a pas de chemin pour réaliser la bodhi. Et pourtant, en fin de compte, pour réaliser le Dharma il nous faut aller au-delà de toutes les vues du Dharma.

Le trésor du Bouddha est le grand océan et le trésor du Dharma est le courant qui nous ramène à cet océan. Le Dharma, ce sont les mots vrais, les mots vivants exprimant et montrant du doigt la vérité des choses. C’est une expression, une compréhension, une pénétration rendues manifestes dans des pratiques qui ont été éprouvées par des êtres innombrables, hommes, femmes, jeunes et vieux.

Mais, même si le trésor du Dharma est vrai, et même si la pratique est correcte, sans la foi dans le trésor du Dharma, nous ne pouvons entrer. Il y a une porte que nous brûlons de franchir, mais elle ne s’ouvre pas.

Cultivant une confiance profonde et constante dans le trésor du Dharma, nous devons aussi développer une foi profonde en nous-même. Si nous n’avons pas cette foi, si nous ne pouvons accepter ce que nous sommes, comme nous sommes, il est très difficile d’avoir foi dans les êtres et les choses.

Prendre refuge dans le trésor du Dharma signifie que nous sommes extra-ordinaires, mais simplement parce que nous sommes des êtres humains. Plus nous pratiquons et plus notre foi devient forte, plus cette porte qui ne voulait pas céder commence à s’ouvrir. Évidemment, elle a toujours été ouverte. Devenant plus pénétrants, nous réalisons enfin qu’il n’y a jamais eu de porte.

« Pénétrer tous les sutras » c’est être un avec le Dharma  ; c’est réaliser les enseignements des êtres éveillés comme notre propre expérience directe. Nous découvrons la sagesse sans limite qui s’étend partout comme un vaste océan.

Un maître chinois a dit que c’était le moment où le sutra retournait vers la personne. (Suite en octobre)

Geoffroy Shugen Arnold Buddhadharma - Fall 2009 Trad : M. C. Calothy A. Delagarde

Notes :

[1] L’esprit de la bodhi : l’esprit qui recherche la Voie pour le bénéfice de tous les êtres

[2] L’esprit de la bodhi : l’esprit qui recherche la Voie pour le bénéfice de tous les êtres

 

Commentaires de l'article

 
pannetier
Le 15 novembre 2011
Les Trois Trésors sont trois : c’est important de parler de ce que doit être la Sangha. La Sangha c’est ceux qui transmettent le Dharma à l’humanité pour la libérer de la souffrance ; le dojo zen est partout où le Dharma peut être transmis ; lorsque la Sangha se tourne vers le Maître pour recevoir l’enseignement c’est pour se tourner ensuite vers l’humanité, sinon le dharma est perdu. le bodhissatva Frédéric Sô Den Pannetier
 
Thierry
Le 25 janvier 2015
Bonjour, J’aurais voulu savoir combien de temps il faut pour demander à prendre refuge ? Merci pour vos réponses
 

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