La bonté des tigres : (fin)

Le 1er mai 2012, par Daishin,

« La Nature de Bouddha se répand dans tout l’univers, existant ici et maintenant. Unissons-nous avec : Les Sept Bouddhas précédents, Dai Osho, le Bouddha Shakyamuni Dai Osho... »

Maggie Gluek : Ce sont les femmes du centre Zen de Sydney qui chantent une dédicace à la moitié de la cérémonie des chants de sutras. Je m’appelle Maggie Gluek et je suis une élève enseignante du centre Zen de Sydney.

Cette dédicace rend hommage aux ancêtres importants de notre lignage Zen, plus particulièrement dans l’école Sôtô Zen, remontant aux Sept Bouddhas mythiques, et au fondateur, le Bouddha Shakyamuni, Bodhidharma et d’autres maîtres importants qui leur ont succédés. Et le mot « Dai Osho » chanté à la suite de chaque nom, veut dire « grand maître ».

En ce qui me concerne, je pratiquais le Zen et chantais cette dédicace depuis de nombreuses années, sans en éprouver aucun manque, et cela jusqu’au début des années 90 quand notre enseignant à cette époque, John Tarrant, ajouta une ligne à la dédicace : « Les innombrables femmes, des siècles de femmes éveillées, qui portent dans leurs bras notre zazen, Dai Osho ».

Nonne Japonaise, Musée Guimet « Portent dans leurs bras notre zazen », en fait je pense que ce rajout reconnaît le féminin d’une façon plus large, pas seulement les femmes enseignantes et étudiantes, mais cela exprime une tolérance, un étreinte, un accueil qui nous soutient tous dans notre pratique.

Et pour toutes les femmes de la Sangha, je crois que cela a été extrêmement important. Ne pas avoir réalisé que quelque chose manquait, et puis soudain avec cette ligne rajoutée, cette ligne importante, toutes les femmes qui étaient venues avant nous étaient reconnues. Je l’ai ressenti comme si les choses étaient rééquilibrées.

Kerry Stewart : En Birmanie, le bouddhisme dans la relation au régime militaire est un problème complexe. Toutefois, beaucoup de bouddhistes occidentaux y vont pour des retraites et des séances de méditation.

Quand Daw Arynani était jeune elle a voyagé de Suisse en Birmanie pour étudier la médiation dans la tradition Theravada. Elle y est restée et est maintenant une nonne qui enseigne là-bas et en Europe.

Est-ce que les valeurs féministes dans lesquelles elle a été élevée en Europe s’opposent aux traditions birmanes dans la façon dont les femmes sont traitées ?

Daw Arynani : Au début, j’ai plusieurs fois ressenti tant de pitié pour ces femmes birmanes, et spécialement pour les nonnes, d’abord parce que j’étais une nonne occidentale, ils me respectaient plus que les nonnes birmanes, et la différence de respect entre les moines et les nonnes, c’était si douloureux à voir.

Je pensais aussi que j’allais aider les nonnes birmanes, surtout celles avec qui je me sentais reliée, je me disais que je devais élever leur niveau et faire quelque chose pour leur condition. Aussi quand j’ai eu terminé ma période de méditation intensive, je suis restée dans le centre de méditation et j’ai appris le birman, j’ai étudié leur culture et les conventions sociales, et j’en suis arrivée à réaliser que j’étais une femme occidentale, seule, et que je ne pouvais pas changer toute une culture, et une structure sociale qui existait en Birmanie depuis des siècles. Cela m’a rendu un peu plus réaliste.

Mais j’ai simplement essayé d’apporter par petites touches un peu plus de respect ou de reconnaissance pour les femmes, pour les nonnes. Le fait est que maintenant je dirige des retraites de méditation, c’ est assez inhabituel en Birmanie qu’une nonne se retrouve en position d’enseignante. Mais je pense vraiment qu’en tant qu’occidentale il a été plus facile d’atteindre cette position ; maintenant au moins en tant que nonne appartenant à la tradition birmane, je suis à cette place, alors peut-être, non je suis sûre que cela aide aussi les nonnes birmanes, et qu’un jour elles pourront aussi se trouver dans une condition plus respectée, à une place d’enseignante.

Croyez-vous que le doute sur l’implantation du Dharma ici en Occident, ou la tentative d’en faire une stratégie, démontre un manque de confiance dans le Dharma ?

A mon avis, pour parler de la confiance dans le Dharma, on pourrait aussi dire : connaître le goût du Dharma. C’est comme le goût du thé : amer, et pourtant doux. Il est nécessaire d’avoir expérimenté le Dharma pour en connaître le goût. Quand nous avons une expérience du Dharma, nous connaissons le goût du Dharma, et ensuite la foi dans le Dharma survient.

Il n’est pas question de la cultiver ou de croire, comme dans d’autres traditions. Le goût du Dharma – son goût d’ambroisie, c’est la première étape. Ce n’est pas une stratégie. Cela arrive ainsi, naturellement. Il me semble que vous faites ressortir la différence entre tariki, « l’autre pouvoir », et ce qu’on appelle jiriki, « l’effort personnel ». Pour moi ils sont inséparables, si votre question est de savoir si l’effort personnel est indispensable ou si l’autre pouvoir va tout réaliser par lui-même.

C’est comme la forme et l’essence. Votre effort est indispensable, et la protection du Dharma est en même temps indispensable. Tant qu’il y a un effort personnel, le Dharma nous protège toujours. Jiriki donne naissance à tariki, tariki donne naissance à jiriki. Si vous pouvez croire cela, c’est ce que j’appelle la foi dans le Dharma.

Il y a beaucoup de désaccords parmi les Bouddhistes américains à propos de ce qu’est le Dharma authentique, on pointe du doigt en disant : « Vous ne faites pas cela correctement » et « Ceci ou cela corrompent telle chose ». Que faire quand on croit que le Dharma n’est pas correctement présenté ? Est-ce qu’on devrait en être préoccupé, parce que beaucoup de bouddhistes le sont ?

L’authenticité est le mot que j’utilise souvent. Alors, qui est vraiment authentique ? L’enseignant, son élève, ou ses élèves ? J’utilise souvent la métaphore de la photocopie. Il y a l’original, et puis vous faites une copie qui est un peu moins nette que l’original. Puis vous utilisez celle-ci pour faire une troisième copie, qui est encore moins nette. Vingt-huit générations après, vous pouvez voir comme ce n’est pas tout à fait… - rires-. C’est exactement ce qui se passe . Si nous sommes des enseignants authentiques, si les enseignements sont correctement transmis, nous sommes censés être aussi grands que le Bouddha Shakyamouni. Mais nous ne le sommes pas, n’est-ce pas ?

Alors il y a eu une fuite quelque part, d’une façon ou d’une autre. Surtout entre le Tibet et les Etats-Unis ou entre le Japon et les Etats-Unis, il y a un fossé culturel – le langage n’est pas du tout le même, la culture n’est pas du tout la même. Et pourtant nous essayons de transmettre le bouddhisme tibétain aux américains, ou le bouddhisme Zen japonais aux américains. Il y aura naturellement une fuite quelque part, et à ce moment l’authenticité va devenir douteuse.

Mais d’un autre côté, avec la Nature de Bouddha américaine, avec le style de pratique américain, sur le sol américain, tant qu’il y a quelqu’un qui s’assure que les enseignants américains ont une vraie compréhension et qu’ils cultivent divers aspects de la pratique, alors ce qu’on peut appeler un enseignant non-authentique pourrait devenir un jour authentique. Pour cela je crois dans le bouddhisme américain.

Mon avis, pour conclure : tout d’abord, je suis tout à fait optimiste. Ensuite, le bouddhisme américain va s’établir tôt ou tard – pour les Américains, par les Américains, dans ce pays. Nous ne savons pas quand cela va arriver. Peut-être que personne ne le sait. Mais tant que nous sommes en vie, nous devons tous faire notre propre effort. Et tant que nous faisons un effort, le Dharma nous protégera. Continuons notre route avec cette conviction ! »

Interview de Eido T. Shimano Roshi, Bodhidharma Fall 2004, traduction Marion.

« Je trouve que cette interview pose de bonnes questions, qui concernent autant l’évolution du bouddhisme en Europe qu’en Amérique. Cette évolution, et la réflexion qui doit l’accompagner, le questionnement de notre approche, de nos pratiques et de notre compréhension, sont l’affaire et la responsabilité de tous, pratiquants et enseignants également. » Joshin Sensei

 

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