La rencontre du Dharma et de l’action

Le 8 octobre 2012, par Daishin,

Beth GOLDRING est une nonne bouddhiste Zen américaine qui depuis plusieurs années travaille au Cambodge auprès des personnes atteintes du sida, vivant ( et mourant) le plus souvent dans des conditions difficiles, tant matériellement que spirituellement. J’ai eu la chance de rentrer en contact avec elle, et l’association BrahmaVihara et je suis contente de présenter son action, et sa réflexion de nonne sur cette action. Joshin Sensei

On m’a demandé de parler de « Dharma et Action Sociale » ; beaucoup a déjà été dit, bien et avec sagesse. Le vénérable Thich Nhat Hanh a parlé de façon bouleversante de l’impossibilité de demeurer dans un monastère, à l’abri des bombes quand le monde extérieur est bombardé. Il tire sa compréhension de l’Action Sociale de l’intérieur du Dharma en s’appuyant sur la vacuité, l’interpénétration totale de tous les aspects de l’existence. Quand une main est blessée, dit-il, l’autre main se contente-t-elle de regarder ou bien cherche-t-elle, en réponse, quelque chose pour la guérir ?

Si nous comprenons que nous faisons partie du même tout, l’action de compassion se produit spontanément, sans même que l’on ait besoin d’y réfléchir. Dans le Zen, nous disons : « Si j’ai faim, je mange. Si vous avez faim, je vous nourris ». La compréhension, c’est qu’il n’y a plus de différence entre ces actions une fois que nous nous fondons sur la vacuité. Votre faim est la mienne.

Nous parlons aussi dans le Zen du Bodhisattva Kanzéon, connu sous son nom masculin du Bodhisattva Avalokiteshvara, comme ayant mille yeux et mille bras. Chaque bras possède un œil. Dès qu’il y a souffrance, elle produit un œil pour la voir et un bras pour l’atteindre.

Au Cambodge, le Vénérable Maha Ghosananda offre un exemple du Dharma vécu comme la manifestation de metta, à travers une marche annuelle pour la paix et un enseignement permanent. Tel le moine sur le champ de bataille des premières histoires bouddhistes, il apporte une paix rayonnante au cœur de la souffrance. Il cite souvent ce verset du Dhammapadda : « La haine ne s’éteint pas dans la haine. Seule la non-haine y met fin. C’est une vérité ancienne ».

L’un de vos leaders activistes parmi les moines thaï, parlant des banques de riz qu’il avait fondées, demanda : « Nous mangeons le riz des villageois. Comment ne les aiderions-nous pas dans leurs besoins ? ».

Le vénérable Phra Paisan Visalo a eu une vie aussi simple que possible dans les forêts profondes avec des études poussées et des efforts pour sauver le lac Songka, pour apporter la paix dans le conflit du Sud de la Thaïlande, et pour promouvoir la paix dans le monde.

Le vénérable Alongkot a fondé un hospice et un centre de soins pour les malades du Sida, dans les premiers temps de l’épidémie quand les gens mourraient et que les familles étaient terrifiées de les soigner. J’ai commencé à travailler avec les malades du Sida en 1995-1996 avec le vénérable Chinawaro, qui cherchait dans la médecine traditionnelle le moyen d’alléger leurs souffrances.

Nombre de grands enseignants de la méditation de la tradition Thaï, au XXème siècle –y compris les vénérables Buddhadhasa et Payutto, ont beaucoup écrit et enseigné sur l’Action Sociale et la réponse compassionnelle dans le monde.

La tradition tibétaine, à travers le Dalaï Lama et beaucoup d’autres, a illuminé la rencontre d’une profonde connaissance du Dharma et d’une action compassionnelle profonde. La capacité des nonnes, des moines et même des laïcs tibétains de supporter la souffrance extrême infligée par les Chinois, sans tomber dans la haine et la colère, est un extraordinaire exemple de pratique de la sagesse compassionnelle. Quand on demande au Dalaï Lama pourquoi il n’a pas de haine pour les Chinois qui ont pris son pays et lui ont fait tant de mal, il répond : « Pourquoi devrais-je leur faire don de mon esprit ? ».

Plus récemment nous avons vu en Birmanie des milliers de nonnes et de moines descendre dans la rue pour protester de façon non violente contre les privations économiques. Ils ont souffert et continuent à souffrir des conséquences de leur action. « Comment pouvons-nous rester dans les monastères quand les gens souffrent de la faim » disent nonnes et moines. Et récemment quelqu’un m’a rappelé l’histoire des moines prenant soin du Bouddha quand il était mourant. « Pourquoi ne prenez-vous pas soin des autres de la même façon ? » demanda-t-il. « Quand vous prenez soin d’eux, vous prenez soin de moi ».

Alors, quand j’aborde la question de l’action sociale bouddhiste, je parle à partir d’une tradition qui remonte aux origines et qui englobe les trois principales traditions bouddhistes.

Il y a cependant une autre facette importante à la question de l’action sociale bouddhiste. Quand nous parlons d’action sociale enracinée dans le Dharma, il est essentiel d’avoir quelque compréhension du Dharma. Il est essentiel qu’il y ait de la place pour l’étude, pour la retraite, pour les bases. Il est essentiel qu’il y ait une pratique selon les règles et de longues années d’efforts soutenus. Sans écoles de cette sorte pour les nonnes et les moines, sans lieux pour de longues retraites, sans maîtres de méditation, sans individus de grande érudition et sagesse, sans des enseignements profonds pour les laïcs dans les nombreux monastères de nombreux pays, sans toutes ces choses qui constituent l’étude formelle et la pratique du Dharma, l’action sociale perdra son enracinement et ne deviendra qu’une autre forme de Karma dans le monde. Parfois ce sera un karma habile, parfois malhabile ; mais il ne sera pas une forme de pratique bouddhiste ou une incarnation du Dharma.

Certes, il peut alléger la souffrance sur un plan pratique, mais sa capacité de transformation restera non développée. Sans l’opportunité d’étudier le Dharma dans les règles, nous sommes probablement incapables de développer la capacité de non-haïr, fondamentale dans l’action sociale compassionnelle.

Plus important encore, préserver et vivre la tradition –en particulier mais pas seulement- face à l’adversité comme cela s’est fait pendant de nombreuses années en Birmanie, c’est déjà en soi une forme puissante d’action sociale. Et la douceur d’une vie cachée accomplie dans la vacuité méditative remplit les six royaumes.

Ainsi, ce qui peut parfois apparaître comme deux tendances opposées entre bouddhisme moderne et traditionnel : méditation, étude en un retraite loin du monde et engagement direct dans la souffrance du monde, me semble être les deux faces de la même chose, comme deux mains ensemble ou –comme le dit l’un de nos soutras (L’identité du Relatif et de l’Absolu- Sandokai)) : « comme le pied avant et le pied arrière dans la marche ». (1ère partie)

Beth GOLDRING Trad. M.C.Calothy A. Delagarde .

<http://www.brahmavihara.cambodiaaidsproject.org>

 

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