Question aux Maîtres : Les Bouddhas pensent-ils ?

Le 8 octobre 2012, par Daishin,

Question aux Maîtres : Les Bouddhas pensent-ils ?

Zenkei Blanche Hartmann

Pour aller vite je dirais que oui, les Bouddhas pensent. J’ai pourtant un autocollant sur ma voiture qui dit : « Ne croyez pas à tout ce que vous pensez », parce que nous nous identifions si souvent avec nos pensées et que nous y installons un soi. La question d’avoir « raison » peut devenir tout à fait émotionnelle et nous entrons dans des discussions et conflits passionnés pour défendre notre point de vue.

Peut-être que si on entend dans les instructions de méditation qu’il ne faut pas se laisser emporter par les pensées, on s’imagine qu’on est censé arrêter de penser. Un étudiant a dit un jour à Suzuki Roshi : « Je ne peux vraiment pas arrêter de penser. Que dois-je faire ? » Le Roshi a répondu : « Y a-t-il un problème avec la pensée ? »

Le Canon Pali est une large collection d’exemples de la façon dont pensait le Bouddha Shakyamouni ; et toute la vaste littérature des enseignements et commentaires des ancêtres Bouddhas depuis 2500 ans, provenant de nombreux pays et cultures différents, sont des exemples de la façon dont pense un Bouddha. L’intention d’un Bouddha est de libérer les êtres de la souffrance et du malheur, c’est pourquoi il ou elle observe clairement quelles actions du corps, de la parole ou de l’esprit mènent à la paix et au bonheur et lesquelles mènent à la douleur, puis enseigne aux autres ce qu’il ou elle a découvert. Il ne tient plus qu’à nous, ensuite, de nous entraîner à abandonner les pensées qui mènent à la souffrance et à cultiver celles qui mènent au bonheur.

Par exemple, le Bouddha Shakyamouni enseigne ceci dans le Dhammapada :

« Toute expérience est précédée de l’esprit, guidée par l’esprit, faite par l’esprit.

Si vous parlez ou agissez avec un esprit corrompu, la souffrance suivra, Comme la roue de la charrette suit les sabots du bœuf.

Toute expérience est précédée de l’esprit, guidée par l’esprit, faite par l’esprit.

Si vous parlez ou agissez avec un esprit paisible, le bonheur suivra, Comme une ombre qui est toujours là.

« Il m’a abusée, attaquée, vaincue, volée »

Il n’y a pas de fin à la haine de ceux qui continuent sur ce mode.

« Elle m’a abusé, attaqué, vaincu, volé »

La haine cesse pour ceux qui ne continuent pas sur ce mode. »

En zazen, notre effort consiste à observer nos propres pensées et à noter tous les modèles de pensée habituels, en voyant par exemple la fréquence d’apparition des pronoms de la 1ère personne –je, moi, à moi. Il se peut que nous remarquions que dans notre esprit nous mettons souvent une frontière entre « ceci » et « cela », entre « moi » et « pas moi » ou entre « soi » et « autre ».

Nous pourrions simplement explorer l’endroit où se situe une telle frontière, ou si elle existe réellement en dehors de nos pensées. Pourrions nous la faire plus grande pour inclure plus de choses ? Pourrions-nous la laisser s’étendre pour inclure l’univers entier ? Ou alors il se peut que nous remarquions une tendance habituelle à l’auto-dépréciation ou à l’auto-agrandissement, ou une tendance à porter des jugements sur les autres. Nous pouvons ensuite observer si l’un ou l’autre de ces modèles conduit à la paix ou au stress.

Dès que nous remarquons une pensée stressante – telle que l’avidité, la saisie, le désir insatiable, l’envie, l’aversion, la volonté malade, la colère, la peur, la haine, l’illusion- nous pouvons nous entraîner à reconnaître son côté malsain et à la laisser partir.

Dès que nous remarquons une pensée saine –telle que l’amour, la gentillesse, la compassion, le joie empathique, l’équanimité, la reconnaissance, la générosité, l’enthousiasme, la dévotion-, nous pouvons nous entraîner à reconnaître son côté sain et à la cultiver.

« Qui est-ce qui remarque ces pensées comme saines ou malsaines et réagit pour le bien de tous les êtres ? » Voici un exemple de la façon dont pense un Bouddha ou un bodhisattva. Quand nous observons le fonctionnement de notre esprit, notez que ce n’est pas ce qui y surgit, mais la façon dont nous le considérons qui fait toute la différence pour nous-mêmes et pour tous les êtres.

Question aux Maîtres : Les Bouddhas pensent-ils ?

Narayan Liebenson Grady

Telle que je l’entends, la pensée fait partie de l’esprit éveillé ; c’est juste qu’elle est nécessaire, fonctionnelle et clairvoyante au lieu d’être indulgente, inutile et créant une accoutumance. Sans attachement à la pensée, le silence et la paix sont disponibles. Si je ne m’accroche pas aux pensées en les considérant comme moi ou à moi, la liberté remplace l’esclavage.

Les Bouddhas font des projets mais ne s’engagent pas dans l’inquiétude. Ils prennent des décisions sans être ballottés par des émotions égoïstes. Les Bouddhas ont une créativité incommensurable, mais ils ne s’intéressent pas au rêve. Les Bouddhas pensent mais ils ne sont pas prisonniers de leurs pensées, ils ne les confondent pas avec ce qu’ils sont. Ils sont présents, au milieu des pensées qui s’élèvent, et s’en servent pour faire du bien à tous les êtres.

Dans la pratique du Dharma on a souvent une fausse idée de la méditation comme d’une lutte pour éliminer les pensées, on croit que le silence signifie qu’il n’y a pas de pensées. Combattre les pensées crée de la tension et de la tension vient le doute. Les Bouddhas n’essayent pas de se débarrasser des pensées ; ils les laissent s’élever et passer. En lâchant l’attachement aux pensées, on a un accès plus large à la sagesse.

Un aspect significatif de la pratique bouddhiste est l’apprentissage du lâcher-prise. Le lâcher-prise libère l’énergie et crée un espace pour explorer et questionner la nature de la souffrance et de la libération. Des efforts avisés dans la pratique impliquent une relation avisée à la pensée, en lui permettant d’être créative et clairvoyante. Sans la conscience, les pensées sont conditionnées par l’habitude.

La solution c’est de n’être ni attiré ni repoussé, identifié ou réactif. Nous n’essayons donc pas de ne pas penser ; au lieu de ça nous apprenons qu’il est possible d’être tranquille et de laisser les pensées aller et venir comme un aspect naturel de la vie.

Le travail de la méditation consiste à apprendre comment utiliser judicieusement la pensée et ne pas être utilisé par elle. Nous apprenons à relâcher nos préoccupations habituelles et à prendre plaisir à rester dans l’état de non-distraction. Nous souffrons parce que nous sommes trompés par nos pensées, nous investissons notre identité dans chaque pensée qui survient. Mais la pensée en elle-même n’est pas un problème. Les Bouddhas savent qu’une pensée n’est qu’une pensée et demeurent dans la paix authentique et éternelle.

Budhadharma Fall 2011 Trad.Marion

 

Commentaires de l'article

 
Michel Wa Do
Le 12 novembre 2012
Un très grand merci, Marion, pour avoir traduit cet enseignement de Zenkei Blanche Hartmann sur l’acte de penser qui trop souvent se substitue en effet à notre réelle "présence" et nous précipite dans la douloureuse "ignorance",- mais qui peut aussi être intelligemment, judicieusement mené et contribuer ainsi à vivre pleinement notre paix. Gassho Michel Wa Do
 
Michel PEREZ
Le 17 novembre 2012
Je voudrais corriger une grosse erreur commise, allez savoir pourquoi, dans le commentaire déjà envoyé, où j’ai tenu à exprimer toute ma gratitude pour l’article traduit de Narayan Liebenson Grady, et non celui de Zenkei Blanche Hartmann qui m’a paru seulement convenu. Michel Wa Do
 

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