Quand le temps sera venu, naturellement

Le 10 mars 2012, par Daishin,

Quand le temps sera venu, naturellement « Je trouve que cet interview pose de bonnes questions, qui concernent autant l’évolution du bouddhisme en Europe qu’en Amérique. Cette évolution, et la réflexion qui doit l’accompagner, le questionnement de notre approche, de nos pratiques et de notre compréhension, sont l’affaire et la responsabilité de tous, pratiquants et enseignants également. »

Joshin Sensei

Buddhadharma  : En s’étendant vers l’Occident, le bouddhisme a pris des formes diverses, certaines extrêmement adaptées à la vie moderne et d’autres tout à fait traditionnelles. D’après vous, quel est le rapport entre l’essence du bouddhisme et les formes de sa diffusion ?

Eido Roshi  : Je suis né et ai été éduqué au Japon, comme vous le savez. La forme est si importante dans ce pays. Il semble qu’il n’y ait pas de séparation entre l’essence et la forme : la forme est une manifestation de l’essence.

En arrivant aux Etats-Unis, j’ai apporté ce que j’avais appris, et je dirais que ma façon de présenter le bouddhisme était de présenter sa forme : comment se lever, comment réunir ses paumes, comment s’incliner, comment respirer, etc.... Comment faire ceci, comment faire cela.

Au début, les américains étaient assez obéissants, à cause de leur curiosité et de leur enthousiasme pour apprendre des choses nouvelles. Mais comme vous pouvez l’imaginer, il y a eu un moment où ils ont commencé à résister à la forme. Ils ont commencé à dire : « Eh bien, le bouddhisme n’est pas une forme, c’est un esprit. C’est l’essence qui est importante, pas la forme. »

Voilà ce que j’ai entendu sans cesse tout au long des années, et quand je soutenais la tradition japonaise, ils disaient toujours : « Eh bien, c’est l’Amérique, nous sommes américains. » Ce qui est vrai. C’est l’Amérique et mes étudiants sont en majorité américains.

Je leur ai souvent demandé : « Pourquoi dans ce cas continuez-vous à venir ici ? » Ils répondaient : « Il y a une attraction indescriptible. » C’est sûr qu’elle est indescriptible. Même pour moi elle est indescriptible. Vivre dans un cadre propre, soigné, rigoureux - un genre d’atmosphère naît de la forme, qui n’est rien d’autre que l’essence. On ne peut pas séparer ces deux aspects.

Et pourtant comment peut-on garantir que l’essence est toujours là quand la forme évolue d’une culture à une autre ? Il y a beaucoup de confusion autour de cette question.

En réalité cette confusion est inévitable - c’est un cadeau inévitable, devrais-je dire. Si nous ne sommes pas confus nous ne pouvons rien créer de nouveau. Cette confusion pourrait continuer pendant un certain temps, peut-être cinquante ans, cent ans ou plus encore. Et le nouveau bouddhisme américain prend forme, quand le moment est venu.

Voilà comment je vois les choses. Y a-t-il une différence entre ce que vous dites et ceux qui prônent la création d’un bouddhisme américain maintenant ? C’est une question de degré de patience. Il me semble que le style américain c’est plutôt : « Plus il y en a et plus c’est rapide, mieux c’est. Il vaut mieux plus que moins ; il vaut mieux la rapidité que la lenteur. »

Mais quand on regarde le Bouddha Shakyamouni, son combat a duré des années et des années. Cela n’a pas été une illumination soudaine. Et il a progressé tout seul - il n’y avait pas de Sangha, pas d’enseignant.

Ainsi en se tournant vers les origines du bouddhisme, on voit que ce n’est pas forcément comme le mode de pensée américain - « Plus il y en a et plus c’est rapide, mieux c’est ». Il y a dans le bouddhisme un élément, une essence qui ne peuvent être accélérés. Nous devons suivre la Voie sans cesser de faire des efforts, jusqu’au moment venu. Il n’y a pas de raccourci.

Interview de Eido T. Shimano Roshi, Bodhidharma Fall 2004, traduction Marion. (1ère partie)

 

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