Faire la paix

Le 1er mai 2012, par Daishin,

"Le renoncement ce n’est pas d’abandonner les choses du monde, c’est accepter qu’elles disparaissent." Suzuki Roshi

Il n’y a ni passé, ni futur en dehors de nos esprits. Il n’y a rien de caché. Nous essayons comme des fous de trouver qqc appelé le "soi". Ce merveilleux soi caché. qu’est-ce qui est caché ? Nous espérons quelque chose qui va prendre soin de nous parce que nous ne réalisons pas que nous sommes déjà le soi. Il n’y a rien, autour de nous, qui ne soit pas le soi. Alors, que cherchons-nous ?" 

"C’est le paradoxe : en reconnaissant totalement la peine, la joie, la responsabilité de ma vie - si je vois clairement ce point - alors je suis libre. Je n’ai pas d’espoir. Je n’attends rien."

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Mains

"Prendre soin de ceci, de cela et encore de cela. La merveille de nos vies nous échappe parce que nous espérons qqc de spécial, un certain idéal."

"Rester avec la seule chose qui soit réelle dans cet instant : l’expérience de la respiration, du corps et de l’environnement." Joko Beck

Je voudrais offrir 3 approches de "peacemaking" bouddhiste. Le don, la non-peur, et le renoncement. La pratique essentielle de la paix est le don, dana. Donner son attention, son amitié et aider matériellement. Donner des enseignements spirituels, s’occuper de la Sangha.

Le don est la première paramita et la méthode pour guider. Le don inclut toutes les autres paramitas. Le don commence par soi-même. Je me donne à la pratique et la pratique s’offre à moi. Dans ma recherche de la paix et de la libération, je trouve qu’il y a toujours l’odeur de la guerre, le goût des larmes, le doute corrosif, le délabrement de mon corps et de mon esprit.

La guerre est ici, à l’endroit même ou je me cache, à savoir derrière le masque de l’attachement à soi-même. Me coupant des autres. Le vrai don c’est de recevoir le cadeau du coeur-esprit de zazen et de le transmettre aux autres à travers mots et actions. C’est-à-dire ne rien cacher.

Nous faisons des offrandes et guidons de diverses façons. Dans le texte de Maître Dogen : "Bodhisattva Shishobo", on trouve 4 façons de guider les êtres à travers le don, la parole aimante, l’action bénéfique et l’identification, qui se développent sur les propres enseignements du Bouddha. En pali, on les nomme Sangaha Vatthu ou le fondement de la paix pour l’unité sociale.

Le coeur de ces enseignements est la compréhension que la paix crée la relation. Dans un premier temps on partage l’enseignement et au plus haut niveau il y a simplement relation, l’être qui se renouvelle sans cesse, la vaste assemblée des bodhisattvas.

L’offrande/le don est un don aussi longtemps qu’il est en circulation. Un moine ou une nonne va de porte en porte avec son bol a aumônes, ou bien ouvre ses bols dans la salle de méditation. Le bol est vide, et pourtant dans ce monde matériel, la nourriture est offerte afin que chacun puisse vivre. Le vide et la forme agissent l’un sur l’autre et forment une danse. Après avoir mange, le moine ou la nonne transforme cette nourriture en action et en pratique, retournant dans le vide de l’interdépendance et le rapport qui lui est à nouveau offert de nourrir tous les êtres.

La danse de la paix continue.

Quand nous incarnons réellement le voeu du bodhisattva de sauver tous les êtres sensibles, alors zazen est un don intime qui nous transforme. Nous le recevons avec gratitude de nos ancêtres et de tous nos enseignants et à notre tour, nous le transmettons.

La pratique de la paix est la non-peur. Cela vient aussi de dana, donner et recevoir. Pour pouvoir donner quelque chose à un ennemi ou un adversaire, on doit être sans peur. La paix, ce n’est pas simplement des mots et des comportements modérés. Il y a du courage, de la force et de la vigueur dedans.

Je pense souvent au Cambodgien Maha Ghosananda qui décida de traverser son pays à pied alors que la guerre civile faisait rage. Sa robe safran était à la fois un refuge et une cible. Pendant zazen, nous devenons intime avec toutes sortes de peurs. Des peurs très personnelles. Nous en venons à voir que la peur de la mort ou d’une perte importante n’est pas si différente de situations moins éprouvantes telles que rencontrer son Maître face a face, diriger une nouvelle cérémonie ou simplement s’asseoir en paix. La peur elle-même a une ouverture sur l’inconnu. Si vous continuez a faire la paix en ayant conscience de votre propre peur, il y a un lieu ou la peur de quiconque tombe. Le respect mutuel émerge.

Un troisième élément de "peacemaking" est le renoncement ou l’abandon. Bien sûr, là aussi, c’est inséparable du don. Dogen Zenji a écrit : "Si vous étudiez attentivement le don, vous voyez que à la fois accepter et abandonner le corps est donner." Dans le Shobogenzo Shoji Maitre Dogen nous enjoint à abandonner notre corps et notre esprit, les oublier et les jeter dans la maison du Bouddha.

Mains de Bouddha

Mais l’abandon de soi n’est pas un pratique facile dans le monde matérialiste dans lequel nous vivons aujourd’hui. Le deuxième précepte du bodhisattva est de ne pas prendre ce qui n’est pas donné. Pour les personnes vivants dans les pays dit développés (USA, Europe, Japon), c’est pratiquement impossible. L’injustice de la pauvreté et la richesse est en elle-même une sorte de violence. Chaque fois que nous conduisons une voiture, que nous prenons l’avion, chaque repas pris dans un restaurant nous implique dans une certaine violence. Nous sommes des voleurs. Mais nous vivons dans ce système.

C’est a chacun de nous de cultiver la conscience du lien entre consommation et violence. Nous commençons à faire des choix sur ce qu’est la vraie valeur de nos vies et combien nous valorisons la vie des autres. A ce point d’abandon, le renoncement est possible, mais nous devons aller plus loin. Jusqu’à ce que nous commencions à lâcher prise de notre égocentrisme et de nos désirs, nous ne pouvons pas vraiment écouter ou parler aux autres de la paix. Nous avons du mal à comprendre qu’il n’y a pas d’"autre". Ouvrir notre oeil du Dharma implique le renoncement aux privilèges. Il n’y a pas d’écart entre soi et les autres. Shunryo Suzuki écrit : "Le renoncement ce n’est pas d’abandonner les choses du monde, c’est accepter qu’elles disparaissent."

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Le bodhisattva Kanzeon

Le bodhisattva marche parmi nous. A chaque respiration, chacun de nous peut devenir un être éveillé, puis à la respiration suivante, nous pouvons tomber dans nos vieilles habitudes de laisser aller et de violence. Zazen nous révèle que ce choix est toujours présent. Nos actions illusoires et blessantes contiennent les graines qui donnent naissance à des fleurs du mal ou des fleurs de paix merveilleuses.

Je vous en prie, ne perdez pas votre temps. Respectez notre tradition et nos ancêtres et soyez réellement responsables de tous les êtres maintenant et dans le futur.

Hozan Alan Senauke Symposium "Le Zen de Maitre Dogen et son importance pour notre temps". 1998. Stanford University. Trad. Jokei Ni

 

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Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

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