Douleur, souffrance et enseignements du Bouddha

Le 10 mars 2012, par Daishin,

Parmi les premiers enseignements du Bouddha après son éveil, il y a eu les Quatre Nobles Vérités. Les trois premières, à propos de l’omniprésence de la souffrance, son origine et sa cessation, trouvent dans la recherche neuro-scientifique un appui solide.

Les opinions du Bouddha, en particulier sur la souffrance liée à la douleur physique, s’avèrent valides, et peut-être même plus avancées que celles de l’Occident -surtout celles qui précédaient les nouvelles théories scientifiques sur la douleur apparues dans les années 60.

Depuis cinquante ans et tout spécialement ces dix dernières années, les scientifiques étudiant notre cerveau ont exploré les origines de la souffrance et ce qu’ils ont découvert ressemble de façon frappante à la parabole des deux flèches, grâce à laquelle le Bouddha a transmis une façon habile de faire face à la douleur physique.

Le Bouddha a enseigné que la douleur physique est comparable au fait d’être touché par une flèche. Celui qui ne résiste pas à la douleur physique ressent seulement cette flèche. Pourtant la plupart de ceux qui expérimentent la douleur y ajoute une couche de souffrance émotionnelle. L’angoisse devant la douleur est comparable au fait d’être touché par une seconde flèche. Bien que nous ressentions habituellement la douleur physique comme un phénomène unique, elle est en réalité composée d’éléments distincts qui incluent la sensation elle- même et une part d’aversion que nous appelons souffrance.

Non seulement cette aversion crée la souffrance (la seconde flèche), mais il est de plus en plus clair que l’attitude de la personne peut influer sur la première flèche, les sensations de douleur elles-mêmes. Siegel est un spécialiste du traitement des douleurs chroniques du dos. Il est convaincu que la plupart des des douleurs chroniques du dos sont dues à des tensions musculaires plus qu’à des problèmes structurels du corps.

Le mal au dos et beaucoup d’autres troubles de la douleur proviennent d’une boucle de feed-back stimulée par la peur et les pensées négatives qui font se contracter les muscles. « Quand nous expérimentons une douleur physique en craignant qu’elle soit causée par une blessure, nous concentrons toute notre attention dessus. Et le simple fait de porter une attention anxieuse à la douleur augmente l’expérience de la douleur. » dit Siegel.« Ces problèmes sont entretenus par la peur de problème. »

Dans ces cas-là, il est convaincu qu’un changement d’attitude peut faire diminuer non seulement la souffrance mais aussi le niveau de douleur du muscle lui-même. « En tournant notre attention vers le phénomène dont nous avons peur et en essayant de dire vraiment « oui » aux sensations, toute cette réaction d’aversion tend à diminuer. », dit-il. Siegel met en garde les personnes qui ressentent une douleur inexplicable : celles-ci devraient d’abord consulter un médecin pour s’assurer que la douleur n’est pas le symptôme d’une maladie grave.

Mais si le médecin ne détecte aucune menace, et si les maux et la douleur sont le problème principal, alors la pleine conscience pourrait constituer un traitement approprié. Cependant la pleine conscience n’est pas une panacée. Ironie du sort, Siegel était déjà un pratiquant bouddhiste au moment où il a été terrassé par un mal de dos qui l’a obligé à rester pratiquement couché pendant des mois.

Comme il l’écrit dans son livre, « Back Sense », ce n’est qu’en étudiant la méthode qu’il enseigne aujourd’hui qu’il a pu se libérer de la douleur et retrouver une vie normale. « Je me suis complètement laissé prendre par le symptôme, malgré la pratique de la méditation » dit Siegel. « J’essayais bien de méditer avec la douleur, mais je pensais qu’en bougeant librement je risquais de me blesser ».

Cette croyance erronée a suffi à maintenir son problème de douleur. « C’est là que la compréhension et la connaissance jouent un rôle décisif », dit Siegel. « La pratique m’a effectivement aidé une fois que j’ai appris quel était le vrai problème ». Le « cingulate » (mot dérivé du Latin pour « ceinture ») est une région complexe avec de nombreuses fonctions différentes, mais les scanners du cerveau et les études anatomiques montrent que l’une de ses fonctions est d’agir comme une alarme neuronale.

Elle est activée par la douleur physique, mais aussi, comme le montre la recherche de la psychologue UCLA Naomi Eisenberger, par la souffrance émotionnelle telle que la blessure due au rejet social. Peut-être que le mot « souffrance » est celui qui traduit le mieux la part de rejet contenue dans la souffrance physique aussi bien qu’émotionnelle. Nos réactions à la peur et à la douleur se chevauchent dans une sous-région du cingulate. Celle-ci prépare le corps à fuir.

Quand l’alarme est donnée, nous contractons nos muscles afin de pouvoir nous échapper rapidement. Mais Ronald Siegel nous avertit que si nos muscles restent contractés longtemps, cela peut entraîner une douleur supplémentaire. La bonne nouvelle, c’est que la sensation d’alarme a beau se déclencher de façon automatique, il est possible de la laisser passer.

Des scientifiques comme Naomi Eisenberger sont en train de découvrir que les régions pré-frontales du cerveau, associées à la pensée consciente, sont connectées aux régions émotionnelles et régulent celles-ci. Quand nos sens perçoivent quelque chose qui pourrait être une menace, la région du cingulate génère l’expérience de souffrance pour nous forcer à faire attention. Puis les régions pré-frontales jugent s’il y a réellement une menace.

S’il n ’y a pas de menace, (si ce qui arrive est acceptable), alors il semble que les régions pré-frontales inhibent l’alarme neurale du cingulate. Nous détendons nos muscles, respirons profondément et nous sentons soulagés. Ainsi, quand nous expérimentons des sensations de douleur sans avoir peur, l’impression de souffrance retombe.

Ceci est la base physiologique de la parabole des deux flèches. L’impact de la deuxième flèche est dû à notre résistance. Il disparaît avec l’acceptation. Le chercheur en psychologie J David Creswell ajoute : « Il semble qu’il y ait une logique de fonctionnement qui montre que la méditation en pleine conscience réduit efficacement les symptômes de douleur chez les personnes sujettes aux douleurs chroniques ».

Il fait pourtant remarquer que la pleine conscience ne diminue pas forcément la réelle sensation de douleur. « En réalité, dit-il, je pense que plus on est attentif à la douleur, plus on l’expérimente de façon directe » Par contre, la pleine conscience fait diminuer la souffrance émotionnelle qui accompagne généralement la douleur, la seconde flèche dans la parabole du Bouddha. « Je pense que ce qui se passe en réalité, c’est qu’il y a une sorte de dissociation de la sensation de douleur et de la réaction émotionnelle à cette douleur quand on est en pleine conscience. »

On pourrait penser que l’attention seule est trop passive pour affecter nos réactions émotionnelles, mais en fait, quand nous faisons réellement attention à quelque chose, le cerveau est très actif.« Simplement en observant et en remarquant la façon que vous avez de répondre, vous activez les ressources permettant de réguler cette réponse ».

Rick Heller Boddhidharma automne 2010 ; Traduction Marion

 

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