Question aux Maîtres : Les Bouddhas pensent-ils ?

Le 6 juin 2012, par Daishin,

Du point de vue des soutras, la « pensée » est l’esprit qui attrape son objet avec sa signification. Quand nous disons « pomme », par exemple, notre esprit saisit une image de pomme parce que nous avons associé la signification avec ce mot et c’est ce que nous saisissons dans notre esprit.

Quand nous disons « je », ou « moi », il se peut que nous nous identifiions avec une titre, un statut, un sexe, une religion, ou même avec la douleur – et toutes ces choses impliquent la mouvement de l’esprit ou de la pensée. S’il n’y a pas de pensée, il nous est impossible d’attraper. Le samsara, ou la souffrance existentielle, est le résultat de la saisie. Un Bouddha, par définition –celui qui est libre de la souffrance existentielle-, n’a pas un esprit qui saisit. Puisqu’un Bouddha ne saisit pas, il ne pense pas.

Ce que perçoit un Bouddha est la conscience pure, ou rigpa, laquelle n’est pas un produit de l’esprit qui bouge ou qui pense, mais la perception directe. Il est tout à fait impossible pour la pensée d’expérimenter directement la vraie nature de l’esprit, c’est pour cela que dans le Dzogchen on n’encourage pas la pensée puisqu’elle ne va pas nous libérer de la souffrance. Bien que nous puissions admettre par convention que la pensée de faire du bien à un autre est préférable à une pensée de jalousie, nous devons nous libérer des pensées, même positives, si nous voulons atteindre la pleine réalisation. Ceci en raison de leur implication avec la saisie de l’esprit.

La saisie de l’esprit est source de souffrance. La douleur et l’insécurité sont présentes dès qu’apparaît la saisie de l’esprit. Cependant nous sommes tellement habitués à ce malaise que l’habitude elle-même est confortable et que nous considérons rarement nos pensées comme une expression de la souffrance. En réalité, nous sommes persuadés qu’en améliorant nos pensées, et par là leurs résultats, notre vie sera meilleure.

Si nous sommes disposés à reconnaître que nos pensées sont une expression de souffrance, faut-il alors leur déclarer la guerre et essayer de s’en débarrasser ? Ce n’est pas ce que recommande le Dharma. D’après les enseignements, afin de faire de notre souffrance un chemin, nous devons utiliser les pensées comme porte de la libération de la pensée. A la base, la pensée sert à soutenir notre cheminement, non pas grâce à des pensées plus intelligentes ou meilleures, mais grâce à l’observation directe, laquelle n’implique pas la pensée. Nous observons directement l’esprit qui pense. D’où vient cette pensée ? Où va-t-elle ? Où est l’esprit ? Qui est en train de penser ? Qui est en train d’observer la pensée ? Quand vous observez directement l’esprit lui-même, vous ne pouvez rien trouver et vous demeurez en cet état.

La pensée est le mouvement et la nature de l’esprit. Vous pouvez penser n’importe quoi. Vous pouvez créer n’importe quoi. En laissant les pensées se déployer, nous pouvons inventer des histoires incroyables qui nous font rire et qui nous font pleurer. Plus nous nous identifions avec nos histoires et leur créateur, plus nous sommes pris dans notre souffrance. La libération de la souffrance n’est pas une question de trouver une meilleure histoire. Nous devons plutôt trouver le conteur. Et quand nous le cherchons, nous ne pouvons rien trouver de solide qui ne soit pas à son tour une autre histoire.

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Les pensées ne peuvent demeurer quand nous les regardons de façon directe et précise. Au moment de leur dissolution, il est possible que nous ayons conscience d’un observateur des pensées. Nous regardons alors cet observateur de façon directe et ouverte. Il disparaît lui-même à son tour, laissant place à l’ouverture et la clarté. C’est ici que nous demeurons dans une conscience ouverte. En regardant directement nos pensées sans y ajouter d’élaboration, nous découvrons que la pensée est comme un nuage se dissolvant dans le ciel. Nous nous référons à ce ciel comme la base, la source ou la grande mère de tout ce qui est. Nous voyons cet espace plus clairement en l’absence de pensée.

Mais la pensée nous apporte une expérience de contraste, un passage pour la découverte l’espace illimité de l’être, qui n’est pas un produit de l’esprit qui bouge et qui pense et qui n’est pas expérimenté par cet esprit mobile. L’espace infini de l’être est perçu directement et ouvertement par la conscience elle-même, rigpa. Parce qu’il n’y a pas de séparation entre la conscience et l’espace, on s’y réfère comme à une union. Celle-ci donne spontanément naissance à des qualités positives, telles que la compassion.

Alors ne rien faire pendant la pratique de la méditation. Laissez venir les pensées ; elles vont se dissoudre. Si ce n’est pas la cas, observez ouvertement et voyez-les se dissoudre. Au fil de la pratique, nous nous familiarisons de plus en plus avec l’ouverture que nous expérimentons quand notre saisie se dissout. C’est ainsi que nous reconnaissons notre nature véritable puisque les qualité positives de la bouddhéité sont naturellement et spontanément disponibles, pour le bien des autres.

Tenzin Wangyal Rimpoché Budhadharma Fall 2011 Trad.Marion

 

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