La Bonté des Tigres (suite)

Le 10 mars 2012, par Daishin,

Kerry Stewart  : Dans ce programme appelé « La bonté des tigres », nous explorons les façons dont les femmes pratiquent et enseignent le Bouddhisme, et les réactions à la fois des sociétés asiatiques et occidentales face à leur présence croissante. En Asie, les nonnes se battent afin d’être reconnues, mais ici, en Australie, un monastère de la Forêt a été spécialement construit pour les nonnes par la communauté bouddhiste Theravada. Kanthi et Pohkien sont des pratiquantes dévouées de cette communauté et Sœur Ajahn Vayama en est l’abbesse.

Sœur Ajahn Vayama  : Le monastère pour les nonnes Dhammasara est situé dans la brousse dans les collines de Perth. Un bâtiment central que nous appelons la petite maison des nonnes dans lequel nous avons une salle consacrée aux pratiques et où nos disciples laïques nous font chaque jour des offrandes de nourriture et aussi d’autres choses dont nous avons besoin, les objets matériels nécessaires pour le fonctionnement du monastère. Et elles reçoivent aussi les enseignements ; c’est un endroit important pour les femmes et pour les femmes bouddhistes parce que c’est la première fois que les nonnes reçoivent les mêmes infrastructures que les moines pour leur pratique. Il est beaucoup plus facile pour les femmes d’avoir un lieu où aller où elles sont libres ; ce n’est pas qu’elles ne peuvent pas être ainsi avec les moines, mais il y a une sorte de distance avec les moines.

Pohlien  : Oui, je ressens la même chose. Les moines, il y a tout de même une différence physique ainsi qu’une distance à cause de la pratique. On ne peut pas être trop près d’eux et ils essaient de garder une distance à cause des règles. Mais avec les nonnes, vous pouvez toujours les respecter en tant qu’enseignante mais vous êtes plus ouverte.

Kanthi  : Quand une femme offre quelque chose aux moines, l’objet doit être mis dans un tissu jaune, ils n’accepteront rien de vous directement. Mais au Sri Lanka ce n’est pas ainsi, ni en Birmanie, seulement dans la tradition Thaï. J’ai été vraiment interloquée en venant à Perth, la première fois que c’ est arrivé, je me suis sentie assez libre pour dire à un moine ce que nous ressentions vraiment, mais je ne crois pas qu’il m’ait comprise- que nous nous sentons un peu inférieures car nous sommes impures ou quelque chose comme ça.

Pohlien  : En général, nous nourrissons les moines comme s’ils étaient encore nos enfants. Je veux dire comme en hiver par exemple, nous sommes toujours beaucoup plus prévenantes, nous leur donnons probablement plus de soupe ou de choses comme ça, ils ont besoin de plus de nourriture qu’en été, et plus d’attention, je pense que nous sommes plus sensibles à leurs besoins.

Soeur Ajahn Vayama  : A mon sens, un aspect positif de la croissance du bouddhisme dans une culture non bouddhiste, est que beaucoup de gens ayant grandi dans une culture bouddhiste et donc prenant la pratique bouddhiste comme allant de soi, n’ont jamais vraiment eu à développer une compréhension personnelle profonde de l’enseignement, et quand ils sont déplacés de leur culture vers une culture non bouddhiste, ils sont obligés de réfléchir à ce qui est vraiment important dans le bouddhisme.

Qu’est-ce qui m’aide à bien vivre ma vie ? Et de façon similaire, les personnes de culture non bouddhistes qui vont vers le bouddhisme, disons par exemple des personnes élevées dans la religion chrétienne ou juive veulent savoir ce qui fait le cœur du bouddhisme, non pas les fioritures mais qu’est- ce que cela offre réellement en termes de valeur ajoutée dans leur vie ?

A cause de ces deux choses, je trouve qu’un des traits est que les gens ont l’esprit plus ouvert, ils sont plus disposés à l’innovation quand ils regardent ce qui fonctionne et ne fonctionne pas dans le bouddhisme. En particulier cela nous concerne car l’empressement des gens à innover (être créatifs) et à regarder en dehors du conditionnement culturel traditionnel fait que le monastère de nonnes est possible.

Si les gens ne mettaient pas tant d’empressement dans l’innovation, je parle de la communauté laïque, alors ils pourraient dire : « Nous n’avons pas besoin de nonnes, nous avons déjà les moines. Nous n’avons pas besoin des nonnes car les femmes n’en sont pas capables. Il n’y a aucune nonne dans cette tradition ; les nonnes n’ont pas besoin d’une aussi grande propriété, elles peuvent très bien se débrouiller avec les locaux derrière le centre de pratique de la ville, pourquoi ont-elles besoin de vivre dans la forêt ? Laissons- les continuer à prendre soin des laïcs dans leur rôle de travail social ou toutes ces choses que nous considérons comme les rôles que les femmes doivent jouer. »

Et parfois nous voyons même que le bouddhisme semble conseiller les rôles que les femmes devraient jouer, même quand elles prennent le chemin de la vie sans foyer.

Kerry Stewart  : Mais est-ce que les enseignements que les femmes donnent ne contiennent pas des différences avec ceux des moines ?

Bikkhuni Dhammananda  : L’enseignement général qui est la plupart du temps donné par les moines est projeté d’un point de vue masculin, c’est pourquoi il est de notre responsabilité en tant que femmes, en tant qu’enseignantes féminines de partager le merveilleux enseignement du Bouddha. Pour vous donner un exemple : au temps du Bouddha, on trouve le cas d’une bikkhuni qui était enceinte. Les moines n’en parlaient jamais et ils pensaient que c’était quelque chose à cacher, à ne pas mettre en avant, mais je continue à en parler parce que je pense que cette histoire montre la compassion du Bouddha, la vraie compassion, qu’il avait pour les femmes.

Cette nonne était enceinte, et elle reçu l’ordination, donc elle ne savait pas qu’elle attendait un bébé au moment de l’ordination. C’est seulement quand la grossesse fut avancée que cela s’est su. Son maître, un moine, voulu qu’elle rende son kesa, qu’elle quitte la Sangha, mais elle insista en disant qu’elle n’avait rien fait de mal, qu’elle n’avait pas rompu les préceptes reçus, et ainsi jusqu’à ce que le Bouddha intervienne.

Et bien sûr, le Bouddha devait savoir qu’elle était sincère, mais seulement il savait que cela ne suffisait pas. Il devait le faire savoir à la communauté car cette nonne vivait dans la communauté. Il mit en place une commission dirigée par Visakha, une disciple laïque importante, et finalement celle-ci découvrit que cette femme était enceinte avant son ordination, ainsi elle était pure après son ordination, elle n’avait enfreint aucune règle majeure.

C’est ainsi que le Bouddha lui permit de garder sa robe, elle donna naissance au bébé et le nourrit pendant un an avant de le faire adopter. Être une mère, être une femme, je sais combien cela veut dire pour nous, les femmes, c’est pourquoi je continue à raconter cette histoire.

Traduction Jokei Ni ( suite le mois prochain)

- Photos des nonnes tibétaines dans La bonté des tigres : Boris Joseph, parues dans La Vie 2/02/12 : « Yarchen, la Cité des moniales »

Un site à recommander sur les nonnes bouddhistes : <http://www.sakyadhita.org/france/index.html>

 

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